Les suprémacistes blancs appellent au boycott de Netflix depuis la sortie du trailer de la série humoristique Dear White People. Ils l'accusent à tort de prôner un « racisme anti-blancs » et s'en prennent à son créateur, Justin Simien.

Justin Simien était loin d’imaginer que la bande-annonce de la série Dear White People, l’adaptation Netflix de son film, provoquerait un tel déluge de réactions à sa sortie.

Et pourtant, depuis le 8 février, les internautes du mouvement d’extrême droite qui veut se nommer alt-right — composé de suprémacistes blancs et  de complotistes connus pour leurs violentes attaques contre les femmes, les minorités et tout ce qu’ils associent au « politiquement correct » — appellent à boycotter Netflix pour protester contre cette série qu’ils considèrent comme « anti-Blancs » et présentent même pour certains comme un appel au « génocide des Blancs ».

Sur YouTube, où la vidéo compte bien plus d’appréciations négatives que positives (377 662 contre 47 616) les commentaires racistes ne manquent pas non plus, comme celui-ci, relevé par Justin Simien : « Chers Noirs, alors que vous représentez seulement 13 % de la population, pouvez-vous arrêter de commettre plus de 50 % des meurtres à l’échelle nationale ? ».

Leurs affirmations concernant ces prétendus racisme et appel au génocide sont aussi fausses l’une que l’autre puisque Dear White People (« Chers Blancs ») raconte simplement, avec humour, le parcours d’étudiants noirs confrontés, au sein d’une prestigieuse université américaine, aux stéréotypes et aux attitudes racistes (mais souvent involontaires) des Blancs, largement majoritaires. Des comportements dénoncés par l’héroïne métisse, Samantha White, dans son émission de radio qui porte le même titre que la série.

#NoNetflix

La dimension humoristique des 30 secondes de bande-annnonce est pourtant apparente : on y voit Samantha White s’adresser aux «  chers Blancs » de l’établissement en dressant la liste des costumes acceptables pour Halloween (notamment « n’importe lequel de nos 43 premiers présidents » à l’exception, donc, de Barack Obama) et en les appelant à ne pas se déguiser en « elle ». Le tout sur fond de photos d’étudiants blancs hilares, adeptes de blackface en soirée, une pratique humoristique douteuse qui consiste à se grimer le visage en noir.

La véracité importe peu aux suprémacistes blancs, dont la campagne calomnieuse portée par le hashtag #NoNetflix appelle les internautes à se désabonner du service de streaming vidéo. Tim Treadstone, ancien journaliste chez BuzzFeed reconverti en porte-parole officieux du mouvement alt right sous le pseudo « ShiaLeBaked », a ainsi posté une capture d’écran de son propre désabonnement pour appeler à faire de même, ce qui lui a valu des milliers de retweets : « Netflix vient d’annoncer une nouvelle série anti-Blancs (Dear White People) qui fait l’apologie du génocide des Blancs. J’ai supprimé mon compte, faites pareil. #NoNetflix ».

Son appel a toutefois provoqué un retour de bâton inattendu, des internautes s’étant amusés à inscrire son adresse email à des chaînes particulièrement intolérables à ses yeux (le planning parental, du porno gay…).

Les précédents Rogue One et Ghostbusters

Justin Simien est habitué à subir des attaques racistes sur Internet depuis la sortie de son film satirique en 2014. Mais il a tout de même été surpris par la violence des réactions au trailer de cette adaptation en série, avant d’y réagir avec ironie dans un tweet de réponse à l’un de ses détracteurs : « Merci d’avoir transformé une simple annonce de date de sortie en annonce de nouvelle série la plus vue de l’histoire de Netflix, mon pote ! »

Depuis, le créateur de Dear White People a tenu à expliquer pourquoi il avait choisi ce titre, qui fait aussi polémique au sein de la communauté noire puisque certains lui reprochent de s’adresser aux Blancs pour parler d’histoires qui concernent en premier lieu les Afro-Américains.

Il raconte ainsi que cette idée lui est venue en 2009, alors qu’il s’amusait, avec un ami blanc, à ponctuer leurs échanges de la formule « Chers Blancs » : « Nous envoyer ces messages était devenu un passe-temps déplacé mais amusant initié par mon ami. J’ai réalisé, au cours de l’un de ces échanges, que « Chère Amérique blanche » ferait un excellent nom d’émission radio pour Samantha White, le personnage fictif de la pièce que j’étais en train d’écrire, nommée 2 %. Ce chiffre faisait référence au nombre d’étudiants noirs au sein de mon université fictive. »

Cet été, après la sortie d’un nouveau trailer de Rogue One, le premier spin-off de Star Wars, qui mettait selon eux en avant trop de héros non-Blancs, les suprémacistes avaient appelé au boycott du film. Une initiative largement ignorée, au vu du triomphe commercial remporté par le film. Le reboot de Ghostbusters, au casting entièrement féminin, avait lui aussi subi des attaques misogynes et racistes, concentrées sur l’actrice Leslie Jones, victime d’une véritable campagne de harcèlement.

Partager sur les réseaux sociaux