La fermeture des sites illicites ne marche pas contre le piratage. C'est ce que pointe une étude conduite par  le centre commun de recherche, qui dépend de la Commission européenne.

MegaUpload, Grooveshark, IsoHunt, eMule-Paradise, Hotfile, OiNK, BTJunkie, LokiTorrent, Suprnova… on ne compte plus les sites de téléchargement qui ont disparu de la circulation à cause des pressions judiciaires considérables exercées par l'industrie culturelle, avec l'appui des forces de l'ordre, qui ont parfois mené de véritables opérations de police pour saisir des serveurs et interpeller des suspects.

Mais cette approche est-elle vraiment efficace contre le piratage ? Il y a de quoi se poser la question. En effet, l'histoire de ces dernières années a montré que, la nature ayant horreur du vide, les sites disparus étaient très rapidement remplacés par d'autres, à l'image de Popcorn Time (qui est un logiciel de P2P dans les faits), et parfois en les imitant au pixel près : c'est le cas par exemple de IsoHunt et de Grooveshark.

On se souvient qu'n 2013, une étude produite par des chercheurs de l'université de Northeastern (Boston) a pointé l'inefficacité de la fermeture des sites de téléchargement à cause de l'effet "Hydre de Lerne" : coupez une tête et il repoussera deux autres.

Les observations des universitaires américains sur cette tactique anti-piratage ne sont pas isolées. De ce côté-ci de l'Atlantique, Torrentfreak note que le centre commun de recherche (joint research centre, JRC), qui est le laboratoire de recherche scientifique et technique de l'Union européenne mais aussi l'une des directions générales de la Commission européenne, est parvenu à des conclusions similaires.

En observant les données de comportement de 5000 internautes allemands lors de la fermeture du site Kino.to (qui était un site de téléchargement illicite très réputé outre-Rhin, considéré par l'association américaine MPAA comme l'un des pires au monde, ndlr), les membres du JRC ont observé une baisse provisoire du niveau de piratage, avant un retour progressif "à la normale".

C'est ce que montre le graphique suivant :

La disparition de Kino.to a eu pour conséquence de répandre les internautes sur d'autres sites encore actifs du même genre, mais aussi sur des plateformes proposant d'autres façons d'accéder à des contenus piratés (DDL, streaming, P2P). Elle a aussi pour effet de donner naissance à des sites équivalents, comme Movie2k.to (devenu Movie4k.to) et KinoX.to. La nature a horreur du vide, disions-nous.

Pour le centre commun de recherche européen, "cela rend potentiellement les interventions futures des forces de l'ordre plus coûteuses – comme il n'y a plus une seule plateforme dominante à neutraliser – ou moins efficaces que s'il n'y avait qu'un seul site à viser durant l'opération". Les cibles sont en effet moins moins grosses, mais plus nombreuses et plus éparpillées.

Les universitaires précisent toutefois que l'étude sur Kino.to concerne une période (2011) où l'offre légale n'était pas la même qu'aujourd'hui. Si celle-ci a encore des progrès à faire, elle s'est quand même nettement améliorée depuis quatre ans (la réussite de Deezer et Spotify, ainsi que le succès croissant de Netflix et de certaines plateformes de VOD, le montrent).

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