Une étude américaine s'est penchée sur la stratégie des autorités et des industries du divertissement pour combattre le téléchargement illicite sur le net, qui consiste à fermer les sites de piratage en saisissant, par exemple, leur nom de domaine, ou en demandant le retrait de liens. La jugeant inefficace, l'étude estime que s'en prendre au porte-monnaie de ces espaces est plus pertinent. Tout comme le développement de l'offre légale.

Tranchez une tête, il en repoussera deux. Comme la mythique Hydre de Lerne combattue par Hercule, les efforts pour combattre le partage sur la toile n'ont jusqu'à présent pas été très probants. Pire, ils sont contreproductifs. Plus les industries du divertissement et les autorités chercheront à écraser de force ce phénomène, plus les usages s'adapteront, se transformeront, se complexifieront.

Dans l'univers des échanges en pair à pair, il suffit de jeter un coup d'œil sur les dix dernières années. Les pratiques se sont réinventées et renforcées, passant d'une architecture centralisée à un modèle décentralisé. De nouvelles fonctionnalités sont aujourd'hui explorées, afin de fournir aux utilisateurs la possibilité de chiffrer, brouiller et anonymiser leurs activités.

Du côté des hébergeurs spécialisés, c'est le même tableau : des mesures ont beau être prises, de nouvelles plateformes apparaissent régulièrement. Si les noms de domaine sont saisis, les responsables en achètent d'autres qui sont hors d'atteinte des autorités. Si des liens sont retirés, d'autres les remplacent sur les mêmes hébergeurs ou sur d'autres espaces.

Une stratégie inadaptée et inefficace

L'inefficacité de la lutte anti-piratage a été soulignée dans une récente étude rédigée par des chercheurs de l'université de Northeastern, à Boston. Intitulée Clickonomics (.pdf), elle note l'existence de 9825 noms de domaine distincts et 4478 adresses IP uniques en analysant les mille premiers résultats de FilesTube sur des requêtes de mots-clés significatifs.

À titre d'exemple, le mot-clé "crack" a permis aux chercheurs de recenser 916 noms de domaine et 629 adresses IP. Concernant le terme "DVDrip", 1019 noms de domaine et 702 adresses IP ont été comptabilisés. Autrement dit, même si MegaUpload a disparu, ce qui constitue une victoire pour l'industrie du divertissement, les aficionados du téléchargement se sont depuis rabattus sur les autres plateformes.

"À l'heure actuelle, ce bras de fer semble être en faveur des pirates qui fournissent plus de contenus que ce que les titulaires de droits peuvent retirer. Ce rapport de force déséquilibré ainsi que la taille et la diversité de l'écosystème des hébergeurs de fichiers en un clic suggèrent que la législation anti-piratage visant à réduire la disponibilité des contenus piratés est moins efficace que ce que ses partisans peuvent croire".

Frapper au porte-monnaie

Est-ce à dire que les autorités et les industries culturelles n'ont aucun moyen d'agir ? Non, rétorquent les chercheurs. Si la méthode actuellement suivie n'est pas efficace, d'autres pourraient l'être : c'est le cas de la tactique consistant à frapper les pirates au porte-monnaie. Même si des parades existent, elles ne sont pas encore suffisamment visibles pour empêcher l'asphyxie financière des sites de DDL et de streaming.

Ainsi, PayPal a modifié l'an dernier ces conditions d'utilisation. Désormais, l'entreprise de paiement en ligne veut contrôler les échanges se déroulant sur les services de partage de fichiers et les forums de discussion avant d'autoriser ces derniers à traiter avec elle. De son côté, la Hadopi explore aussi cette piste consistant à viser les intermédiaires financiers.

Développer l'offre légale

Mais frapper le portefeuille ne peut suffire : il faut dans le même temps que les ayants droit répondent efficacement à la demande des usagers, en proposant une offre légale plus attractive, diversifiée, accessible et dotée d'une vraie valeur ajoutée, afin qu'elle apparaisse plus attrayante que l'offre disponible sur les réseaux P2P ou sur les serveurs des hébergeurs.

Dans la musique, des efforts importants ont été faits ces dernières années : le streaming s'est développé (Deezer, Spotify…), certains titres sont vendus moins de un euro et les verrous numériques ont pratiquement disparu. Dans les autres domaines, le chantier de l'offre légale est en revanche moins avancé. Certaines avancées seront difficiles à obtenir, comme une chronologie des médias resserrée.

Partager sur les réseaux sociaux

Articles liés