Le ton monte entre Bouygues Télécom et SFR sur la question du recyclage des fréquences téléphoniques. SFR, qui s'y oppose, affirme que cela détruirait plusieurs milliers d'emplois. Bouygues, qui est en revanche partisan de la réutilisation des fréquences, s'insurge et dénonce "un chantage à l'emploi".

Hostile au recyclage des fréquences, SFR s'oppose fermement à la proposition de Bouygues Télécom d'exploiter la bande 1800 MHz, actuellement utilisée par les réseaux 2G, pour accélérer l'arrivée du très haut débit mobile. Pour l'entreprise, valider la réutilisation des fréquences 2G avantagerait injustement les opérateurs qui n'ont pas pu ou qui n'ont pas souhaité payer suffisamment pour la 4G.

Bien décidé à empêcher ce scénario, SFR n'a pas hésité à évoquer le risque que le recyclage des fréquences fait peser sur l'emploi. D'après l'opérateur, "si Bouygues Télécom obtient les fréquences en 1800 MHz en 2013 , alors cela entraînera la destruction de 5000 emplois dans l’écosystème SFR". Même si Bouygues obtient ce qu'il veut l'année suivante, SFR estime que 3000 postes seront encore en péril.

La menace à peine voilée de l'opérateur va sans nul doute avoir son petit effet sur le gouvernement, confronté à une crise économique difficile et un chômage qui ne se résorbe pas. Tout comme au sein de la concurrence d'ailleurs. Les affirmations de SFR ont en effet fait bondir le secrétaire général de Bouygues Télécom, qui dénonce "un chantage à l'emploi exercé sur les pouvoirs publics".

Jugeant les chiffres et les évaluations de son concurrent "ni crédibles ni sérieux", Didier Casas s'interroge : "Comment peut-on croire qu'un simple changement technique dans le mode d'utilisation d'une bande de fréquence, le 1800 MHz, par un seul opérateur qui ne représente que 16 % du marché, puisse entraîner la suppression de la moitié des effectifs de SFR  ?".

L'opérateur tient à rappeler au passage que SFR et Orange ne sont pas les seuls opérateurs à avoir mis la main à la poche pour acquérir des fréquences dans les bandes des 2,6 GHz et des 800 MHz. Lors de la première mise aux enchères organisées par l'Arcep, Bouygues a dépensé plus de 228 millions d'euros. Dans la seconde,il a déboursé plus de 683 millions. Soit un total d'un peu plus de 900 millions.

Le chantage à l'emploi est une arme qui est parfois brandie pour s'opposer à un concurrent. Bouygues Télécom, qui aujourd'hui dénonce les agissements de SFR, n'hésitait pas il y a quatre ans à s'en servir pour empêcher Free d'obtenir une licence 3G. "Une guerre des prix peut provoquer de 10.000 à 30.000 pertes d'emplois chez les opérateurs", expliquait alors Martin Bouygues en 2008.

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