La bataille judiciaire entre Elon Musk et OpenAI franchit un nouveau cap. Dans un document ajouté au dossier à la mi-janvier 2026, le propriétaire de Tesla et SpaceX réclame désormais jusqu’à 134 milliards de dollars à OpenAI et Microsoft. La raison ? Elon Musk estime que cette somme correspond aux « gains injustifiés » réalisés par OpenAI grâce à son soutien initial, lui qui a cofondé la structure derrière ChatGPT avant de s’en retirer en 2018.

Pourquoi Elon Musk s’en prend-il à OpenAI ?
À sa création en 2015, OpenAI se présente comme une organisation à but non lucratif, investie d’une mission : développer une IA « au service de l’humanité ». Le projet prône alors la transparence et l’ouverture pour contrebalancer l’hégémonie de Google. En tant que cofondateur et principal mécène, Elon Musk affirme avoir financé l’essentiel du lancement, séduit par ce modèle de « laboratoire public » aux antipodes d’une start-up classique.
La rupture intervient en février 2018, lorsque le milliardaire quitte le conseil d’administration. Si le motif officiel invoqué est un conflit d’intérêts avec les activités de Tesla, les échanges internes révèlent un désaccord stratégique bien plus profond. Alors qu’OpenAI envisageait de pivoter vers une structure lucrative, Elon Musk aurait tenté d’en prendre le contrôle ou de fusionner l’entité avec Tesla — une proposition fermement déclinée par les autres fondateurs, qui y voyaient une trahison de l’esprit de gouvernance non-profit.
Bien qu’il ait lancé entre-temps sa propre entreprise concurrente, xAI, la pilule ne passe toujours pas. Début 2024, le milliardaire attaque OpenAI devant la cour d’État de San Francisco, accusant l’organisation d’être devenue une machine commerciale au profit de Microsoft. Après un retrait surprise de sa plainte à la mi-2024, le patron de SpaceX est revenu à la charge dès le mois d’août devant une cour fédérale. Si l’argument de fond reste le même — l’abandon de la mission initiale — le dossier est cette fois bien plus musclé, avec un volume d’accusations qui a presque doublé. C’est cette procédure qui culmine aujourd’hui avec la demande de ce dédommagement record.
À quoi correspondent les 134 milliards demandés par Elon Musk à OpenAI et Microsoft ?
Les calculs d’Elon Musk, qui a mandaté un économiste pour l’occasion, sont les suivants : il affirme avoir injecté environ 38 millions de dollars entre 2015 et 2018 — soit près de 60 % du financement initial — tout en apportant son nom, son réseau et son aide au recrutement. Selon lui, cet investissement avait une finalité précise : bâtir une organisation à but non lucratif et open source, destinée à mettre l’IA générale au service de l’humanité. Une mission qui, selon lui, a été trahie. Musk estime qu’OpenAI n’est devenue qu’une structure commerciale opaque, dont la valeur est désormais estimée à 500 milliards de dollars (soit plus que SpaceX). Il présente ce virage comme une fraude au « contrat moral » passé lors du lancement.
Et Microsoft dans tout ça ? Pour le patron de Tesla, la firme de Redmond est la grande gagnante de cette transformation. Partenaire cloud exclusif, intégration massive de la technologie dans ses produits, envolée boursière : les bénéfices sont concrets. Fin octobre 2025, le groupe a d’ailleurs parachevé sa mue : OpenAI LP — la branche commerciale autrefois sous le contrôle de l’association à but non lucratif — a été transformée en une « Public Benefit Corporation » (PBC). Grâce à cette restructuration, Microsoft détient désormais environ 27 % d’OpenAI Group PBC. Cette participation est valorisée à environ 135 milliards de dollars, sur une valorisation globale du groupe qui frôle les 500 milliards.

Pour Elon Musk, la valeur actuelle d’OpenAI repose au moins en partie sur des travaux financés et lancés à l’époque où l’entité était censée être purement caritative et ouverte. Ainsi, il juge que ces « milliards » sont des « gains injustifiés » au regard de la promesse initiale. Dans ses calculs, il attribue une tranche de 13,3 à 25,1 milliards de dollars de gains injustifiés à Microsoft et 65,5 à 109,4 milliards à OpenAI, ce qui amène la limite haute de 134 milliards qu’il demande en restitution (plus, potentiellement, des dommages punitifs).
De son côté, OpenAI a réagi par voie de communiqué, qualifiant la requête de Musk de « sans sérieux » et dénonçant une véritable « campagne de harcèlement ». Un avocat de Microsoft a renchéri, affirmant qu’il n’existait aucune preuve que l’entreprise ait « aidé ou encouragé » une quelconque fraude de la part d’OpenAI, rapporte Reuters. Dans cette optique, les deux partenaires ont demandé au juge de récuser l’expert mandaté par Elon Musk. Ils estiment que sa méthode pour justifier les 134 milliards de dollars est purement spéculative et juridiquement inédite. Pour la défense, accorder une telle demande reviendrait à créer un précédent dangereux : permettre à un ancien donateur, devenu concurrent direct, de s’approprier une part colossale de la valeur d’un projet qu’il a lui-même quitté.
Ces arguments n’ont cependant pas suffi à stopper la machine judiciaire. Si la juge avait déjà laissé entendre début janvier qu’elle comptait porter l’affaire devant un jury, la décision a été confirmée par écrit mi-janvier : les tentatives d’OpenAI et de Microsoft pour faire annuler les poursuites ont été rejetées. Le procès est désormais officiellement fixé à la fin avril 2026.
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