Face à l'usage croissant du téléphone dans les établissements scolaires, un parlementaire UMP propose de généraliser les brouilleurs d'ondes pour bloquer les télécommunications. Mais si la mesure peut être utilisée dans certaines situations ponctuelles, comme les examens et les concours, sa mise en place globale pourrait soulever de nouvelles problématiques.

Au collège comme au lycée, rares sont les élèves à ne pas disposer d'un téléphone portable. Très engagés sur les réseaux sociaux, les adolescents veulent être en permanence connectés à leurs proches et communiquer avec eux dès que possible. Cette évolution des usages n'est pas nouvelle ; il y a dix voire quinze ans, les jeunes s'envoyaient déjà des SMS et des MMS, en classe ou pendant la récréation.

Mais cette tendance tend à s'accentuer avec les smartphones, qui peuvent accueillir des applications de réseautage social (Facebook, Instagram, Twitter…) ou de messagerie instantanée (Windows Live Messenger…) et qui bénéficient de la généralisation de la 3G pour faire transiter plus rapidement les données. Et cela ne rassure pas le député UMP Philippe Meunier, qui propose de mettre le holà.

Dans une question écrite remarquée par Jean-Marc Manach sur Twitter, le parlementaire invite le ministre de l'éducation nationale à songer à l'installation de brouilleurs GSM dans les établissements scolaires afin d'éviter que les téléphones portables ne soient "utilisés à mauvais escient par les élèves". L'élu de de la 13ème circonscription du Rhône considère le mobile à l'école comme une source d'ennuis

"Au-delà des problèmes souvent évoqués (envoi et réception à outrance de télémessages et appels pendant les heures de cours, problèmes de racket), ils peuvent aussi être utilisés pour tricher pendant les tests, prendre des photos pendant les cours avec diffusion immédiate sur les réseaux sociaux, naviguer sur Internet sans contrôle…", écrit-il, en soulignant que les cinémas et les théâtres s'y mettent aussi.

Sur ce terrain, Vincent Peillon n'avancera pas en terrain inconnu. Lors de l'examen 2012 du baccalauréat, le ministre de l'éducation nationale avait annoncé que le déploiement de détecteurs de signaux dans les salles d'examen pour repérer d'éventuels tricheurs et empêcher téléphones portables, smartphones et autres tablettes tactiles de communiquer avec l'extérieur.

S'il s'agit d'un dispositif expérimental, il est très probable que celui-ci va progressivement être généralisé lors des prochaines éditions du Bac mais aussi à d'autres examens et concours d'envergure, afin de limiter les tentatives de triche en consultant Internet ou en obtenant une aide extérieure. L'autre solution consistant à transformer radicalement l'approche éducative et le sens des évaluations.

Les brouilleurs d'ondes, une solution incomplète et imparfaite

L'utilisation de brouilleurs est-elle une solution efficace pour répondre aux problèmes soulevés par Philippe Meunier ? Cela dépend. S'il s'agit de ne brouiller que les communications, certaines fonctionnalités resteront disponibles, comme le font remarquer plusieurs internautes sur Twitter. C'est le cas par exemple des applications de jeux vidéo ou de l'appareil photo.

Il sera toujours possible de prendre des clichés compromettants pour l'équipe éducative ou les élèves et de les diffuser ensuite sur les réseaux sociaux. La seule différence, c'est que cela se fera en différé et non plus instantanément. Dans ce cas, ce n'est pas en aval qu'il faut intervenir, mais en amont, en usant de pédagogie et en expliquant les enjeux de vie privée en cas de diffusion de contenus en ligne.

La présence d'un brouilleur ne devrait pas non plus avoir beaucoup d'effet sur le racket, à l'école car ce n'est pas parce qu'un smartphone voit ses communications brouillées dans l'enceinte de l'établissement scolaire qu'il devient inutilisable en dehors. Donc sauf à imaginer que les jeunes ne viennent plus du tout avec leur mobile, l'effet sur le racket sera négligeable.

Enfin, les ondes. Ce n'est pas une surprise, la présence d'antennes-relais à proximité des écoles ne rassure pas les parents, qui craignent une dégénérescence de leurs enfants à force d'être exposés aux ondes. Des procédures judiciaires ont été lancées dans certaines villes, comme à Lyon où une telle installation se trouve sur le toit d'une école. La justice a jusqu'à présent donné raison à l'opérateur.

Or, un brouilleur d'ondes est également un émetteur. Il n'est pas du tout certain qu'une telle information suscite l'enthousiasme exacerbé des parents, qui ne sont déjà pas de grands supporteurs des antennes-relais. Or, la mise en place d'un brouilleur d'ondes (à partir du collège ? Dès l'école primaire ?) va inévitablement placer des enfants dans son champ d'action, même si sa puissance est plus faible.

Interrogé par Rue89, le gérant d'une société vendant des brouilleurs GSM expliquait en 2008 que "le principe d’un brouilleur est identique à celui d’un téléphone portable, sauf qu’un brouilleur, quand il est activé, émet en continu. Et pour l’instant personne ne sait ce qui se passe réellement avec les ondes des portables". L'an dernier, le Centre international de recherche sur le cancer a indiqué que les champs électromagnétiques de radiofréquence sont peut-être cancérogènes.

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