Le gouvernement danois va expérimenter jusqu'en 2011 un tout nouveau principe éducatif. Des lycéens de quatorze lycées auront le droit d'accéder à Internet durant les examens, dont le fameux A Level, l'équivalent du baccalauréat en France. Une mesure audacieuse, qui va révolutionner la façon dont le savoir est dispensé et évalué, mais qui suscite également certaines inquiétudes, comme la fraude.

C’est un fait, les natifs numériques (digital natives en anglais) sont en passe de révolutionner en profondeur le rapport de la société à la technologie. Ayant grandi dans un environnement fait d’ordinateur, d’Internet, de jeux vidéo ou encore de baladeurs MP3, cette « génération Y » bouscule de nombreux domaines, à commencer par l’industrie du divertissement, transformant peu à peu l’ordre établi à travers de nouvelles pratiques, de nouveaux comportements.

Preuve en est avec cette information qui nous vient tout droit du Danemark. Le gouvernement danois vient d’autoriser le principe de l’usage d’Internet lors d’examens, dont le A Level, l’équivalent local du baccalauréat. Cette mesure expérimentale concernera quatorze établissements scolaires dans un premier temps et si l’essai est concluant, le principe devrait être généralisé à l’ensemble des lycéens danois dans deux ans.

C’est une petite révolution dans le monde de l’éducation, mais une révolution visiblement nécessaire aux yeux de Sanne Yde Schmidt, la responsable du projet au lycée Greve, à Copenhague : « si nous voulons être une école moderne et enseigner aux élèves des choses qui ont un sens dans nos sociétés contemporaines, nous devons leur apprendre à utiliser correctement Internet« . Certes, mais quid des fraudeurs ?

Car le corollaire de cette mesure est évidemment la triche. Pour peu que le candidat maitrise un minimum l’outil informatique, il aura potentiellement accès à toutes les solutions possibles et imaginables. Dès lors, la valeur du diplôme pourrait être remise en question par les recruteurs, peu enclins à offrir un poste à une personne qui aurait laissé Internet « réfléchir à sa place ».

D’où les nombreux gardes-fous mis en place par les responsables du projet. Tout d’abord, si la connexion à la Toile est autorisé, cela ne veut pas dire pour autant que les candidats auront accès à l’ensemble du net. Les messageries instantanées et les courriers électroniques seront par exemple interdits, afin d’éviter le moindre contact avec un autre candidat, un proche ou n’importe quel autre internaute.

De plus, pour les dissuader de tenter quoi que ce soit de répréhensible, des contrôles aléatoires pourraient être effectués sur les postes des candidats. Enfin, le Danemark ne serait fondamentalement pas un pays de tricheurs croit savoir Sanne Yde Schmidt : « la principale précaution est que nous leur faisons confiance » explique la responsable, qui précise que de toute façon « le taux de triche est très bas parce que les conséquences sont très lourdes » pour les lycéens.

D’ailleurs, les étudiants eux-mêmes vont dans le même sens : tout ceux qui ont été interrogés par la BBC ont affirmé n’avoir aucune intention de tricher… simplement parce qu’ils n’en auraient pas le temps ! « Je pense que c’est vraiment difficile de tricher parce que vous n’avez pas le temps, vous êtes sous pression et vous avez beaucoup trop de choses à faire » explique ainsi Nina Ahmed, une jeune étudiante de 18 ans. Même son de cloche chez Pernille Günther, qui note que « s’il est toujours possible de tricher » à un examen, elle relève que les Danois « sont intègres et ont une bonne auto-discipline » leur évitant de sombrer là-dedans.

Et pour la valeur de l’épreuve alors ? Hé bien elle ne serait nullement affectée, car la nature de l’examen aurait suffisamment évolué pour permettre justement l’arrivée de l’outil Internet sans fragiliser l’épreuve. Au lieu d’avoir des étudiants qui ânonneraient bêtement leur cours, nous aurions à la place des candidats qui devraient démontrer leur capacité à retrouver une information précise sur Internet, puis de l’analyser à travers un travail de réflexion ou de synthèse.

Finalement, cette expérimentation n’est que la suite logique de la nouvelle façon dont les lycéens travaillent chez eux. De plus en plus d’élèves se servent d’Internet pour faire leurs devoirs, car le savoir s’acquiert désormais différemment que du « par-coeur ». C’est ce qu’estime ainsi le ministre de l’Education danois Bertel Haarder : « nos examens doivent refléter la vie quotidienne d’une salle de classe, et la vie quotidienne d’une salle de classe est elle-même le reflet de la vie en société« . Dès lors, le mieux à faire est de les former au mieux à ce nouvel outil, en les aidant à trier l’information.

« Internet est indispensable désormais, même dans nos salles d’examens. Je suis convaincu que c’est une question de quelques années avant que d’autres pays européens adoptent cette même démarche » a poursuivi le ministre, fier de voir le Danemark être un véritable pionnier en la matière.

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