L'offre légale ne se limite pas aux oeuvres américaines ou françaises. Les films d'animation et les dessins animés en provenance du Japon sont également concernés. Plusieurs acteurs développent à ce propos des solutions pour accéder légalement à ces contenus sur Internet. Numerama fait le point.

Encore confidentiel il y a vingt ans, le manga est devenu très populaire en France. Grâce à la publication de quelques titres de qualité, comme Akira, et l’obstination de passionnés, la bande-dessinée japonaise est aujourd’hui un véritable phénomène de société. L’offre est florissante, si bien que la France est parvenue à se hisser en deuxième position des pays consommateurs de mangas, derrière le Japon.

Parallèlement à l’émergence des mangas, les chaînes de télévision françaises ont agrémenté leurs grilles programmatiques de dessins animés japonais dans les années 80 et 90 pour profiter de cet engouement. Des éditeurs se sont par ailleurs constitués, afin de proposer à une clientèle insatiable de plus en plus d’animes, d’abord en VHS puis en DVD et Blu-Ray. Il existe donc en France un marché important.

Avec l’arrivée du haut débit dans les années 2000, l’offre légale en matière de japanimation a commencé à débarquer sur Internet. Mais sa visibilité reste limitée, notamment parce que les acteurs du secteur mettent en avant d’autres contenus, comme les films ou les séries télévisées, et parce qu’il existe une forte concurrence du fansub, qui est le sous-titrage par des fans d’animes dans d’autres langues.

Ces problématiques ne sont évidemment pas les seules. Certaines chaînes de télévision comme Nolife ou Manga génèrent une forte concurrence. Mais cela n’empêche cependant pas le développement de formules basées sur la vidéo à la demande (VOD). C’est le cas de trois éditeurs français que nous avons interrogés, Kaze Play, Kana Home Video et Wakanim.

Conscientes qu’Internet et le piratage ont changé la donne, les plates-formes se calent de plus en plus au rythme de diffusion japonais. kAZE Play propose ainsi du « simulcast » qui donne accès à des « séries japonaises quelques heures ou quelques jours après leur toute première diffusion au Japon« . Wakanim table aussi sur une diffusion quasi immédiate, avec un décalage en moyenne inférieur à douze heures.

Les offres et le catalogue

Sur le papier, c’est le catalogue de Kaze Play qui est le plus fourni avec une centaine de films d’animation et de séries. Les membres Premium, facturés 9,99 euros par mois, peuvent même consulter un catalogue de films asiatiques. L’autre abonnement proposé par Kaze Play coûte 6,99 euros. Il ne donne droit qu’au visionnage des œuvres animées.

La formule Standard est choisie majoritairement par les internautes uniquement intéressés par le simulcast. En revanche, Kaze Play explique que la majorité de ses clients opte pour la formule payante.

L’accès aux films d’animation et aux dessins animés peut également se faire à l’acte, via un système de location de 48 heures. L’internaute paie 1,5 euro pour un épisode et 4,5 euros pour un film. Autant dire que l’abonnement est plus intéressant pour l’internaute voulant suivre une série, puisque il y a généralement une douzaine d’épisodes dans une série.

De son côté, Wakanim propose un catalogue composé de 17 séries représentant environ 300 épisodes. Certes moins fournie, l’offre croît néanmoins chaque semaine au rythme de deux à trois nouveaux épisodes en provenance du Japon. En attendant un développement de la plate-forme, Wakanim mise sur d’autres atouts. Les formules se veulent ainsi particulièrement souples.

Chaque épisode est diffusé gratuitement en streaming pendant un mois lors de sa sortie. La location d’un épisode est moitié moins chère que Kaze Play (0,79 euro) et dure plus longtemps : un mois. Il est possible de télécharger chaque épisode (1,58 euro) sans le moindre verrou numérique (DRM). Des packs promotionnels de séries complètes sont également proposés au téléchargement chaque mois, pour 6 euros.

L’offre de Kana Home Video se concentre pour sa part sur l’accessibilité des contenus. Si le site présente une dizaine d’œuvres, seules quatre séries comptant 200 épisodes sont disponibles en VOD ou sur les services de télévision sur IP comme Orange ou Numéricable. Là encore, Kana Home Video assure que ce catalogue est amené à se développer dans les mois à venir.

Les partenariats avec les sites de vidéos

Les internautes passionnés de japanimation peuvent également suivre certaines séries directement sur les sites de vidéos. Kaze met par exemple à disposition quelques-unes des séries qu’il édite sur ses comptes Dailymotion et WAT. Et chaque mois, une nouvelle série est proposée en intégralité. Kaze Play propose aujourd’hui 761 épisodes sur sa chaîne Dailymotion et 215 sur WAT.

L’expérience de Wakanim avec les plates-formes a en revanche tourné court. « En 2010, pendant 6 mois, nous avions un partenariat avec Wat.tv pour la diffusion de nos séries. Nous nous sommes vite aperçu des limites de ce système et nous sommes tournés vers une offre entièrement propriétaire« .

La solution retenue par Kana Home Video est encore différente. Le service a effectivement des accords en cours, mais qui ne visent pas à proposer des vidéos gratuites à la manière de Kaze Play.

Le label PUR

Parmi ses attributions, la Haute Autorité pour la diffusion et la protection des droits sur Internet a pour mission d’observer l’utilisation des œuvres sur Internet et encourager l’offre légale. C’est ainsi qu’elle a notamment développé le label PUR (Promotion des Usages Responsables). Celui-ci a aujourd’hui été adopté par 52 plates-formes.

Des trois services que nous avons interrogés, seul Wakanim a effectivement envoyé une demande de labellisation à l’Hadopi. Wakanim explique que c’est le pragmatisme qui l’a emporté, puisque cela va lui permettre « d’être référencé parmi les offres légales » alors que sa structure (trois employés) est beaucoup plus modeste que d’autres sociétés labellisées PUR.

Mais Kaze Play compte aussi obtenir un label PUR, la labellisation étant « en cours« . Aucune date n’est précisée, mais celle-ci devrait arriver avant l’été.

Hadopi et le piratage

Particularité française, la loi Hadopi est évidemment observée avec intérêt par les éditeurs. Ainsi pour Kaze Play, il s’agit d’une intention « louable » qui, si « elle a beaucoup été critiquée, parfois à raison car elle a peut-être entrepris trop peu, trop tard« , a le mérite de faire avancer le débat sur le téléchargement illicite et de sensibiliser les internautes.

« Ce n’est pas parce que les moyens ne sont pas suffisants qu’il ne faut pas essayer, et son action a démarré des progrès non négligeables dans la lutte contre le piratage, notamment dans la conscience collective » commente Kaze Play. Mais la société reconnaît que « si la Haute Autorité avait pu être soutenue par un législateur avec une bonne connaissance des expériences utilisateurs des technologies modernes, elle aurait sans doute pu être beaucoup plus efficace« .

De son côté, Kana Home Video est favorable à « toutes les initiatives visant à protéger le droit d’auteur« , expliquant que « la protection permet le développement des œuvres futures« . Et Kana Home Video assure que la lutte anti-piratage se répercute ensuite sur l’offre légale. « Concernant l’offre légale, on a constaté que suite à la fermeture de MegaUpload la consommation légale de vidéo avait nettement progressé« .

Wakanim en revanche se monte peu disert sur Hadopi, préférant évoquer ses propres solutions de surveillance en ligne et ses efforts pour obtenir la suppression de tous les liens illicites. « Nous avons développé nos propres outils de veille, comme nous proposons une alternative légale basée sur un usage honnête responsable » nous explique Wakanim.

L’éditeur est toutefois le seul à développer l’idée que la simple menace du bâton n’est pas suffisante pour contrer le piratage. Wakanim estime ainsi qu’il faut une offre qui suscite la confiance et soit honnête envers ses utilisateurs. Et cela se traduit en particulier par l’absence de verrous numériques sur les œuvres proposées sur le site.

Reste que les éditeurs ne se font guère d’illusions. Ce n’est pas Hadopi qui empêchera le piratage des dessins animés ou des films d’animation. La riposte graduée sert surtout à protéger la création française et, plus généralement, tous ceux « capables de lobbying« . Les moyens limités des éditeurs de contenus japonais ne peuvent rivaliser avec l’industrie de la télévision, de la musique ou du cinéma.

Or, « les contenus d’animation japonaise […] sont pourtant les plus piratés au monde« , nous confie l’un d’eux.

Et Hadopi ?

Indépendamment des éditeurs, nous avons également voulu savoir si la Haute Autorité avait démarré une quelconque réflexion sur l’offre légale en matière de japanimation. Dans le cadre de l’observation de l’utilisation des œuvres, la Hadopi explique qu’une veille est effectuée pour repérer les initiatives et les modèles innovants qui pourraient émerger.

Toutefois, la Haute Autorité n’a pas collecté suffisamment de données pour évaluer l’intérêt du public en matière de dessins animés ou films d’animation japonais, qu’il s’agisse de vidéos à la demande (VOD) ou de télévision de rattrapage (catch-up TV). Cependant, c’est un sujet qui pourrait être suivi par ses services à l’avenir. Tout dépend finalement de l’engouement des internautes pour ces contenus.

La Haute Autorité a néanmoins confirmé que des plates-formes ont entrepris des démarches pour décrocher le label PUR. Nous avons évoqué plus haut la publication de la demande de Wakanim et les intentions de Kaze Play en la matière. D’autres services, comme Gong, ont également approché la Hadopi pour obtenir une labellisation de leur offre.

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