Auditionné il y a quelques jours à l'Assemblée Nationale, l'ambassadeur de France en Libye a expliqué que les quelques milliers de signataires des appels à manifester sur les réseaux sociaux avaient "suffi à inquiéter le régime libyien". Mais Internet n'a pas été le déclencheur de la révolution.

Quel est le rôle tenu par Internet et ses réseaux sociaux dans les révolutions arabes, et en particulier à Tripoli ? Chacun y va de son interprétation, mais rares sont celles qui viennent du terrain. Or le 8 mars dernier, l’ambassadeur de France en Libye François Gouyette était auditionné par la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, où il a expliqué le rôle pris par Internet dans la révolte libyenne. L’ambassadeur a quitté Tripoli le 26 février, c’est–à-dire après le début des premiers appels à manifester sur les réseaux sociaux, mais avant que le régime de Kadhafi ne décide de couper Internet dans le pays.

Lors de son audition, M. Gouyette a expliqué que personne ne s’attendait à ce que Twitter ou Facebook prennent la même importance en Libye que ce fut le cas en Tunisie ou en Egypte. « Le développement de la société civile a été considérablement freiné par le système mis en place depuis 40 ans par le colonel Kadhafi« , a rappelé l’ambassadeur. Mais « peu à peu, la pression est cependant montée dans les blogs et les réseaux sociaux« , a-t-il constaté.

« Des appels à manifester ont été lancés, sur le modèle de ce qui s’était pratiqué en Tunisie et en Égypte. Ils ont bientôt été relayés par des centaines, puis des milliers de signataires. Leur impact a certes été réduit dans un pays où l’usage d’internet n’est pas aussi développé que chez ses voisins, mais ils ont suffi à inquiéter le régime libyen, d’autant qu’ils ont été repris par les chaînes satellitaires, notamment arabes« . Le rôle d’Al-Jazeera qui s’alimente en informations notamment grâce à Internet a été particulièrement important, puisque les chaînes par satellite sont « beaucoup plus regardées que les chaînes nationales, qui usent d’une langue de bois des plus rigides« . La chaîne qatarie est « devenue la bête noire du gouvernement, en dépit des bonnes relations que la Libye entretient traditionnellement avec le Qatar« .

Cependant Internet n’a pas été un déclencheur de la révolution en Libye, pas plus que dans les autres pays arabes où les soulèvements ont eu lieu. C’est plutôt un accélérateur et un facilitateur. François Gouyette a en effet expliqué que des manifestations avaient lieu régulièrement à Benghazi depuis une tuerie survenue en 1996 dans une prison de Tripoli, qui aurait fait jusqu’à 1200 morts. Les familles des victimes ont refusé une proposition d’indemnisation et « à la suite de l’arrestation de leur avocat par la sécurité libyenne, elles ont à nouveau manifesté le 15 février – soit deux jours avant la manifestation à laquelle appelaient les réseaux sociaux en Libye« , raconte le diplomate.

Or, « le résultat a été dramatique : si le premier jour, la répression a eu lieu sans usage excessif de la force, dès le deuxième jour, les forces de l’ordre ont tiré sur la foule, et le troisième, les tirs étaient manifestement destinés à tuer. Il y a eu des morts et de nombreux blessés« . C’est cette violence extrême qui a été relayée par Internet, et qui a constitué « un facteur déclenchant de la vague qui menace aujourd’hui l’édifice construit par le régime« .

(Illustration : OpenDemocracy, licence CC)

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