Mettons immédiatement les choses au clair : ce n’est pas moi le panier percé. C’est bien notre gouvernement qui a tendance à se montrer particulièrement généreux, surtout avec l’argent qui n’est pas le sien. Avec le passage au financement des aides aux véhicules électriques par les certificats d’économies d’énergie (CEE), l’exécutif semble avoir trouvé une nouvelle manne miraculeuse. Comme si cette source de financement était inépuisable et permettait de dépenser sans en craindre les conséquences.
Je ne vais donc pas rouvrir l’éternel débat entre les partisans et les opposants aux subventions. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est la facilité avec laquelle les CEE sont devenus le portefeuille de toutes les nouvelles mesures, mais aussi la manière dont ces dispositifs orientent de plus en plus les acheteurs vers une sélection restreinte de véhicules approuvés par le gouvernement.
L’argent pas si magique des CEE
Depuis quelques mois, les CEE apparaissent comme la baguette magique du gouvernement. Besoin de financer une aide ? Les certificats d’économies d’énergie s’en chargent. À croire qu’il suffit d’agiter cet acronyme pour faire apparaître quelques centaines de millions d’euros. Les caisses de l’État sont vides, mais subitement les fonds pour financer quelques promesses politiques ne sont plus un problème. Abracadabra…


Sauf que les CEE ne sont pas une cagnotte secrète de l’État. Derrière ce nom inoffensif se cache un mécanisme bien plus opaque qu’il n’y paraît. En simplifiant, les fournisseurs d’énergie financent ces aides pour respecter leurs obligations réglementaires. Faire payer TotalEnergies plutôt que le contribuable est une idée politiquement séduisante. En pratique, l’addition finit malgré tout chez les consommateurs, les fournisseurs répercutant ces coûts dans leurs tarifs (carburant, électricité…). L’argent magique n’existe pas ; il change simplement de chemin avant d’arriver jusqu’à votre portefeuille.
Un retournement de situation qui donne le tournis
Il y a encore deux ans, le discours politique était tout autre. Le bonus écologique était raboté, la prime à la conversion supprimée, la subvention du leasing social revue à la baisse (après avoir englouti une enveloppe stratosphérique d’argent public en six semaines). Le mot d’ordre semblait clair : l’État n’avait plus les moyens de soutenir massivement l’électrification du parc automobile. Un léger vent de panique avait même soufflé sur le marché.

Quelques mois plus tard, le paysage est méconnaissable. Un vrai ascenseur émotionnel. Le bonus est revalorisé, les primes CEE viennent le compléter, le leasing social revient avec une enveloppe bien plus généreuse (31 millions d’euros supplémentaires par rapport à 2025), une aide pour les gros rouleurs est dans les cartons pour la rentrée. Et ce n’est que le volet destiné aux particuliers.
Le gouvernement a aussi décidé de se montrer généreux avec des dispositifs spécifiques pour les poids lourds, les utilitaires ou encore les taxis. Pris séparément, chacun de ces coups de pouce peut se défendre. Mis bout à bout, ils dessinent surtout une politique où les CEE sont en train de devenir ce que le Livret A était autrefois pour les gouvernements : un vrai couteau suisse des politiques publiques.
Des dérives à surveiller
Les aides ont un rôle évident à jouer pour lancer un marché, corriger une inégalité ou accompagner une transition. N’en déplaise à ceux qui s’opposent à toute forme de subventions, c’est un constat partagé bien au-delà de la France : il fallait donner une impulsion au marché pour permettre à l’électrique de décoller. J’ai même le sentiment que nous sommes aujourd’hui arrivés à ce point de bascule.
Le problème apparaît lorsque chaque difficulté appelle une nouvelle aide. Une baisse des ventes ? Une prime supplémentaire. Une profession mécontente ? Un nouveau dispositif. Un constructeur qui proteste ? Une nouvelle exception. Le risque est connu. À force de multiplier les perfusions, on crée une dépendance. Dès que l’on ferme le robinet, le marché réagit comme un junkie privé de sa dose.

Mais il y a une autre dérive, plus insidieuse encore. Ces aides ne servent plus seulement à accélérer la transition : elles deviennent un outil pour orienter les choix des consommateurs. Derrière chaque critère d’éligibilité se cache désormais un choix industriel, voire politique. L’exclusion des marques chinoises pouvait déjà être interprétée comme un premier signal des dérives possibles. Avec le leasing social 2026, le gouvernement a mis la barre un cran au-dessus : certains modèles pourtant produits en Europe ont ainsi été écartés par un beau numéro de prestidigitation administrative. Soutenir l’électrification est une politique publique appréciable. Choisir quelles voitures les Français devraient acheter l’est nettement moins.
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