Dans un entretien relayé par Drive.com.au le 30 mars 2026, un responsable d’Euro NCAP n’y va pas par quatre chemins : selon lui, le système Full Self-Driving (FSD) de Tesla présente « un grand danger », mais pas forcément pour la raison que l’on imagine.
Sur le fond, difficile de nier que la critique touche un point sensible, notamment celle du conducteur qui relâche son attention alors que la conduite autonome reste encore imparfaite. Mais les déclarations de Richard Schram, directeur technique d’Euro NCAP, posent la question d’un certain parti pris de l’organisme vis-à-vis de la conduite autonome.
Un jugement sévère basé sur une vision déjà datée ?
Les évaluations d’Euro NCAP sur les aides à la conduite reposent sur des protocoles qui évoluent lentement. Or, le FSD de Tesla est précisément un système qui change vite, trop vite même. Entre deux versions, le comportement peut être radicalement différent. Juger le FSD aujourd’hui avec des référentiels ou des observations datant de plusieurs mois revient à viser une cible déjà hors de portée. C’est pourtant ce que le représentant d’Euro NCAP reconnaît : « Je l’ai déjà essayé il y a des années aux États-Unis ; c’est impressionnant. »
Tesla n’est plus au même stade qu’il y a deux ou trois ans. Le système a clairement progressé en capacité de gestion des situations complexes, notamment en environnement urbain. Ce n’est pas parfait, loin de là, mais le qualifier globalement de « dangereux » sans nuance ressemble davantage à une position de principe qu’à une analyse à jour.
Le vrai problème : l’attention du conducteur
La conduite autonome supervisée donne une impression de maîtrise très élevée. Et c’est précisément là que le bât blesse : plus le système est bon, plus il pousse le conducteur à baisser la garde. Ce problème de vigilance a d’ailleurs été récemment soulevé par un ancien expert de la conduite autonome chez Uber.
Ce paradoxe est bien documenté. Même des utilisateurs expérimentés peuvent se faire piéger par un système « presque parfait ». Le cerveau humain s’habitue vite à déléguer, jusqu’au moment où il doit reprendre la main… parfois trop tard.
C’est exactement ce que pointe le représentant d’Euro NCAP lorsqu’il évoque le danger du FSD de Tesla. Il s’agit d’un système qui fonctionne bien la plupart du temps, mais dont les limites restent brutales lorsqu’elles apparaissent. Sur ce point, la critique est difficilement contestable.

Tesla, de son côté, joue avec cette ambiguïté. Le constructeur martèle que le conducteur reste responsable, tout en proposant une expérience qui flirte clairement avec la conduite autonome. Une zone grise assumée, mais risquée.
La responsabilité du constructeur, un vrai sujet
Le système FSD n’est pas homologué comme un système autonome au sens réglementaire en Europe, ni ailleurs dans le monde. Pourtant, dans les faits, il s’en approche de plus en plus. Conséquence de cette navigation en zone grise : la responsabilité repose sur le conducteur, alors même que le système prend des décisions complexes en continu.
Euro NCAP, en critiquant Tesla, envoie aussi un message plus large : celui d’un besoin de clarification. Qui est responsable quand un système aussi avancé se trompe ? Le conducteur ? Le constructeur ? Les deux ? Pour l’instant, Tesla avance plus vite que le cadre réglementaire. Et ce décalage finit mécaniquement par créer des tensions avec les organismes de sécurité.
Des protocoles Euro NCAP en pleine évolution
Les protocoles Euro NCAP évoluent, mais lentement. Dès 2026, ils intègrent mieux les systèmes de surveillance du conducteur, en se concentrant sur leur précision. Un angle encore partiel, qui laisse des zones d’ombre.

Une refonte plus profonde est attendue pour 2029, avec une meilleure distinction entre conducteur distrait et conducteur réellement désengagé. Mais ces règles sont encore en discussion avec les constructeurs.
Dans l’ensemble, le jugement du directeur technique d’Euro NCAP n’est pas injustifié sur certaines questions de fond. En revanche, le système de Tesla a l’air jugé particulièrement durement sans test récent, et cela affaiblit clairement la crédibilité du discours.
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