Après avoir été accusé de mentir, Donut Lab mène une contre-attaque en publiant les résultats de tests censés confirmer les allégations de la marque. Une première série de résultats pourrait confirmer les propos du patron, mais des doutes subsistent. Numerama vous explique pourquoi.

Un 0 à 80 % en moins de 5 minutes : c’est validé, d’après le test d’un laboratoire indépendant. Visé par des critiques publiques de concurrents sur la crédibilité de sa batterie solide, Donut Lab contre-attaque. La startup finlandaise a publié le 23 février 2026 un rapport d’essai indépendant réalisé par VTT Technical Research Centre of Finland.

Si la performance brute est là, une lecture attentive du rapport technique et les récents mouvements de l’entreprise dessinent une réalité bien moins rose : celle d’une technologie de laboratoire encore très loin de la route, coincée entre des lois de la physique têtues et des promesses marketing intenables.

D’où vient cette polémique au sujet des batteries solides Donut Lab ?

Depuis le CES 2026, Marko Lehtimäki, le CEO de Donut Lab, multiplie les annonces fracassantes : une batterie solide avec une densité de 400 Wh/kg, 100 000 cycles et une recharge ultra-rapide sans refroidissement liquide. Le tout annoncé par une entreprise qui n’est même pas spécialisée dans la fabrication de batteries, avec la promesse d’équiper les premières motos électriques de la marque Verge dès la fin du premier trimestre 2026. Cela suscite forcément beaucoup de scepticisme.

Marko Lehtimäki - CEO de Donut Lab // Source : Capture video Donut lab
Marko Lehtimäki, CEO de Donut Lab. // Source : Capture vidéo Donut Lab

Des promesses qui avaient fait bondir Yang Hongxin, le patron des batteries chinoises SVOLT, criant au fantasme technique. De nombreux experts ont également pointé des incohérences dans le discours de Donut Lab. Il faut dire que même les entreprises les plus capées sur la batterie, comme CATL, sont encore en train de se battre pour dépasser les dernières barrières leur permettant de lancer l’industrialisation de leur batterie solide ces prochaines années. Elles y ont mis des moyens considérables, qu’une startup méconnue pourrait difficilement égaler.

Le test du VTT : une validation, mais dans quelles conditions ?

Le taux « C » mesure la vitesse de charge par rapport à la capacité de la batterie : 1C, la base, correspond à une charge complète en 1 heure. 5C signifie que cette recharge se fait en 12 minutes.

Le rapport du centre de recherche finlandais VTT est formel : la cellule de 26 Ah a bien encaissé une charge de 286 Ampères (11C), passant de 0 à 80 % en 4 minutes et 53 secondes. La recharge à 5C se fait, elle, en moins de 10 minutes. Dans les deux cas, les résultats sont particulièrement bons. Sur le papier, c’est une gifle pour la concurrence. L’aspect vitesse de recharge est confirmé.

Mais le diable se cache souvent dans les données mises au second plan. Un premier élément interpelle : les dissipateurs de chaleur utilisés pour le test. Pour obtenir ce résultat de charge rapide, le laboratoire a dû installer la cellule entre deux blocs massifs d’aluminium : pour avoir les proportions, imaginez un téléphone portable pris en sandwich dans un gaufrier. Le laboratoire a aussi reproduit le test avec un seul dissipateur. D’ailleurs, lors de la première tentative, alors que le dispositif de dissipation était mal fixé, la batterie a frôlé les 90 °C en quelques minutes, mettant fin au test par sécurité : test n° 1 échoué.

Il convient aussi de préciser que Donut Lab n’a fourni qu’une cellule unique pour les différents tests. On est typiquement dans ce que l’on pourrait qualifier de test du « golden sample », c’est-à-dire d’une cellule fabriquée à la main, parfaite, testée en laboratoire pour valider les promesses de son fabricant avant d’être soumise à l’organisme indépendant.

Test VTT de la batterie solide Donut Lab // Source : Capture vidéo Donut Lab
Test VTT de la batterie solide Donut Lab. // Source : Capture vidéo Donut Lab

Donut Lab a bien prouvé à travers ce test qu’une cellule peut absorber une puissance colossale en laboratoire, mais elle n’a toujours pas prouvé qu’elle pouvait le faire dans le châssis exigu d’un pack batterie d’une moto, sans fondre ou surchauffer. Surtout que la marque a promis du « refroidissement passif », alors que dans l’automobile le refroidissement se fait par fluide pour plus d’efficacité et pour encaisser du 5C. La batterie solide est censée être une technologie de rupture, mais certaines lois physiques sont immuables.

Le fait que cette cellule soit poussée à une tension très haute de 4,3 V, interroge également. Cela force la performance pour la recharge/décharge au détriment de la durée de vie réelle. L’entreprise promet 100 000 cycles : dans de telles conditions d’usage, cela reste chimiquement improbable selon les experts. Toyota, Samsung, CATL, BYD sont tous confrontés au problème de dendrites qui peuvent se former et altérer très rapidement le fonctionnement des batteries solides, justement quand on pousse les cellules sur des performances élevées. Le sujet est pour le moment inexistant chez Donut Lab. Forcément, cela interpelle.

Une campagne de recrutement massive… de personnel qui devrait déjà être en poste

Un autre signal d’alarme ne vient pas de la chimie de la batterie ou du test des performances, mais des ressources humaines de l’entreprise. Alors que Marko Lehtimäki assurait que les batteries étaient « déjà en production » à l’échelle industrielle en janvier 2026, son bras droit Haydn Baker (ex-McLaren et Rivian) vient de lancer une campagne de recrutement massive sur LinkedIn ce 23 février 2026. Nous sommes tombés sur son post un peu par hasard, alors que nous vérifions les parcours des trois leaders du projet.

Donut Lab cherche notamment son directeur de production, des ingénieurs qualité et des experts en certification. Pourquoi maintenant ? Parce que passer d’un échantillon testé au VTT à une ligne de production de série est un gouffre industriel. Le recrutement de profils APQP (standards de qualité auto) suggère que la validation industrielle n’a même pas commencé. Le calendrier de livraison pour le premier trimestre 2026 (dans moins d’un mois) semble désormais relever de la science-fiction.

Batterie solide ou supercondensateur de nouvelle génération ?

L’examen des brevets de Nordic Nano, le partenaire technologique de Donut et véritable créateur de la cellule, suggère que nous n’avons peut-être pas affaire à une batterie classique, mais à un hybride de supercondensateur intégrant des nanofluides. Cela expliquerait les 100 000 cycles et la recharge éclair. Mais cela pose une question fatidique : qu’en sera-t-il de l’autonomie réelle une fois le pack complet assemblé ? Un supercondensateur n’a pas la densité énergétique d’une batterie solide. C’est pourtant l’une des promesses de Donut Lab : battre toutes les cellules actuellement sur le marché.

La startup Donut Lab promet de révolutionner l'électrique avec sa batterie solide. // Source : Donut Lab
La batterie solide Donut Lab telle que présentée au CES Las Vegas 2026. // Source : Donut Lab

Réussir à combiner la densité énergétique, la recharge rapide et la durée de vie exceptionnelle est toujours jugé improbable par les experts dans le cadre de ce projet. Le fait que Donut Lab s’amuse à découper les révélations sur les résultats de sa batterie en plusieurs épisodes a tendance à renforcer les doutes sur le sérieux de l’entreprise. Son patron joue sur le buzz, un peu à la manière d’un certain Elon Musk, mais cela pourrait vite se retourner contre lui.

Ce premier test valide une performance ponctuelle. Il ne valide ni l’industrialisation, ni l’ensemble des promesses avancées. La suite de tests dira si la technologie se confirme ou si le doute s’agrandit.

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