La Commission européenne n’envisage pas d’imposer des droits de douane aux véhicules hybrides chinois, à l’instar de ceux déjà appliqués aux voitures électriques. Pourtant, la montée des importations et les enjeux politiques internes relancent le débat.

Après une enquête anti-subventions, initiée à l’automne 2023, l’Union européenne avait rapidement décidé d’appliquer des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques importés de Chine. Ainsi, dès le mois de juillet 2024, des surtaxes allant jusqu’à 35 % en plus des 10 % de droits de base ont sanctionné les véhicules électriques chinois, ce qui a contribué à ralentir leur croissance sur le marché européen.

Or, à défaut de poursuivre leur percée avec les électriques en 2025, les constructeurs chinois l’ont fait avec leurs voitures hybrides, qui échappent au régime de surtaxes. Certains responsables politiques européens ont mis sur la table l’idée d’étendre les droits de douane à ce segment. Bruxelles a fermement démenti tout plan officiel à ce sujet, a rapporté Mobility Portal.

La Commission européenne clarifie sa position

Un porte-parole de la Commission, Olof Gill, a affirmé qu’aucune enquête n’était en cours sur les exportations de véhicules hybrides chinois vers l’UE et qu’il n’y avait pas de projet formel de surtaxes semblables à celles des voitures électriques. Cette clarification intervient après des articles suggérant que certains commissaires s’interrogeaient sur la question, parmi eux le Français Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle.

Stéphane Séjourné est l’un des partisans du « contenu local » pour soutenir à juste titre la production européenne face à la production chinoise. Olof Gill a précisé à Mobility Portal que « les commissaires sont des hommes politiques et qu’ils ont le droit de soulever toutes les questions qu’ils souhaitent. » Ce qui n’engage pas forcément la Commission européenne.

Stephane Séjourné à la journée de filière automobile  // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Stéphane Séjourné à la journée de la filière automobile. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Selon la déclaration officielle, l’enquête anti-subventions qui a servi de base aux surtaxes ne portait que sur les véhicules électriques (BEV) et ne peut pas s’appliquer aux hybrides. Stéphane Séjourné défend son point de vue : « Pourquoi les mesures valables pour les voitures électriques ne le sont pas pour les hybrides, si elles sont produites dans les mêmes conditions ? »

Il est en effet bien naïf de la part de la Commission européenne d’imaginer que les subventions du gouvernement chinois – jugées « non conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) » pour les électriques – ne profitent pas aux constructeurs chinois pour produire aussi les autres motorisations. À l’exception de quelques rares constructeurs chinois uniquement spécialisés dans l’électrique (comme Xpeng ou Nio), les subventions tombent dans la même poche quelle que soit la motorisation produite. Il y a donc une faille dans le raisonnement de l’Europe, et celle-ci profite une nouvelle fois aux constructeurs chinois.

La croissance des modèles hybrides chinois est indéniable

Les exportations de véhicules hybrides chinois vers l’UE ont bondi en 2025 de +155 % selon Electrive, ce qui alimente naturellement les discussions sur une éventuelle extension des mesures douanières. Pendant ce temps, les électriques n’ont augmenté que de 12 %, alors même que ce sont encore ces modèles qui sont pointés du doigt comme un danger pour l’industrie automobile européenne.

MG3 hybrid+ est bien moins cher  // Source : Capture site MG
La MG3 Hybrid+ est un exemple d’hybride à bas coût qui se vend bien en France et en Europe // Source : Capture du site de MG

Les modèles hybrides chinois ne sont probablement pas perçus comme à risque pour l’industrie automobile, imaginant qu’ils ne proposent que des hybrides rechargeables (PHEV) qui n’affichent qu’une part de marché restreinte en Europe. C’est une erreur, les constructeurs chinois sont en mesure de proposer un panel complet de motorisations : du thermique, à l’hybride (HEV ou MHEV), à l’hybride rechargeable (PHEV), à l’électrique (BEV) et à l’électrique à prolongateur d’autonomie (EREV). Les bloquer sur l’électrique n’a fait que les inciter à revoir leur stratégie, pas leurs ambitions européennes.

La surtaxe sur la sellette

La Chine s’est toujours opposée à cette surtaxe douanière. Les dernières négociations visent à remplacer les droits de douane élevés sur les voitures électriques chinoises par un système de prix minimum à l’importation.

L’Union européenne a publié des lignes directrices permettant aux constructeurs chinois de proposer des engagements de prix plancher pour leurs véhicules en Europe, qui, s’ils compensent de façon crédible les effets des subventions, pourraient éviter l’application des surtaxes antidumping. Cette approche, plus souple qu’une taxe punitive, est présentée comme une alternative visant à stabiliser le marché tout en respectant les règles de l’OMC.

Si ce mécanisme se concrétise, il pourrait réduire voire supprimer l’impact des droits de douane actuels. Pourtant, là encore, le cas des modèles hybrides n’est pas concerné par les discussions en cours. Les constructeurs chinois vont pouvoir continuer d’inonder le marché européen d’hybrides à bas coût sans craindre d’être confrontés à des sanctions, si ce n’est la réticence éventuelle du public.

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