Tesla et Audi sont les deux premiers constructeurs à se prêter au jeu du passeport pour batterie de leurs voitures électriques. On découvre à quoi pourrait ressembler plus concrètement ce projet, qui devrait être obligatoire en Europe au 1er janvier 2026.

La Global Battery Alliance (GBA) a présenté le 18 janvier 2023, lors du Forum Économique de Davos, les premiers exemples de ce que pourrait être son projet de passeport pour batterie. L’objectif de cet outil est d’offrir une meilleure transparence et traçabilité sur toute la vie de la batterie : de son extraction minière jusqu’à son recyclage.

Derrière ce projet se cachent également plusieurs enjeux, comme la maîtrise des émissions carbone de la production des batteries, mais également le respect des droits humains et l’élimination du travail des enfants sur toute la chaîne de valeur. Ce groupement représente plus de 130 entreprises internationales, des industriels et des associations non gouvernementales, qui se sont associés depuis 2017 pour faire évoluer les pratiques de tous les acteurs et accompagner la transition vers la mobilité électrique.

Quelles informations techniques contient ce passeport de batterie ?

Les trois exemples présentés le 18 janvier sont un premier jet de ce que pourrait être le futur « Battery Passport » rattaché à chaque voiture électrique produite. Les données présentées, pour un modèle Tesla et deux modèles Audi, ne sont que partielles, mais donnent déjà une première idée de ce que ce document pourra contenir.

pack batterie audi  // Source : Audi
Pack batterie Audi. // Source : Audi

Le passeport de la batterie contient 4 onglets regroupant différentes informations sur : la batterie, les matériaux, les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et un dernier onglet « données ».

Dans le premier onglet concernant la batterie, on retrouve des informations telles que :

  • Les différents fabricants responsables de la cellule, de l’assemblage et du véhicule dans lequel la batterie est implantée,
  • Les dates et les lieux des différentes fabrications,
  • Le type de cellules, le nombre de cellules par pack,
  • L’énergie totale du pack batterie (kWh), la capacité nominale (Ah) et le voltage,  
  • Le type de chimie,
  • Le poids de la batterie,
  • La densité d’énergie (kWh/kg),
  • La durée de vie attendue (en nombre de cycles),
  • La plage de température de fonctionnement.

Voici un exemple avec la batterie Grande Autonomie de Tesla :

Passeport de batterie d'une Tesla  // Source : Global Battery Alliance
Passeport de batterie d’une Tesla. // Source : Global Battery Alliance

Si de nombreuses informations sont déjà connues et communiquées par certains constructeurs, ce passeport pourrait apporter plus de transparence sur l’ensemble des batteries équipant les modèles du marché. Ce premier onglet est probablement celui qui permettra d’obtenir une fiche d’identité précise des batteries, et qui pourra plus spécifiquement intéresser l’acheteur final.

Le second onglet concerne plus précisément les matériaux qui composent les cellules de batterie et leur origine. L’exemple de la batterie Audi permet d’observer plusieurs choses :

  • La part de matériaux recyclés dans les cellules ;
  • Les matières premières et leur poids pour ce qui est les matériaux de premier usage ;
  • La provenance : fournisseur et pays d’extraction.
Origines des matières premières du passeport de batterie // Source : Global Battery Alliance
Origines des matières premières dans le passeport de batterie. // Source : Global Battery Alliance

Pour chaque fournisseur, il est précisé si l’industriel est membre de l’alliance GBA, et donc s’il s’agit d’une entreprise qui s’est engagée à respecter des règles de bonne conduite du groupement.

Vous pouvez consulter sur le site de l’Alliance les différents exemples : le modèle Tesla, un premier modèle Audi (batterie 115 kWh) et un second véhicule Audi (batterie 100 kWh).

De la traçabilité et un suivi de l’impact environnemental et humain

Les deux dernières pages du passeport doivent contenir des informations et des notations sur le respect des engagements environnementaux et sociétaux. Le respect des droits humains et du travail des enfants est notamment noté sur l’ensemble des acteurs ayant participé à la fabrication de la batterie : de l’extraction des matières premières dans les mines jusqu’à l’assemblage dans les véhicules.

Passeport de batterie d'une voiture électrique // Source : Global Battery Alliance
Impact environnemental et sociétal disponible sur le passeport de batterie. // Source : Global Battery Alliance

Les informations donneront aussi accès à une classification des performances en fonction de l’impact carbone de la batterie. Elles mettront également en avant les performances de durabilité de celles-ci.

Sur les trois exemples fournis, les données ne sont encore que partielles. Cependant, cela permet de montrer que l’industrie de la batterie s’oriente vers une plus grande transparence du secteur. N’en déplaise aux détracteurs des véhicules électriques, qui ne voient que pollution et travail des enfants dans ce nouvel écosystème, dont ils ne veulent bien sûr pas entendre parler.

Traçabilité à toutes les étapes avec le passeport batterie // Source : Global Battery Alliance
Traçabilité à toutes les étapes avec le passeport batterie. // Source : Global Battery Alliance

Une obligation de la Commission européenne pour le 1er janvier 2026

Il faudra encore du temps pour que le processus soit mis en place à grande échelle. Dans les prochaines années, toutes les batteries produites devraient disposer d’un clone numérique qui comprend toutes les données collectées pendant tout le cycle de vie de la batterie. Ce principe de jumeau numérique hébergé dans le cloud est déjà employé par l’industrie automobile pour la production de ses véhicules. Renault l’utilise déjà dans ses usines sous le nom de « métaverse industriel », mais bien d’autres constructeurs l’appliquent également.

Renault produit des clones numériques de ses modèles // Source : Raphaelle Baut
Renault produit des clones numériques de ses modèles. // Source : Raphaelle Baut

Le passeport pour batterie est aussi un élément imposé par la Commission Européenne au 1er janvier 2026. Toutes les batteries des voitures électriques et les batteries industrielles présentes sur le marché de l’Union européenne après cette date devront être munies d’un identifiant unique. Il sera présenté sous la forme d’un QR code, renvoyant au passeport de batterie unique du véhicule concerné.

On reparlera probablement souvent de ce passeport des batteries dans les prochaines années.


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