Orange a annoncé la fin de l’horloge parlante pour cet été. Mais, face à la mobilisation de certains internautes attachés au service et à la préservation du patrimoine technologie français, le 3699 pourrait survivre à travers l’open source.

C’est un service que les moins de vingt ans n’ont probablement pas connu, et encore moins utilisé : l’horloge parlante. En activité depuis presque 90 ans, le dispositif qui permet de donner l’heure en appelant un numéro de téléphone va prendre fin très bientôt en France. Il a été décidé le 4 mai 2022 d’y mettre un terme à compter du 1er juillet. Le « 3699 » vit donc ses dernières semaines.

Vraiment ? En fait, pas tout à fait. S’il est exact que le service tel qu’il est opéré aujourd’hui va bien tirer sa révérence dans deux mois à peine, comme l’a fait savoir Orange, il pourrait bien renaître sous une autre forme. En tout cas, c’est le souhait d’un mouvement qui est apparu ces dernières heures sur les réseaux sociaux, avec le souhait de sauver le 3699.

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Obtenir l’heure exacte par le 3699 a accompagné plusieurs générations de Françaises et de Français. Aujourd’hui, le service est tombé en désuétude. // Source : Jeshoots.com

Il faut sauver le soldat 3699

Et justement, cette perspective est en train de se concrétiser. Comme le signale le 6 mai Pierre Beyssac, le fondateur du bureau d’enregistrement Gandi, un contact favorable a pu être noué avec l’opérateur historique pour sauver l’horloge parlante. Plus exactement, il s’agit de lui éviter la casse en confiant le dispositif à d’autres, en vue par exemple d’en extraire les données.

« J’ai eu des retours via des gens d’Orange. La machine ne finira a priori pas chez le ferrailleur, préservation prévue, et l’extraction du contenu notamment audio (électronique numérique années 90) est tout à fait envisageable », fait-il savoir dans un tweet. Ce qu’il sera possible de tirer de cette conservation reste à préciser, tout comme les usages qui pourraient ensuite en émerger.

La veille, Pierre Beyssac jetait une piste à l’attention d’Orange : diffuser les fichiers audio en open data. Cela permettrait à des tiers de récupérer les sons pour décliner l’outil sur des technologies plus récentes, afin de le proposer dans une version web, ou autre. Se pose toutefois la question, irrésolue pour le moment, des droits d’utilisation des fichiers sonores.

Cette belle histoire de préservation du patrimoine technique français a toutefois un certain paradoxe quelque peu amusant. En effet, on ne peut s’empêcher de penser que le sauvetage de l’horloge parlante va déboucher sur un service destiné au grand public, qui sera forcément accessible sur des plateformes qui sont déjà pourvues de tout le nécessaire pour… donner l’heure !

En clair, si ce futur 3699 est accessible par le web ou en application, on pourrait rétorquer : si vous avez besoin de lire l’heure, regardez votre écran de mobile ou bien la barre des tâches du PC ! Le 3699 avait du sens quand l’informatique n’existait pas et que les téléphones n’avaient pas d’écran, mais un cadran pour la numérotation.

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Sur des téléphones d’époque, sans écran et sans liaison à Internet, un service comme le 3699 avait du sens. // Source : Craig Allen

C’est d’ailleurs pour cette raison que l’horloge parlante est sur le point d’être mise à la retraite : l’usage du 3699 s’est effrité ces dernières années, justement parce qu’il y a maintenant plusieurs manières d’avoir l’heure : les ordinateurs et les smartphones et, pour les personnes les moins équipées technologiquement, la TV et la radio permettent aussi de savoir l’heure.

Difficile, pour le 3699, de résister face à la multiplication des canaux disponibles pour obtenir l’heure. D’autant que ces autres canaux s’avèrent gratuits, là où la communication avec l’horloge parlante est facturée 1,50 euro plus le prix de l’appel. Dans ces conditions, la chute des appels vers le 3699 était inexorable. Tout comme son renvoi aux livres d’histoire.