Le 7 septembre, le Salvador est devenu le premier pays à faire du bitcoin une monnaie légale. Le lancement de la cryptomonnaie a cependant été mouvementé, avec des serveurs un peu saturés et une chute du cours du bitcoin.

C’est officiel : depuis le mardi 7 septembre, le bitcoin est une monnaie officielle au Salvador. L’événement est une grande première. Si le bitcoin est acheté et utilisé dans de nombreux pays, aucun n’avait jusqu’à présent accepté de lui donner « cours légal », ce qui signifie que la population salvadorienne peut l’utiliser pour rembourser une créance.

La sphère financière avait donc les yeux rivés sur le cours du bitcoin ce jour-là, afin de voir la manière donc l’événement allait influencer la valeur de la cryptomonnaie. Des amateurs de cryptomonnaies avaient appelé sur Reddit a acheté du bitcoin ce jour-là, afin de soutenir et célébrer l’initiative du Salvador. Le cours du bitcoin a toutefois chuté ce mardi 7 septembre, passant de plus de 44 000 euros à moins de 37 715 euros, selon CoinMarketCap. Depuis, il oscille entre 38 000 et 39 000 euros.

Le cours du bitcoin le 7 septembre 2021 // Source : coinmarketcap

« Acheter la rumeur, vendre la nouvelle »

Si le lancement du bitcoin au Salvador n’a pas suscité d’envolée enthousiaste du cours, cela peut toutefois s’expliquer par un mécanisme qui s’observe souvent sur les marchés. Dans le domaine des cryptomonnaies comme ailleurs, lorsqu’un événement de taille est attendu (le lancement d’un produit pour une entreprise par exemple), beaucoup d’investisseurs ont tendance à acheter en amont et à revendre juste après l’annonce. C’est ce qu’on appelle « acheter la rumeur, vendre la nouvelle » (en anglais « buy the rumor, sell the news » ou parfois « buy the rumor, sell the facts »).

Le président salvadorien Nayib Bukele ne s’est pas laissé démonter. « Buying the dip », a-t-il aussitôt claironné sur Twitter («  on achète à la baisse », en français), révélant par là que l’État salvadorien faisait le choix de profiter de cette tendance pour acheter davantage de bitcoins que prévu à des prix moins élevés.

Payer au McDonald’s en bitcoin

Une heure et demie plus tard, Nayib Bukele a précisé que, suite à l’achat des nouveaux bitcoins, le Salvador en détenait désormais 550 (21 millions d’euros, à l’heure où l’on écrit ces lignes). Le lancement du bitcoin au Salvador s’est aussi accompagné de quelques petits ratés techniques. Comme le précise la BBC, le portefeuille digital Chivo a été lancé avec quelques heures de retard dans la journée sur les différentes plateformes (AppStore, PlayStore etc.). Et les serveurs ont été un peu saturés par les demandes d’inscriptions sur Chivo.

On a cependant aussi vu apparaître sur Twitter les premiers messages d’utilisateurs enthousiastes de pouvoir payer en bitcoin dans des commerces. « Je suis entré dans un McDonald’s de San Salvador pour voir si je pouvais payer mon petit déjeuner en bitcoin. Pour être honnête, je pensais vraiment qu’on me dirait non. Contre toute attente, ils ont imprimé un ticket avec un QR code qui m’a amené à une page web avec un reçu Lightning (ndlr : le protocole de paiement) et je suis désormais en train de savourer un petit déjeuner traditionnel ! », s’est réjoui un journaliste de Bitcoin Magazine, postant quelques photos à l’appui.

Officialiser le bitcoin est un pari risqué

Le jour du lancement officiel du bitcoin au Salvador était bien sûr éminemment symbolique. C’est toutefois maintenant que les choses sérieuses commencent. Le projet du président Nayib Bukele est un pari risqué. Il est possible que l’utilisation du bitcoin aide l’économie salvadorienne en attirant des investissements étrangers et en réduisant les frais que les citoyens expatriés payent lorsqu’ils souhaitent envoyer de l’argent au pays (ces envois représentent pas moins de 20 % du PIB).

Comme nous vous l’expliquions ici, faire du bitcoin une monnaie légale fait cependant aussi courir plusieurs risques au Salvador. Les cours des cryptomonnaies sont hautement volatils. Si le pays ne prend pas les régulations adéquates, le bitcoin pourrait par ailleurs faciliter les activités illégales telles que le blanchiment d’argent.

Le président Nayib Bukele a réussi à mettre en place cette transition à une vitesse record (trois mois à peine se sont écoulés depuis l’approbation de la loi bitcoin). Lui et son gouvernement n’ont cependant pas suffisamment informé la population sur ce qu’est le bitcoin et la manière dont il fonctionne. Dans un sondage réalisé en juillet, 45 % des Salvadoriens indiquent ainsi ne « rien connaitre » au bitcoin. Certes, ils ne seront pas tenus de l’utiliser s’ils ne le souhaitent pas — le dollar est une monnaie légale dans le pays depuis 2001 et conservera ce statut. Mais il est crucial que les citoyennes et citoyens aient les informations leur permettant de faire un choix éclairé sur le sujet.

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