C'est une victoire pour les développeurs. Apple annonce de nouvelles concessions pour les applications « de lecture » comme Netflix et Spotify. Elles vont pouvoir rediriger leur clientèle hors de l'application iOS, sur une page externe. Si c'est un recul pour Apple, c'est aussi dans son intérêt.

C’est un nouveau virage très important que vient de prendre Apple dans sa gestion de l’App Store. Dans un communiqué paru le 1er septembre sur son site web, la marque américaine annonce de nouvelles concessions pour sa boutique d’applications, qui viennent en plus de celles qui avaient été exposées fin août. Cet assouplissement, dont la mise en œuvre est prévue pour 2022, concernera certaines des applications les plus populaires sur l’iPhone et l’iPad, comme Netflix ou Spotify.

De quoi s’agit-il ? La firme de Cupertino annonce en fait que d’ici quelques mois, toutes les applications dites « de lecture » pourront inclure un lien à l’intérieur, qui pointe vers leur site web afin que les personnes puissent créer et ou gérer leur compte (c’est-à-dire externe, hors Apple). Ce qu’on entend par une app « de lecture » ne recouvre pas que les solutions pour lire des livres électroniques, mais bien des logiciels qui permettent de lire des contenus, qu’il s’agisse de l’écrit, de la musique ou de la vidéo.

Aujourd’hui, la situation peut être résumée par une capture d’écran, issue d’un tweet du journaliste Mark Gurman.

Pour celui ou celle qui veut s’inscrire sur Netflix via l’iPhone, il tombe sur ce genre d’écran, ce qui n’est absolument pas convivial et raccord avec ce qu’il est possible aujourd’hui de faire techniquement pour se connecter à une plateforme. Le message de Netflix invite les internautes à s’inscrire sur Netflix, hors application, puis à revenir ensuite. C’est Netflix qui a retiré cette fonctionnalité en 2018, tout cela, pour des questions d’argent, car le géant de la vidéo à la demande par abonnement (SVOD) rejette la politique économique d’Apple.

La pression du régulateur japonais

« Les applications de lecture fournissent du contenu acheté précédemment ou des abonnements à du contenu pour des magazines numériques, des journaux, des livres, de l’audio, de la musique et des vidéos », explique Apple dans son communiqué. Ce virage, l’entreprise américaine ne désirait pas nécessairement le prendre, mais la pression du régulateur japonais JFTC (Japan Fair Trade Commission) l’a conduit à reconsidérer sa position. Ce changement sera appliqué dans le monde entier.

En principe, explique Apple, « les directives de l’App Store exigent que les développeurs vendent des services numériques et des abonnements en utilisant le système de paiement in-app d’Apple », car, ajoute la compagnie, « les achats in-app via le système commercial de l’App Store restent les méthodes de paiement les plus sûres et les plus fiables pour les utilisateurs ». Mais quid des applications qui justement ne proposent pas d’achats in-app dans les applications ? L’annonce vise à répondre à ce cas de figure.

« Étant donné que les développeurs d’applications de lecture ne proposent pas d’achat de biens et de services numériques dans l’application, Apple a convenu avec la JFTC de permettre aux développeurs de ces applications de partager un lien unique vers leur site web pour aider les utilisateurs à configurer et à gérer leur compte », poursuit la société américaine. Mais cela dit, rien n’empêche les développeurs de concevoir une solution de paiement directement sur le site, hors App Store.

Apple relâche un peu son contrôle

Pour Apple, cette évolution aura vraisemblablement des répercussions sur ses revenus, dont l’ampleur reste à mesurer, car une partie de sa puissance vient de sa commission qui est prélevée sur les achats ou les abonnements survenant dans son écosystème (in-app). Celle-ci est de 30 % de la valeur de la dépense la première année, puis 15 % ensuite. Ce prélèvement a vu sa portée être réduite ces dernières années, notamment pour les startups qui ont un chiffre d’affaires relativement bas.

Mais si cela va entraîner des turbulences sur son business, c’est peut-être le prix pour « acheter » sa tranquillité sur le terrain de la réglementation. L’investigation de la JFTC n’en est que l’un des signes les plus récents : l’entreprise est dans le viseur de nombreuses autorités de régulation, mais aussi de divers législateurs de par le monde. Cela s’est vu aussi en Corée du Sud, avec une loi qui interdit à Apple et Google (pour Google Play et Android) d’obliger les développeurs d’utiliser leurs systèmes de paiement.

Apple Store
Apple est dans le collimateur de plusieurs législateurs et régulateurs dans le monde sur la façon dont il pilote l’App Store et contraint les développeurs à se soumettre à ses règles. // Source : Guilhem Vellut

Quelles questions restent en suspens ?

Aux États-Unis et en Europe aussi, la pression monte. De l’autre côté de l’Atlantique, des élus ont mené des initiatives législatives pour réguler autrement les boutiques comme l’App Store et Google Play. À Bruxelles, des enquêtes ont été lancées sur l’App Store, Apple Pay, Apple Music et Apple Books, suspectés de pratiques anticoncurrentielles « C’est Apple qui fixe les règles applicables à la distribution des applications aux utilisateurs d’iPhone et d’iPad », notait la Commission en déclenchant ses investigations.

Reste à savoir si le diable va se cacher dans les détails, car de nombreuses questions ne sont pas encore résolues avec cette annonce générale de la part d’Apple : comment définit-on une application de lecture ? Quelles sont les limites ? Que peut-on faire ou ne pas faire avec ce lien externe ? Quelles sont les libertés laissées aux développeurs pour parler des achats et des abonnements ? Pourquoi y a-t-il une différence de traitement entre ces applications et les autres ?

Nombre de ces questions devraient trouver des réponses dans la mise à jour des règles qui arriveront avant l’entrée en vigueur de cette nouvelle politique. Il reste à voir si elles seront à même de satisfaire les développeurs, ce qui n’est pas certain — d’aucuns pourraient juger cette évolution encore trop modeste et réclamer davantage. Pour Apple, néanmoins, le but central de ce mouvement est d’apaiser les régulateurs et les législateurs, pour éviter de futurs problèmes.

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