L'indice de réparabilité apparaît désormais sur les sites web et dans les magasins, notamment à côté des smartphones, des téléviseurs et des ordinateurs portables. Bientôt obligatoire, cet indice va aussi évoluer dans le futur. Numerama fait le point.

Qu’est-ce que l’indice de réparabilité ?

Il s’agit d’un barème constitué d’une note sur 10 et d’un code couleur pour indiquer au public si le produit est réparable et, si oui, quel est le degré de difficulté pour y arriver. Il s’agit de laisser le public, s’il le souhaite, faire de cet indicateur un critère de choix d’achat, au même titre que la qualité de l’écran, le design de l’appareil ou la présence de telle ou telle fonctionnalité.

Il faut donc que l’indice soit visible, en l’apposant par exemple à proximité du prix, en le plaçant sur l’emballage, en évidence sur la fiche du produit. Il n’est pas possible de faire n’importe quoi avec cet indice : il faut respecter son habillage visuel et son code couleur. En ce qui concerne l’évaluation des appareils, elle est laissée aux fabricants, mais ceux-ci sont soumis à un référentiel commun, fixé par l’État.

Différentes notes, avec les cinq couleurs.

Il s’agit de montrer au public qu’un smartphone abîmé n’est pas un smartphone à jeter. Il peut-être réparé, soit tout seul (une pratique pas si anecdotique que cela, en témoigne le succès d’un site comme iFixit), soit auprès d’un professionnel, soit auprès du fabricant lui-même. Dans les deux derniers cas cependant, l’indice de réparabilité n’a pas d’intérêt, car ce n’est pas l’usager qui fait les manipulations.

D’où vient l’indice de réparabilité ?

D’abord par une loi. C’est en effet l‘article 16-I de la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 de lutte contre le gaspillage et pour l’économie circulaire, pour les produits électriques et électroniques qui institue l’affichage d’un indice de réparabilité. Cependant, il n’a pas été instauré le jour de l’entrée en vigueur de la loi : il a fallu attendre le 1er janvier 2021, avec la prise d’un décret fin décembre.

Mais avant la loi, il y avait un objectif politique. Celui-ci a été matérialisé par la feuille de route pour une économie circulaire, qui date d’avril 2018. À la dixième mesure, il était visé un affichage obligatoire d’une « information simple » sur la réparabilité des équipements électriques et électroniques (électroménagers, matériels de bricolage). Initialement, cet affichage obligatoire devait survenir dès le 1er janvier 2020.

« Cette information, élaborée sur la base d’un référentiel développé par [l’Agence pour la transition énergétique] en concertation avec les parties prenantes, prendrait la forme d’un indice de réparabilité sur le modèle de l’étiquette énergie. La France portera cette mesure au niveau européen pour faire de cette information sur la réparabilité des produits une obligation communautaire harmonisée », était-il ajouté.

Autour de cette dixième mesure, la feuille de route sur l’économie circulaire intégrait aussi d’autres propositions périphériques, comme le renforcement sur les obligations des fabricants et des distributeurs en matière d’information sur la disponibilité (neuvième mesure) ou la consolidation de l’offre des acteurs du réemploi et de la réparation (huitième mesure).

Cet objectif de 2020 avait été rappelé à l’été 2018 par Brune Poirson, la secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, au moment où la Fnac lançait alors son propre indice de réparabilité pour les ordinateurs portables, sur 100 points. Elle précisait qu’un groupe de travail, installé depuis juin, lui remettrait ses conclusions sur les contours à donner à cet indicateur.

Quels sont les appareils concernés par l’indice de réparabilité ?

Cinq catégories de produits ont été sélectionnées pour accompagner les débuts de l’indice de réparabilité. On trouve les lave-linge à hublot, les ordinateurs portables, les smartphones, les téléviseurs et les tondeuses à gazon électriques. De fait, elles vont aussi permettre de voir sur plusieurs mois comment cette mise en place se passe.

À plus long terme, il est évident que l’objectif de l’indice de réparabilité est de se propager sur tous les équipements électriques et électroniques, à la manière du Nutri-Score qui vise à renseigner la qualité nutritive des produits alimentaires. Tout le monde ne s’en sert pas, mais les industriels sont poussés par le marché à prendre le pli. Dans le cas de l’indice de réparabilité, c’est par la loi que cet affichage est imposé.

Quels sont les critères de l’indice de réparabilité ?

Dans le cas des smartphones, il existe cinq grands critères qui sont communs pour tous les modèles, afin qu’ils partagent le même référentiel. Ces catégories sont :

  • La documentation ;
  • La démontabilité, l’accès, les outils et les fixations ;
  • La disponibilité des pièces détachées ;
  • Le prix des pièces détachées ;
  • L’information sur la nature des mises à jour, l’assistance à distance sans frais et la possibilité de réinitialisation logicielle.
Les (nombreux) sous-critères concernant la documentation.

Il y a ensuite pour chaque critère des sous-critères qui sont établis et, pour chacun, la manière dont les points sont distribués et les éléments qui sont pris en compte. Par exemple, pour le critère 2, trois sous-critères sont retenus :

  • la facilité de démontage des pièces (batterie, écran, caméra dorsale, caméra frontale), qui est calculée selon le nombre de gestes à effectuer (entre 1 et 5, 6 à 10, 11 à 15, plus de 16, ou si le composant est non démontable ou non accessible) ;
  • les outils nécessaires à la manipulation (Faut-il des outils propriétaires ? Spécifiques ? Communs ? Peut-on y arriver sans ?) ;
  • les caractéristiques des fixations (amovibles et réutilisables, amovibles, mais non réutilisables, ni amovible ni réutilisable).

Le critère 3 regroupe deux sous-critères : l’engagement du producteur au sujet de la durée de disponibilité des pièces détachées (avec quatre crans : moins de quatre ans, cinq ans, six ans ou sept ans et plus) et le délai de livraison desdites pièces : celles-ci sont-elles livrées en plus de onze jours après la commande ? Entre six et dix jours ? Quatre ou cinq ? Ou bien entre un et trois ?

Le critère 1 ne contient qu’un sous-critère : l’engagement du fabricant sur la durée de mise à disposition gratuite d’informations techniques et de conseils. Mais pas moins de quinze éléments sont passés en revue, dont le schéma de démontage (ou vue éclatée), le schéma de câblage et de raccordement, les codes d’erreurs et de diagnostic, les conseils d’utilisation et d’entretien ou encore les Instructions logicielles.

La grille de notation prévue pour la livraison des pièces détachées.

Comment est calculé l’indice de réparabilité ?

Avec la multitude de sous-critères et de critères, mais aussi au regard de la variété des éléments passés en revue par la notation, le système prévoit qu’un constructeur peut en théorie atteindre au maximum 782 points. Mais il n’est évidemment pas question de finir avec une notation sur 782. Aussi un mécanisme a-t-il été imaginé pour ramener tout score sur 782 dans une note sur 10.

La règle de calcul est la suivante : « chaque sous-critère de l’indice est noté sur dix et affecté d’un coefficient permettant d’aboutir à une note sur 20 par critère […]. L’addition, à pondération égale, des notes de chaque critère aboutit à un total sur cent, ramené à une note sur dix de l’indice ». Cette règle est générale à tous les appareils électroniques. Mais il y a aussi des règles spécifiques de calcul selon telle ou telle catégorie.

Pour faire simple, l’indice fait fi des décimales. Des règles d’arrondis sont donc appliquées : si le chiffre après la première décimale est inférieur à 5, la note est arrondie à la décimale inférieure (5,3 donne 5). Au-dessus, l’arrondi est à la décimale supérieure (7,7 donne 8). À noter toutefois que les virgules sont prises en compte pour les besoins du code couleur (mais c’est transparent pour le public).

Math mème
La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas à faire les calculs vous-mêmes.

Pour le critère 1, c’est-à-dire la documentation, le nombre total de points accessibles est de 182. On calcule donc ce maximum (182) par les points effectivement gagnés par tel ou tel modèle de smartphone, puis en multipliant le résultat par 10. Si un produit obtient ici 112 points, on divise donc 112 par 182, puis on multiplie par 10, et on arrondit. En définitive, on obtient 6/10 dans cet exemple.

Cela ne s’arrête pas là : un coefficient est appliqué par sous-critère (celui-ci change selon l’importance que l’on veut donner à certaines rubriques) pour donner lieu à une note sur 20. Toutes les notes d’une même catégorie sont ensuite regroupées, pour avoir une note sur 20. On répète cela cinq fois, car il y a cinq catégories. Cela donne enfin une note sur 100, que l’on divise par 10 pour avoir le score final.

Quel avenir pour l’indice de réparabilité ?

Après une phase initiale sur cinq catégories de produits, l’indice de réparabilité doit se répandre sur d’autres équipements électriques et électroniques. Cet élargissement se fera vraisemblablement sur plusieurs années. En parallèle, des ajustements pourraient aussi avoir lieu sur les critères et les sous-critères, mais aussi sur leur poids dans la note finale, selon le retour d’expérience.

Par exemple, une révision de la notation permettrait de contrebalancer des remontées de note un peu trop spectaculaires. Le Monde a remarqué que Samsung a pu faire progresser fortement la note du Galaxy S21 (smartphone que vous pouvez retrouver dans notre guide d’achat des meilleurs smartphones) par rapport au modèle précédent, en rédigeant un manuel de réparation pour sa clientèle. Elle est ainsi passée de 5,7/10 à 8,2/10 grâce à cette simple notice détaillée.

Outre la généralisation de l’indice de réparabilité, celui-ci sera aussi rendu obligatoire à partir du 1er janvier 2022. Un défaut d’étiquetage pourra entraîner des sanctions pour les entreprises fautives. Depuis le début de l’année, les fabricants ont commencé à prendre le pli, avec la présentation du score, y compris sur leur site web français. C’est le cas par exemple d’Apple France.

Il est également question de faire évoluer le périmètre de l’indice ainsi que son intitulé : la loi prévoit de le transformer en 2024 en un indice de durabilité. De nouveaux critères vont alors entrer en ligne de compte, comme la robustesse et la fiabilité. Ces ajouts entraineront sans doute la réévaluation du système de notation. Certains produits pourraient voir les notes monter ou descendre à ce moment-là.

Quels objectifs de l’indice de réparabilité ?

Le gouvernement souhaite à travers cette mesure un taux de réparation des produits électriques et électroniques de 60 % d’ici les cinq prochaines années — c’est-à-dire à horizon 2025. L’exécutif estime qu’il s’agit aussi d’une meilleure information délivrée au public, pour mieux éclairer ses choix de consommateur, surtout s’il se dit sensible aux enjeux environnementaux.

L’exécutif y voit aussi la possibilité de générer un cercle vertueux en poussant l’industrie, à travers une transparence de ces informations et une mise en concurrence par les notes, à « s’impliquer davantage dans une production responsable de meilleure écoconception ». En clair, la pression du marché pourrait contraindre les fabricants à rendre plus durables les produits qu’ils produisent.

L’indice de réparabilité pourrait éventuellement avoir une incidence sur le cycle de renouvellement d’un produit. Dans le cas d’un smartphone, il n’est pas rare que celui-ci soit remplacé au bout de deux, trois ou quatre ans. Or, la production d’un produit électrique ou électronique n’est pas sans incidence sur l’environnement : il faut des terres rares, qu’il faut extraire dans la nature.

smartphone cassé brisé fissuré écran
Un smartphone qui est cassé, c’est aussi un smartphone qui peut être réparé. // Source : Jack Sem

Il est vrai que l’industrie du smartphone n’incite pas forcément à la mesure, avec chaque année la présentation du modèle d’après, ce qui favorise un certain consumérisme effréné. Or, y a-t-il forcément besoin d’un nouveau smartphone lorsque l’on peut réparer celui que l’on a déjà, ou lui redonner un coup de jeune, avec un remplacement de batterie, d’une pièce défectueuse ou d’un écran fissuré après une chute ? Cela permet ainsi de donner une seconde jeunesse à un produit, sans occasionner des dépenses folles.

Ces dispositions gravitent aussi autour de la notion d’obsolescence programmée, concept qui fait débat. En 2015, une loi a été adoptée en France qui prévoit des sanctions contre les entreprises qui y auraient recours. On appelle obsolescence programmée un « ensemble des techniques par lesquelles [une société] vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement ».

Côté sanctions, il est prévu deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Ce montant est susceptible de passer à 5 % du chiffre d’affaires moyen annuel de la société, basé sur les trois derniers exercices connus au moment des faits, proportionnellement aux avantages tirés du manquement. L’interdiction de l’obsolescence programmée figure dans le Code de la consommation, à l’article L. 441-2.

Article publié initialement le 13 mars 2021 et mis à jour le 21 juin 2021

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