Twitter lance une expérimentation sur une nouvelle fonctionnalité, appelée Birdwatch, qui consiste à donner des responsabilités à ses membres. En clair, ils pourront participer à la lutte contre la désinformation, en signalant des tweets litigieux et en ayant la possibilité de fournir du contexte.

Les internautes peuvent-ils contribuer utilement à la lutte contre la désinformation ? C’est la question qui sous-tend le nouveau projet expérimental de Twitter, Birdwatch, que le réseau social a présenté lundi 25 janvier. Le principe ? Faire appel à l’intelligence collective des membres du site communautaire pour limiter la propagation de tweets qui peuvent être trompeurs, en y ajoutant du contexte.

Dans un premier temps, comme il s’agit d’un test préliminaire, le réseau social prévient que l’utilisation de Birdwatch n’entraînera pas d’effet sur le fonctionnement de Twitter. « Dans cette première phase, [Birdwatch] n’affectera pas les tweets ou les systèmes de recommandations sur Twitter », explique ainsi l’entreprise américaine dans la rubrique dédiée à cette jeune initiative.

L’absence d’impact concret sur les algorithmes du réseau social se comprend aisément : Twitter a bien conscience que cet outil a tous les ingrédients pour être détourné et servir à s’attaquer aux personnes avec lesquelles on est en désaccord. Des militants politiques pourraient ainsi l’utiliser massivement pour s’attaquer au camp d’en face. Ce problème est hélas bien documenté avec les signalements en masse.

Mais ce n’est pas parce que Birdwatch n’a pas d’effet sur l’algorithme de Twitter que le projet n’a aucun intérêt — le site cherche juste à éviter des comportements qui ne sont pas mus par le désir de remettre les faits au centre de la pièce, mais poussés par des logiques militantes. En somme, Birdwatch pourrait presque rappeler Wikipédia, dont l’approche communautaire est une réussite en la matière.

Comment fonctionne Birdwatch sur Twitter ?

Concrètement, comment Birdwatch fonctionne-t-il ? Si un tweet avance une information contestable, ou carrément fausse, il sera possible d’ajouter une annotation, semblable à un commentaire, pour décrire le problème et évaluer son impact. Plusieurs descriptions seront proposées et il faudra choisir celle (ou celles) qui correspond le mieux à la situation.

Par exemple, si quelqu’un affirme que les baleines n’existent pas, mais qu’il s’agit en fait de robots contrôlés par le gouvernement, un internaute pourra interagir avec ce message en estimant par exemple «  c’est un tweet contenant une allégation non vérifiée » et «  c’est une farce qui pourrait être lue comme un fait ».  Il peut aussi estimer le degré de dangerosité du message — bas ou élevé.

BirdWatch Twitter
BirdWatch Twitter // Source : Twitter

Une fois cette classification effectuée, l’internaute peut ensuite mettre un commentaire pour expliquer plus précisément pourquoi le tweet pose problème, avec la possibilité s’il le souhaite d’ajouter un lien vers une source appuyant ses dires. Une fois le rapport rempli, il peut ensuite être évalué par d’autres internautes, en indiquant s’il a été utile et s’ils sont d’accord avec sa conclusion.

« Nous pensons que cette approche permet de réagir rapidement lorsque des informations trompeuses se répandent, en ajoutant un contexte auquel les gens font confiance et qu’ils trouvent précieux. À terme, notre objectif est de rendre les notes visibles directement sur les Tweets pour le public mondial de Twitter, lorsqu’il y a consensus d’un ensemble large et diversifié de contributeurs », explique Twitter.

Pour l’heure, Birdwatch ne concerne que les États-Unis et seule une poignée d’internautes outre-Atlantique pourra utiliser la nouvelle plateforme. L’entreprise américaine recrute en ce moment des volontaires et les annotations ne seront visibles que sur un site dédié, et non pas sur Twitter. Mais comme l’a précisé la société, ce pourrait changer à l’avenir, tout particulièrement pour les annotations faisant consensus.

Twitter précise que Birdwatch, dont le fonctionnement est décrit plus en détail dans son site dédié, pourrait voir ses contours évoluer au cours des semaines et des mois à venir, en fonction des retours des testeurs qui seront embarqués dans le programme. En clair, il est possible que les mécanismes actuels de Birdwatch ne soient pas exactement ceux qui seront retenus quand Birdwatch sera généralisé — s’il l’est.

Une responsabilité confiée aux internautes

L’arrivée de Birdwatch ne devrait pas avoir d’incidence spécifique sur la modération de Twitter — le réseau social sera toujours tenu d’intervenir sur des messages illicites, dans un délai le plus court possible. Mais cet outil pourrait l’aider à contrer les critiques l’accusant d’être une caisse de résonance de désinformation, en créant un outil servant justement à nuancer ou contredire sans tarder des tweets contestés.

D’une certaine façon, Birdwatch peut aussi être vu comme une manière pour Twitter de rétorquer à celles et ceux qui se plaignent régulièrement des insuffisances du réseau social pour combattre la propagation de rumeurs et de mensonges, en leur donnant des outils pour voir ce dont ils sont capables en la matière. En clair, Twitter n’est pas bon ; mais les internautes qui se plaignent feront-ils mieux ?

Donald Trump fact check
Donald Trump a été très largement fact checké, y compris sur Twitter. Et pourtant, est-ce que cela a été utile ?

La sortie de Birdwatch, dans une version encore très précoce, est en tout cas significative. Elle survient quelques semaines après le bannissement de Donald Trump, dont le compte Twitter a été accusé pendant plusieurs années de propager des « fakes news » à longueur de journée — son compte ayant toutefois été fermé non pas pour ces messages, mais à cause de l’assaut du Capitole.

Il reste toutefois à savoir si Birdwatch aura un impact réel en la matière. Car dans le cas de Donald Trump par exemple, l’intéressé a sans doute été la personne dans le monde qui a été la plus « fact checkée », aux USA mais aussi à l’étranger. Et pourtant, alors même que ses faits et gestes étaient systématiquement discutés, contestés ou nuancés, cela ne l’a jamais incité à arrêter.

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