En 15 ans, la plupart de nos usages du web ont changé. Mais dans certains logements, ce qui était une bonne connexion ADSL autrefois est devenue une technologie largement dépassée. En 2021, alors que le télétravail est massif et que l’accès à la culture et au divertissement se fait de plus en plus par un accès à Internet, une connexion bas débit crée une nouvelle forme de rupture technologique.

Streaming, 4K, cloud gaming, sauvegarde en ligne, maison connectée, assistants intelligents, web apps… l’humanité n’a pas attendu la 5G pour développer une activité culturelle, sociale, économique et de divertissement qui demande une bande passante correcte. Cette nécessité d’avoir une connexion à Internet de qualité s’est intensifiée en 2020 avec la massification du télétravail. Un véritable renversement, car la connexion à Internet n’était plus la colonne vertébrale d’activités personnelles, mais est devenue en un rien de temps la garante de la productivité.

C’est dans ce contexte que je me suis rendu compte qu’un accès à Internet que j’ai pourtant beaucoup fréquenté est devenu impraticable : celui de mes parents. Cet accès que j’utilisais adolescent presque seul et qui convenait alors à des usages mi-2000 n’a pas évolué. Dans le même temps, en 15 ans de web, de services et de démocratisation du numérique et de l’informatique grand public, les usages de mes parents se sont démultipliés.

Le web a changé, pas l’ADSL

Non qu’ils soient tous les deux des nerds à faire tourner des serveurs sur leur box. Mais ils ont les usages classiques du grand public : une tablette tactile chacun, un smartphone chacun, un assistant connecté, un téléviseur qui n’est pas relié à la TNT mais à une Apple TV. Tous ces objets mis bout à bout tirent sur une connexion ADSL qui plafonne à 5 Mb/s, 8 dans les beaux jours, même quand ils ne les utilisent pas. Alors, quand ils décident de regarder la télé, qui était autrefois une activité qui ne passait pas par Internet, ils mettent aujourd’hui MyCanal ou Netflix et condamnent toute personne habitant avec eux aux résidus de cette connexion d’un autre siècle.

Cet état de fait m’a particulièrement touché en 2020 pour deux raisons.

La première, c’est que j’ai été horrifié en 2019 à l’idée de passer de la fibre optique au VDSL de mon nouveau logement. J’avais tort, je vis très bien avec cette connexion à 100 Mb/s théoriques, et je me suis convaincu dans un élan décroissant que je m’étais longtemps monté la tête avec les débits fibres, fantasmés par mon cerveau conditionné à l’innovation technologique. Ne pas avoir la fibre optique n’était en fait pas si horrible que ça. J’avais encore tort.

La deuxième raison, c’est que 2020 m’a fait télétravailler chez mes parents. Pour respecter des sas de sécurité, nous avons décidé au déconfinement et à la fin de l’année que je passerais les voir un peu plus longtemps, tout en ayant un autoconfinement télétravaillé qui ne prendrait pas sur mes congés. Conclusion : c’était impossible. En juin 2020, j’ai réalisé à quel point la connexion à Internet était la dernière limite du télétravail, quand tout votre métier ou presque se satisfait d’une dématérialisation, mais qu’il ne peut, à cause de la technique, pas être réalisé à distance.

Chaque action de télétravailleur en ADSL, entre 1 Mb/s résiduels et 5 Mb/s (soit 625 ko/s en téléchargement environ) quand ils partaient faire les courses, était une souffrance. Charger le backoffice de Numerama, ouvrir l’outil de gestion de projet Notion, participer à une réunion à distance, envoyer un fichier, télécharger une vidéo, partager mon écran : tout prenait un temps qui n’était pas celui de mon exécution. J’allais systématiquement plus vite que mes outils et, au-delà de la perte d’un temps précieux pour mes collaboratrices et collaborateurs, la charge mentale d’attendre que la moindre action s’effectue n’est pas négliger.

L’ADSL est parfois la seule option de connexion fixe

Ce témoignage personnel n’est pas un cas isolé — le fameux plan Très Haut Débit de la France, qui devait massifier le réseau de fibre optique et que les opérateurs ont rechigné à mettre en place était censé briser cette fracture réelle entre celles et ceux qui avaient accès à une connexion décente et les autres. Au-delà même de la zone blanche, où aucun accès au web n’existe, le territoire français est parsemé d’ilots, parfois très urbains d’ailleurs, où l’ADSL est la seule option de connexion fixe.

Pour mon deuxième séjour de l’année chez mes parents, je me suis promis de faire en sorte de les sortir de cet univers où la configuration d’un nouvel iPhone prend plus de 8 heures (véridique, quand on cumule le backup iCloud et la mise à jour à télécharger), où le streaming audio met en pause des morceaux en cours de lecture pour avoir le temps de les mettre en cache et où Netflix se regarde en qualité VHS, la latence dans les menus en plus, le rembobinage en moins.

Travailler avec un mauvais ADSL, une perte de temps permanente. // Source : Nino Barbey pour Numerama

Travailler avec un mauvais ADSL, une perte de temps permanente.

Source : Nino Barbey pour Numerama

La 4G est-elle une option ?

Alors qu’on évoque l’augmentation de la consommation de demain liée à la 5G, on a tendance à oublier qu’elle pourrait être en premier, pour le grand public du moins, une technologie de rattrapage. Rattrapage de dix ans d’évolution des pratiques liées aux nouvelles technologies, d’accès à la culture quand les cinémas, les théâtres ou les musées ne font pas mine de rouvrir et même, de liberté professionnelle de choisir, à terme, le lieu où l’on souhaite télétravailler. Mais en attendant, il fallait que je tente une option : le modem 4G.

J’étais resté sur cette technologie avec un arrière-gout d’inachevé. Entre les débits aléatoires selon la position, les forfaits jamais vraiment illimités et le prix des abonnements, cette offre de moyen débit ne m’avait jamais vraiment convaincu. Mettons les deux pieds dans le plat : se lancer dans cette alternative à l’Internet fixe n’est toujours pas une partie de plaisir et la plupart de mes aprioris ont été confirmés… mais je ne regrette pas une seconde de l’avoir fait.

Tout d’abord, il faut évoquer la simple possibilité d‘un accès à une box 4G. Les opérateurs ont tous mis en place des forfaits 4G « fixes » pour la maison, avec une box en location, dans des formules qui fonctionnent comme l’Internet fixe. Ces packs sont les plus alléchants, car ils permettent de ne penser à rien : on branche, ça marche. Mais ils ont une limite de taille : les opérateurs les réservent à certaines zones géographiques particulièrement mal desservies. Comme l’adresse de mes parents est à Nice, elle n’est pas éligible à ces offres.

Il faut donc ruser et investir. Ruser, car il faut trouver un forfait compatible avec l’usage. Investir, parce qu’il faut un bon modem 4G.

Trouver un bon forfait n’est pas difficile… avec un budget colossal. Autant sur mobile, tout est compressé et conçu pour consommer le moins possible de bande passante possible, autant pour un usage sédentaire, le quota de Go explose vite — une vidéo comme celle qui accompagne cet article peut peser jusqu’à 1 Go, qu’il faut télécharger plusieurs fois pour valider les modifications. Il nous faut donc de l’illimité côté data. Par exemple, Orange propose un forfait 4G illimité à 99 € par mois. Autant dire qu’il est complètement hors budget.

Je me suis donc rabattu sur l’astuce recommandée par Frandroid : le forfait Free Mobile à 19,99 €, qui passe à 15,99 € avec 4G illimitée pour les abonnés Freebox. Certes, cela fait un abonnement fixe à une trentaine d’euros pour la Freebox et par-dessus, une quinzaine d’euros en plus pour le forfait mobile à vocation sédentaire. C’est onéreux, mais cela reste le meilleur rapport qualité / prix, si Free a des débits décents dans votre région — ce qui n’est pas gagné.

Ensuite, il va falloir payer un routeur. J’ai trouvé d’occasion une des références du marché, proposée par Huawei, qui coûte tout de même pas loin de 200 € neuf. Nos confrères de Frandroid conseillent également un modèle TP-Link à la moitié du prix. La configuration du modem Huawei n’est pas accessible pour des néophytes : il faut savoir, par exemple, configurer les APN de l’opérateur que vous choisirez et connaître les termes techniques associés aux forfaits. Il faut aussi faire attention à quelques paramètres annexes : mettre le routeur dans le réseau filaire (je l’ai relié à des hotspots Netgear coûtant beaucoup trop cher en temps normal, préférez attendre des promotions) et couper le Wi-Fi de la box pour qu’il n’y ait pas d’interférence.

La facture finale est salée pour qui n’aurait pas déjà ce matériel ou n’aurait pas, comme je l’ai fait, joué avec des produits de seconde main ou en grosse promotion. Mais le résultat est à la hauteur des attentes : Internet fut. La connexion est stable, quatre personnes peuvent travailler et se divertir en même temps sans souci, l’upload est correct (les jours se transforment en minutes) et la latence permet de jouer en ligne à des jeux peu exigeants. Pour moi, la situation n’avait de toute façon aucune issue : soit cette option marchait, soit il était impossible de répondre aux exigences de l’Internet grand public moderne chez mes parents.

Ce n’est clairement pas une situation idéale. Le prix de l’abonnement et des composants et la configuration rendent cette option, encore en 2021, une sorte de dernier recours que je ne souhaitais pas envisager. Mais l’amplification du télétravail lors de la crise sanitaire et le divertissement confiné amènent aujourd’hui, plus que jamais, à une situation qui pourrait encore plus creuser la fracture numérique. L’ADSL, avec ses débits d’un autre temps, n’est clairement plus adaptée aux usages qui se sont construits ces dix dernières années. La fibre tarde à venir. La 4G illimitée est chère. La 5G le sera encore plus.

Difficile dès lors d’imaginer une égalité d’accès au (télé)travail et aux loisirs numériques sans une plus grande égalité d’accès à une bonne connexion. Mais alors que le monde entier a accéléré sa dématérialisation en 2020, ce chantier n’a pas l’air d’être une priorité politique.

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