L'application TraceTogether est utilisée par 80 % des habitants de Singapour. Et leurs données peuvent être utilisées par la police, a admis le gouvernement.

Singapour a admis que la police pouvait avoir accès aux données récoltées par l’application de traçage de contacts TraceTogether, très utilisée par ses habitants, ont repéré plusieurs médias anglo-saxons comme Engadget.

L’information a été rendue publique par le gouvernement singapourien lui-même par la voix du ministre de l’Intérieur, Desmond Tan, au cours d’une session de questions-réponses au Parlement le 4 janvier 2021.

Dans la foulée, cette précision a été inscrite dans une mise à jour de TraceTogether : «  Nous voulons nous montrer transparents avec vous. TraceTogether peut être utilisé en cas d’atteinte potentielle à la la sécurité des citoyens. Des officiers de police habilités peuvent invoquer le Code des Procédures Criminelles (CPC) pour demander à des utilisateurs de téléverser leurs données TraceTogether, en cas d’enquêtes criminelles », peut-on lire. «  La police de Singapour a le droit, comme c’est inscrit dans le CPC, d’obtenir toutes les données, dont celles de TraceTogether, pour des investigations criminelles . »

Cette précision n’a rien d’anodin puisque, comme le rappelle la BBC, des élus singapouriens avaient réfuté que les données de l’application puissent être utilisées pour autre chose que le traçage de personnes ayant été potentiellement en contact avec des porteurs du coronavirus.

Jusqu’au 5 janvier 2021, les conditions d’utilisation de TraceTogether concernant la sécurité des utilisateurs indiquaient que « les données ne seront jamais rendues accessibles, sauf si l’utilisateur est testé positif au Covid-19 et est joint par l’équipe en charge du contact tracing » (on peut encore le voir en cache sur le site officiel). Cette mention a depuis disparu, et a été remplacée par « seuls les autorités publiques certifiées pourront utiliser ces données. »

Vivian Balakrishnan, le ministre des Affaires étrangères, a d’ailleurs précisé le 5 janvier 2021 que ces données récoltées par le contact tracing auraient déjà servi une fois, dans le cadre d’une enquête pour meurtre.

La pub pour l’app TraceTogether // Source : YouTube/Government Technology Agency of Singapore

TraceTogether est supposément très utilisée

TraceTogether est régulièrement érigée en un modèle à suivre en termes d’adhésion du grand public : 78 % des Singapouriens (4,2 millions de personnes) utiliseraient le dispositif de contact tracing, d’après le ministre de l’Éducation Lawrence Wong, dont 2 millions par l’app de smartphone, et le reste par des petits boitiers qui peuvent être distribués à tous les résidents qui le souhaitent.

TraceTogether utilise la technologie Bluetooth pour enregistrer des contacts entre deux appareils (ici, pendant 21 jours), afin de pouvoir mieux remonter la trace de personnes en contact avec des malades. Comme la France, Singapour a développé une technologie souveraine, et ne se repose pas sur celle fournie par Apple et Google, utilisée par plus de 20 pays dans le monde. Mais face à son échec pratique à cause des limites du Bluetooth et malgré un fort taux d’adoption, Singapour a privilégié une nouvelle méthode en incitant ses citoyens à scanner des QR Codes avec l’application.

Selon le gouvernement singapourien, il s’agit d’un outil qui lui permettrait de très grandement réduire le délai pour prévenir des potentiels cas-contacts. Aucune donnée précise n’a toutefois été publiée en la matière, il n’est donc pas possible de savoir exactement combien de personnes se sont, par exemple, déclarées positives dans l’application, ou ont été alertées grâce à elle.

Par rapport à l’app française TousAntiCovid, le fonctionnement varie notamment au moment où un utilisateur se signale comme positif au Covid-19. En France, l’application est censée ensuite envoyer une notification aux autres utilisateurs qui ont été enregistrés en potentiels cas contacts. À Singapour, le ministère de la Santé demande directement accès au journal des contacts enregistrés pour ensuite s’occuper du contact tracing.

À Singapour, les autorités ont également annoncé qu’il faudrait disposer absolument d’un dispositif de traçage pour pouvoir avoir accès à un grand nombre d’endroits, comme le lieu de travail, les écoles ou les commerces — d’où l’intérêt d’un fonctionnement par QR Codes en plus du Bluetooth. De quoi rendre la notion de « volontariat » dans l’adoption de cet outil toute relative, et contribuer à relancer les critiques sur la manière dont cette solution technologique a été mise en place.

Crédit photo de la une : YouTube/Government Technology Agency of Singapore

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