Un éventuel succès de Joe Biden à l'élection présidentielle américaine ferait non seulement perdre à Donald Trump la Maison-Blanche, mais aussi son immunité sur Twitter. En clair, il pourrait être exclu de la plateforme.

La victoire potentielle de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine — dont les résultats ne sont toujours pas connus trois jours après la fin du scrutin — pourrait ne pas seulement faire perdre la Maison-Blanche à Donald Trump. Elle pourrait aussi mettre en péril le statut très privilégié qu’a l’actuel président sur les réseaux sociaux, tout particulièrement sur Twitter.

En effet, sa défaite le ramènerait à la place de simple citoyen et, dès lors, il retournerait dans le cadre standard de la modération du site communautaire.

Ses messages seraient alors supprimables sans plus d’explication, s’il s’avère qu’il ne respecte pas les conditions d’utilisation de la plateforme (notamment en matière de fausses informations, de manipulation, de comportement inapproprié ou d’apologie de la violence). En cas d’infractions répétées, ou de grave sortie de route, la modération pourrait le suspendre provisoirement, voire l’exclure définitivement.

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Et si Twitter éjectait Donald Trump de sa plateforme ? L’hypothèse n’est pas improbable. // Source : EFF

Cette perspective est avancée par Bloomberg, qui estime que le traitement privilégié dont il jouit actuellement n’aurait pas de raison de se poursuivre s’il est établi que le candidat républicain a bien perdu. Cette perte de statut surviendrait alors en janvier 2021, lors de la passation de pouvoir officielle entre le président sortant (Donald Trump) et le président élu (Joe Biden).

Un compte bénéficiant d’un statut spécial

Twitter a déjà expliqué par le passé qu’il ne lui était pas possible de modérer durement le chef de l’État, compte tenu de sa place particulière dans la politique américaine et sur la scène internationale. C’est un leader mondial. Dès lors, le bloquer ou effacer ses tweets « cacherait des informations importantes que les gens devraient pouvoir voir et débattre ». En fait, la seule suspension relevée jusqu’à présent était le fait d’un employé sur le départ — le site l’ayant rétabli dans la foulée.

Le réseau social s’est retrouvé plusieurs fois en difficulté sur la modération de Donald Trump, quand l’un de ses tweets anti-CNN a été assimilé à un appel à la violence, quand il a relayé des messages hostiles aux musulmans ou quand il s’est montré menaçant à l’égard de la Corée du Nord, avant de finalement afficher sa très bonne entente avec son dictateur, Kim Jong-Un. Et il ne s’agit-là que d’un infime extrait de l’ensemble de la production de Donald Trump sur Twitter…

Mais avec le temps, et devant des tweets de plus en plus abusifs, Twitter est allé de plus en plus loin dans la modération des tweets de l’intéressé, sans toutefois aller à jusqu’à les supprimer. Cela a débuté par la pose de labels d’avertissement, parfois discrets, parfois beaucoup plus visibles et, dans quelques cas, directement en surimpression, pour cacher par défaut un message jugé bien trop mensonger ou dangereux.

Donald trump covid
Donald Trump a toujours apprécié l’usage de Twitter. Mais il pourrait à l’avenir en être privé s’il va trop loin (et s’il perd l’élection présidentielle). // Source : Tia Dufour

C’est cet interventionnisme qui a conduit le président à tenter de durcir la loi contre les réseaux sociaux pour les empêcher de le brider dans son expression. Ce printemps, le président américain a promis un décret en ce sens, qu’il a fait paraître dans la foulée, afin de réformer la loi américaine, la section 230. Cela n’a toutefois pas freiné Twitter ni Facebook, et le décret a même été attaqué en justice.

Les relations entre Donald Trump et Twitter ont toujours été étranges. Dès 2016, Jack Dorsey, le fondateur du réseau social, admettait le rapport « compliqué » entre son service et les pratiques du chef de l’État. Quelques mois plus tard, un autre fondateur du site, Evan Williams, estimait ne pas savoir si le site a joué un rôle dans l’élection. Mais au cas où, il avait présenté ses excuses.

Quant à Donald Trump, malgré ses futures remontrances à l’égard du service, il n’était pas question pour lui d’y renoncer, jugeant cette ligne directe avec le peuple bien pratique pour échapper à la « malhonnêteté » des médias et « rectifier » leurs dires. Ce qu’il n’a pas cessé de faire au cours des quatre années de son mandat, en s’en prenant tout particulièrement à certains médias, comme CNN ou le Washington Post.

Quid de l’archivage présidentiel ?

Toutefois, la nouvelle modération de Twitter à l’encontre de Donald Trump, s’il redevient un simple justiciable comme un autre, pourrait se heurter à une autre considération : les archives.

Comme le notait The Hill en 2019, les juges ont relevé que la NARA (National Archives and Records Administration), c’est-à-dire l’agence « responsable de la tenue des dossiers du gouvernement », « a conclu que les tweets du Président sont des documents officiels ». Pas uniquement donc ceux diffusés via le compte de la présidence américaine (@Potus), mais bien ceux aussi envoyés via @realdonaldtrump.

Dans ces conditions, Twitter se trouve-t-il dans une impasse ? Pas nécessairement : une porte de sortie pourrait consister à modérer les messages publiés après la passation de pouvoir, puisqu’ils seraient émis par une personne n’étant alors plus à la tête de l’État. Paradoxalement, d’ailleurs, Donald Trump pourrait retrouver la faculté de bloquer des gens sur Twitter, car il ne sera plus une personnalité officielle. Plusieurs internautes s’en étaient plaints dès 2017 et la justice était allée dans leur sens.

Il pourra aussi décider de figer le compte, provisoirement ou définitivement, et d’empêcher Donald Trump d’y accéder, pour toujours, le condamnant à voir à l’avenir son compte comme s’il était derrière une vitrine, à jamais inaccessible. Une nouvelle forme d’exclusion, en somme.

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