Donald Trump s'est fortement agacé du comportement de Twitter, qui s'est permis de modifier l'affichage de deux de ses messages. Le réseau social a ajouté des précisions pour nuancer ses propos sur le vote par correspondance en Californie et le risque de fraude.

À son réveil le 27 mai 2020, Donald Trump a eu des mots forts : le président des États-Unis menace de réguler fortement, voire de fermer, les réseaux sociaux. Pourquoi ? Parce qu’il estime qu’ils censurent la parole des Républicains, ce qu’ils auraient fait depuis 2016.

Cela fait suite à une séquence qui a montré que Donald Trump n’est désormais plus totalement intouchable sur Twitter. Le président des États-Unis, qui passe ses journées à prendre la parole sur le réseau social, parfois en vociférant, peut désormais se faire reprendre par le réseau social, si celui-ci juge que ses messages sont discutables ou peuvent induire le public en erreur. C’est ce qui s’est produit le 26 mai pour la toute première fois.

Twitter a en effet modifié l’affichage de deux tweets publiés par le locataire de la Maison Blanche, en ajoutant à chaque fois une note avec un lien actif proposant aux internautes « d’obtenir les faits sur les bulletins de vote par correspondance ». L’intéressé s’attaquait à ce moment-là au vote par correspondance dans l’État de Californie, en affirmant que ce mode de scrutin favorise la fraude électorale.

Les deux messages au cœur de la discorde, avec la mention ajoutée par Twitter.

Twitter facte checke Donald Trump

« Il n’y a AUCUN MOYEN (ZÉRO !) de faire en sorte que les bulletins de vote par correspondance soient autre chose que substantiellement frauduleux. Les boîtes aux lettres seront cambriolées, les bulletins seront falsifiés et même imprimés illégalement et signés frauduleusement », a-t-il lancé sur le site communautaire, en s’attaquant à l’État le plus peuplé du pays et qui est plutôt démocrate.

« Le gouverneur de Californie envoie des bulletins de vote à des millions de personnes, tout individu vivant dans l’État, peu importe qui il est ou comment il y est arrivé, en recevra un. Cela sera suivi par des professionnels qui diront à tous ces individus, dont beaucoup n’ont jamais pensé à voter avant, comment et pour qui, de voter. Il s’agira d’une élection truquée. Il n’en est pas question ! »

Face à ces allégations, Twitter a effectué une vérification des faits et a conclu que Donald Trump affirme sans fondement que les bulletins de vote par correspondance entraîneront une fraude électorale. Dans la page spéciale mise en place pour l’occasion, et qui fournit des éléments de clarification au public, le réseau social rassemble de nombreuses sources de presse pour montrer en quoi ces propos sont discutables.

Donald Trump fact check
Donald Trump fact check

Sont ainsi cités des journalistes de The Hill, de Bloomberg, du Washington Post, de CNN, de CBS News, de Fortune, de NBC News, de Vox, du Huffington Post, du Guardian et d’ABC News. Mais bien sûr, en découvrant la manipulation de Twitter, Donald Trump a dirigé sa riposte contre le réseau social ainsi que deux médias avec lesquels il est en guerre ouverte : CNN et le Washington Post.

« Twitter s’immisce désormais dans l’élection présidentielle de 2020. Ils disent que ma déclaration sur les bulletins de vote par correspondance, qui conduira à une corruption et une fraude massives, est incorrecte, sur la base d’une vérification des faits par ‘Fake News CNN’ et ‘Amazon Washington Post’. Twitter étouffe complètement la liberté de parole et, en tant que président, je ne le permettrai pas ! », lit-on dans d’autres tweets.

Le Washington Post appartient à Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, et les deux hommes se vouent une forte inimitié — d’où ce qualificatif. Quant à CNN, Donald Trump s’en prend à la chaîne de TV car elle ne lui est pas favorable, contrairement à sa rivale conservatrice Fox News. Le président ne précise pas quels leviers il entend actionner pour interdire à Twitter, en tant qu’entreprise privée, d’effectuer ce fact checking, d’autant qui cela ne l’empêche en aucune façon de s’exprimer.

Les États fédérés face à l’État fédéral

Reste une question : pourquoi le gouverneur de Californie, le démocrate Gavin Newsom, pousse-t-il en direction du vote par correspondance ? Simplement parce que les États-Unis n’arrivent pas encore à casser la propagation de la pandémie de coronavirus. On dénombre plus de 1,7 million de cas outre-Atlantique, donc 100 000 décès. Les courbes de nouveaux cas et de mortalité restent encore stables, à la fin mai.

Ce mode de scrutin apparaît donc comme une piste pour les États fédérés pour conserver le calendrier électoral intact sans pour autant mettre en danger la population américaine, en la concentrant dans des bureaux de vote, qui risqueraient d’accélérer ou de relancer la maladie. La Californie est aujourd’hui l’un des États les plus touchés, même si la situation en fin d’année sera sans doute différente.

Paradoxalement, la situation dans laquelle se retrouve Donald Trump avec Twitter pour des messages sur le vote par correspondance est en partie… de sa faute.

Ces mesures, prises à cause du coronavirus, auraient peut-être été écartées si le président américain s’était montré plus favorable au confinement, qui apparait comme la solution la plus efficace pour endiguer la maladie — même la Suède, qui n’a pas choisi cette voie-là, commence à s’en rendre compte, avec un taux de mortalité quotidien désormais le plus élevé au monde.

On se souvient que Donald Trump avait appelé mi-avril à « libérer » plusieurs États, tous démocrates, en encourageant ses partisans à se montrer et à donner de la voix. Des manifestations qui, par nature, ont rapproché les corps et cassé la distanciation physique permettant de réduire les risques. Or, il apparaît aujourd’hui qu’un confinement plus tôt (et sans doute mieux respecté) aurait pu sauver 35 000 vies.

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