Le Premier ministre a concédé que l'application française de traçage de contacts StopCovid n'a pas servi comme elle aurait dû ou pu. Il parle en partie d'un problème de communication. Depuis sa mise en place, le dispositif n'avait envoyé que 72 notifications à ses utilisateurs à la date du 20 août 2020.

« StopCovid est un outil dans la panoplie de lutte contre l’épidémie (…) il n’a pas obtenu les résultats qu’on en espérait », a concédé le Premier ministre Jean Castex au cours d’une interview dans la matinale de France Inter le mercredi 26 août 2020. «  Peut-être, je veux bien en convenir, par défaut de communication », a-t-il continué.

« Nous savions par avance que tester grandeur nature, pour la première fois, un tel outil dans le cadre de cette épidémie serait particulièrement difficile. Et je vous fais observer que nous ne sommes pas le seul pays à faire ce constat. Ce n’est pas l’outil majeur de lutte contre la pandémie, j’en conviens volontiers  », a-t-il asséné.

StopCovid est une application qui a été lancée par le gouvernement français le 2 juin 2020 : elle permet, en théorie, de retracer le chemin de la maladie à travers des inconnus qui se seraient croisés en ayant activé l’application pendant leurs déplacements.

Malheureusement, trois semaines après son activation officielle, StopCovid n’avait envoyé que 14 notifications à des utilisateurs, avait concédé le secrétaire d’État au Numérique Cédric O. Plus de deux mois plus tard, le 20 août, le constat était tout aussi décevant : seuls 72 «  contacts à risque ont été notifiés », a déclaré la Direction générale de la Santé à l’AFP.

Jean Castex sur France Inter le 26 août 2020 // Source : France Inter

StopCovid envoie une notification pour 16 cas positifs

L’histoire de StopCovid est celle d’un fiasco annoncé, notamment lorsque l’on sait combien pour arriver à l’envoi d’une notification, il faut aller au bout de la chaîne d’un processus extrêmement compliqué.

En résumé, il faut que deux personnes aient été en contact pendant plus de 15 minutes et à un moins d’un mètre, que leurs deux smartphones n’aient pas connu de défaillance et que la technologie Bluetooth utilisée soit allumée et fonctionne. Puis, si l’une des deux personnes a effectué un test PCR qui revient positif, elle se voit remettre un QR Code qu’elle peut rentrer dans l’application afin que l’outil puisse envoyer une notification à la personne qu’elle a croisé et qui pourrait être « à risque » d’être contaminée.

En quasiment trois mois, 1 169 QR Code ont été rentrés dans l’application, ce qui est déjà faible. Cependant, le fait que ceux-ci n’aient donné lieu qu’à 72 alertes (soit une fois sur 16) est vraiment l’élément qui montre que l’application ne fonctionne tout simplement pas.

De surcroit, aucune donnée n’a été communiquée sur ces 72 personnes qui ont reçu une alerte : charge à elles, ensuite, d’aller prendre rendez-vous pour un test PCR, et d’entrer à leur tour leur code QR dans l’application si elles devaient êtres positives.

L’app StopCovid. Louise Audry pour Numerama

StopCovid n’a pas bénéficié d’un manque de communication

Contrairement à ce que suggère le Premier ministre ce matin sur France Inter, StopCovid est pourtant loin d’avoir bénéficié d’un « déficit de communication ». Depuis les premières discussions sur sa création, de nombreux médias se sont emparés du sujet afin de comprendre les tenants et aboutissants d’une telle « brique technologique ». Certains observateurs, dont la députée Paula Forteza, avaient déjà mis en garde en avril dernier du risque de dérives vers un certain solutionnisme technologique, qui verrait le gouvernement dépenser beaucoup de temps, d’énergie et d’argent pour un outil qui n’avait que très peu de chance d’être vraiment efficace. Il y a ensuite eu un débat public, à la fois au Sénat et à l’Assemblée nationale, où de nombreuses personnalités politiques ont pu exprimer leurs doutes — avec plus ou moins de nuance et de connaissances sur le sujet.

À l’époque, le gouvernement se targuait d’avoir obtenu la validation de la Cnil, le gendarme des libertés individuelles en ligne, pour ce projet de traçage de contact centralisé (à l’opposé des solutions décentralisées choisies par de nombreux voisins européens). On apprendra plus tard, comme Numerama l’avait révélé, que cette validation avait été émise sur la base d’un fonctionnement erroné : StopCovid a été lancé alors que même la Cnil ne savait pas comment l’app fonctionnait.

Puis à partir du 2 juin, le gouvernement a enclenché une campagne de communication, en ligne et sur les panneaux d’affichage, afin de pousser les Français à installer l’application et l’utiliser. Sans succès : seuls 2,3 millions de citoyens ont passé le cap du téléchargement, ce qui ne donne pas d’information sur le nombre d’utilisateurs actifs réels, qui allument vraiment StopCovid tous les jours avant de se déplacer. Il convient également de rappeler que l’application a déjà été beaucoup désinstallée.

Selon la Direction générale de la Santé (DGS), une nouvelle campagne de communication serait en route pour que « des familles, des classes ou même des entreprises aient le réflexe StopCovid » à la rentrée de septembre.

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