L'iPhone SE peut être volontiers présenté comme un iPhone recyclé : la plupart de ses composants viennent de générations précédentes. Mais son cœur fait toute la différence. Ou comment Apple a construit un smartphone à moins de 500 € autour du processeur mobile le plus puissant de sa génération.

À l’annonce de l’iPhone SE de 2020, nous formulions un commentaire  : sans même avoir touché l’appareil, on avait l’impression de l’avoir déjà testé. Et pour cause, l’iPhone SE est un condensé technologique de composants et de formes qui nous viennent du passé et du présent des gammes Apple. En comprenant sa philosophie et en connaissant ses entrailles, on savait déjà bien à quoi s’attendre.

Spoiler : une semaine passée avec le petit dernier de la firme de Cupertino ne vient que confirmer en pratique ce qu’on pressentait en théorie. À moins de 500 €, l’iPhone SE de 2020 est un appareil tout en compromis, mais ses concepteurs ont choisi de ne pas économiser sur l’essentiel : le processeur. La puce très haut de gamme héritée des iPhone 11 et 11 Pro fait bien plus à l’iPhone SE que lui donner la possibilité de faire tourner des apps et des jeux.

L’iPhone SE est déjà commercialisé à partir de 469 €. Son prix de lancement est de 489 € pour la version 64 Go.

L’iPhone 6 de 2020

L’iPhone SE 2020, des airs d’iPhone 8 // Source : Julien Cadot pour Numerama

L’iPhone SE de deuxième génération pourrait être décrit comme nous décrivions l’iPhone 8 à sa sortie : un objet qui présente un design éprouvé, qu’Apple utilise depuis l’iPhone 6 et maîtrise à la perfection. Certes, il est possible de bouder l’absence des innovations que l’on retrouve sur les smartphones Android dans cette gamme de prix, que ce soit du côté du design (écrans borderless) ou des fonctions (caméra sous l’écran).

Mais le design de l’iPhone SE est désormais iconique et a prouvé qu’il fonctionnait : au lieu de le changer radicalement, Apple l’a peaufiné d’année en année, jusqu’à atteindre une forme presque parfaite. Cela se ressent dans le choix des matériaux (l’erreur iPhone 7 n’a pas été oubliée) ou l’intégration du bouton tactile pour Touch ID, bien plus durable et confortable qu’un bouton mécanique. Difficile, en ces temps où l’on demande à la tech d’être plus verte, plus durable et moins encline à créer des phénomènes de mode, de reprocher à Apple la conception d’un produit qui entre parfaitement dans ces cases.

Car le fait d’adopter un design ancien n’est pas qu’une réponse à un plébiscite côté consommateurs : le spécialiste iFixit a par exemple montré que nombre des composants étaient interchangeables avec l’iPhone 8. Cela signifie que la réparation est aisée et que les boutiques de réparation ont déjà du stock pour la plupart des éléments, ce qui permettra de ne pas gâcher des pièces détachées. C’est toujours un bon point de savoir qu’un appareil sera facilement réparable, même par un réparateur hors Apple Store, car les processus de démontage et de remontage sont connus depuis de nombreuses années.

L’iPhone SE de face // Source : Julien Cadot pour Numerama

Reste que, à l’usage, ce design implique qu’il n’y a pas Face ID. Le déverrouillage biométrique par reconnaissance faciale est bien pratique au quotidien et on a eu du mal à passer d’un iPhone Face ID à cet iPhone SE qui se contrôle uniquement au doigt. Même la navigation « tout tactile » a tendance à nous manquer : il est plus simple de revenir à l’accueil d’un glissement de doigts qu’en appuyant sur un bouton.  Un inconvénient qui vient avec un avantage : habitués des énormes smartphones de ces dernières années, on se retrouve avec un objet vraiment petit et léger qu’on ne sent presque plus dans notre poche. L’écran de 4,7 pouces permet en outre une bonne utilisation à une seule main.

Et puis qui sait, en 2020, le port du masque obligatoire qui bloque la reconnaissance faciale va faire revenir Touch ID en force…

A13, le nerf de la guerre

Apple a construit son iPhone SE autour du processeur A13 Bionic. Cet engin est celui qui équipe les iPhone 11 et 11 Pro et qui fait partie des processeurs mobiles les plus rapides du monde. Et ne pas avoir fait de concession là-dessus n’est pas qu’une question de fiche technique. En pratique, avoir un processeur A13 dans un smartphone à moins de 500 € lui garantit plusieurs choses :

  • Une durabilité sur le long terme : entre les mises à jour proposées jusqu’à 5 ou 6 ans et les nouvelles fonctionnalités, l’iPhone SE est paré pour durer.
  • D’excellentes capacités en photo, et en vidéo (4K à 60 ips) qui combinent un capteur milieu de gamme avec un traitement logiciel exigeant, utilisant les ressources du processeur.
  • Une compatibilité avec les usages futurs et les plus avancés d’un smartphone : jeux vidéo, réalité augmentée, retouche lourde d’images ou de fichiers vidéo, composition musicale,  réalité virtuelle, etc.
  • L’assurance d’avoir assez de puissance sous le capot pour profiter de toutes les garanties Apple en matière de protection des données, comme le chiffrement en temps réel de tout le contenu de l’iPhone ou l’exécution de la plupart des fonctions avancées en local, sans avoir besoin de transmettre des informations à un serveur distant.

Le choix du processeur est donc l’élément qui permet à l’iPhone SE d’être plus que jamais un smartphone de 2020 et non pas un engin au rabais, malgré un design vu et revu. C’est par exemple particulièrement frappant sur la photographie : Apple a utilisé le capteur de l’iPhone 8 et en a fait, logiciellement, un appareil capable de faire plus de choses que celui de l’iPhone XR. Pour cela, l’entreprise de Cupertino a suivi la voie Google qui avait montré avec ses Pixel 3 en 2019 qu’il était possible de survoler le marché du smartphone côté photo simplement avec un excellent logiciel de traitement d’image.

Réalité augmentée // Source : Julien Cadot pour Numerama

En photo et vidéo

Ce travail de fond par Apple se remarque à chaque capture, qui gère par exemple le Smart HDR, la manière de capturer plusieurs niveaux de luminosité globale puis de les attribuer à certaines parties de la photographie pour que le rendu soit cohérent et harmonieux. Comme Google, Apple sait ne pas en faire trop  : le HDR ne va pas créer des contrastes trop marqués, mais va permettre par exemple de révéler des formes dans un coin de la photo qui serait normalement saturé, car surexposé.

Un unique capteur // Source : Julien Cadot pour Numerama

L’usage du processeur se voit également du côté des photos en mode Portrait, qui fonctionnent avec la caméra avant et la caméra arrière du smartphone. Pour réaliser un beau contour d’un élément au premier plan et flouter l’arrière-plan, il faut que l’appareil ait une donnée de profondeur. Avec deux objectifs à focales différentes, cela se calcule facilement en mesurant la distance entre celle qui voit « plus loin » et celle qui voit plus près. Avec un seul objectif, tout doit être logiciel : il faut donc entraîner un algorithme qui sache repérer un élément au premier plan. C’est pour cela qu’Apple a limité les modes portraits aux humains sur l’iPhone SE : le logiciel n’a visiblement pas été assez entraîné sur d’autres typologies de formes.

Mais en passant par une application de photo plus professionnelle que l’appareil de base comme Halide, dont les développeurs ont d’ailleurs détaillé le fonctionnement de l’iPhone SE dans un long billet, on peut utiliser le mode portrait sur des animaux et des objets. Et c’est comme cela qu’on peut s’amuser à tester jusqu’où le processeur A13 est capable d’aller dans la reconnaissance de forme au premier plan, sans forcément avoir eu d’entraînement.

Masque Mode portrait

Sur mon lapin, on remarque que la forme est par exemple vraiment bien reconnue. On peut s’amuser alors à comparer ce que voit un iPhone SE et un iPhone 11 Pro, qui peut, avec ses trois capteurs, faire un mode portrait aidé d’une mesure matérielle.

iPhone SE iPhone 11 Pro

On remarque que, sur le cliché pris par l’iPhone 11 Pro, il y a beaucoup plus de nuances pour gérer la profondeur de champ : chaque niveau de blanc au gris est une information qui dit à l’iPhone à quelle distance se trouvent les différentes parties de la photo. Il n’empêche que le résultat final ne fait pas du tout démériter l’iPhone SE, qui n’a même pas été conçu pour prendre en photo des lapins.

iPhone SE iPhone 11 Pro

On ne peut qu’apprécier avoir dans la poche un appareil photo capable de prendre de jolis clichés, tout comme on peut reconnaître que la direction d’Apple prise sur le logiciel, alors qu’il était un temps très fidèle sur les améliorations matérielles, porte ses fruits. Ce travail accompli pour faire de l’iPhone SE un appareil impressionnant en photo avec un unique capteur ne sera pas perdu pour les prochaines générations d’iPhone, quelle que soit la gamme.

Photo à l’iPhone SE // Source : Julien Cadot pour Numerama
Photo à l’iPhone SE // Source : Julien Cadot pour Numerama
Photo à l’iPhone SE // Source : Julien Cadot pour Numerama
Photo à l’iPhone SE // Source : Julien Cadot pour Numerama
Zoom sur la photo précédente // Source : Julien Cadot pour Numerama
Photo à l’iPhone SE // Source : Julien Cadot pour Numerama
Photo à l’iPhone SE // Source : Julien Cadot pour Numerama

En bref

iPhone SE (2020)

Note indicative : 4/5

Puissance, sécurité, durabilité, bon appareil photo, petit format, charge sans fil, résistance aux éclaboussures… : difficile de mettre en défaut l’iPhone SE de 2020, qui répond point par point au cahier des charges d’un tel produit. Certes, on n’a pas les dernières fonctionnalités à la mode ou un design récent, mais à l’usage, on se rend compte que l’iPhone SE n’a pas besoin de plus pour être agréable. Dans cette gamme de prix, difficile de trouver mieux sur le marché.

Du côté des regrets, on pourra reprocher une durée de vie sur batterie pas au niveau des iPhone 11 (comptez une journée) et une interface qui gagnerait à emprunter les gestes tactiles des iPhone avec Face ID.

Top

  • Rapport qualité/prix imbattable
  • Excellent en photo
  • La puce A13 lui assure une longue vie

Bof

  • Autonomie en dessous de l'iPhone 11
  • Mode portrait bloqué sur les humains dans l'app de base
  • Navigation tactile qui manque

Crédit photo de la une : Julien Cadot pour Numerama

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo