Dans l'affaire des performances bridées pour protéger les batteries des iPhone, Apple a été condamné à 25 millions de dollars pour défaut de communication. La DGCCRF n'a trouvé nulle trace d'obsolescence programmée.

C’était l’une des affaires tech les plus médiatisées et les moins bien comprises de la fin de l’année 2017 : Apple avait ralenti la cadence des processeurs de certains iPhone, peut-être de manière imperceptible pour l’utilisateur, afin de préserver leur batterie, l’un des composants les plus sensibles. Très vite, l’histoire a été reprise sous l’angle du complot, notamment par la très mal informée association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP), en roue libre dans Quotidien : Apple briderait les iPhone pour pousser à la surconsommation.

Évidemment, l’explication technique qui montrait justement que l’opération visait à préserver les iPhone d’une mort prématurée et donc empêcher le renouvellement était la bonne : c’est ce qu’a retenu la Direction Générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) d’après les informations du Parisien le 7 février 2020. L’enquête n’a pas permis de montrer l’obsolescence programmée de l’appareil « au sens juridique  ». Le contraire aurait été surprenant, dans la mesure où la réduction de la cadence des processeurs était une mesure de préservation de l’objet technique.

Le complot mis de côté, Apple écope tout de même d’une amende record de 25 millions d’euros… pour un défaut de communication, qui, lui était bien réel.

Mal communiquer

Ce défaut de communication était au cœur de l’analyse que Numerama faisait de la séquence. Si Apple avait communiqué sur ses plans et fait comprendre à ses clientes et ses clients que leurs usages allaient être inchangés, le constructeur n’aurait pas eu le moindre souci. Mieux encore : s’il avait proposé l’option de changer la batterie à un tarif réduit immédiatement, comme il s’est décidé à le faire après ce déploiement pour rassurer ses clients, l’affaire n’aurait même pas existé. Les clients qui percevaient une différence d’usage auraient eu une batterie neuve à un prix ridicule et les clients qui ne voyaient aucun changement auraient apprécié le fait qu’un constructeur valorise la durabilité de ses produits.

L’iPhone 11 Pro // Source : Louise Audry pour Numerama

Reste que l’entreprise de Cupertino a décidé de tout faire en douce, par une mise à jour logicielle et a mis plusieurs jours avant de clarifier sa position. Ce laps de temps a fait germer toutes les théories complotistes, jusqu’à finir en tribune dans une émission de très grande audience qui ne leur a opposé aucun argument : difficile, après cela, de faire comprendre les raisons de la mise à jour. C’est donc tout à fait juste que la DGCCRF sanctionne une mauvaise communication : «  Ce défaut d’information des consommateurs constitue une pratique commerciale trompeuse par omission », peut-on lire.

Finalement, l’affaire pour laquelle Apple est aujourd’hui condamné n’a fait que du bien à iOS. L’onglet « Batterie » dans les réglages n’a jamais été aussi complet et précis que depuis cette histoire. Au-delà des informations sur l’autonomie et sur la décharge de la batterie, on trouve désormais une rubrique État de la batterie, qui informe en temps réel le client d’un iPhone sur la dégradation naturelle du composant.

De même, une page d’information est accessible directement depuis ce menu pour faire comprendre pourquoi une batterie se dégrade et quel rôle joue cette dégradation sur les performances. Récemment, il est même possible d’activer une « Recharge optimisée de la batterie » qui va intelligemment recharger l’iPhone afin de préserver le composant : branché avant de dormir sur secteur, l’appareil sera chargé jusqu’à 80 %, puis jusqu’à 100 % dans les dernières minutes avant votre lever habituel, afin de ne pas causer une succession de charge et de décharge entre 100 et 99 %.

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