Que vous fréquentiez le site depuis longtemps ou non, peut-être ne connaissez-vous pas l'origine du nom de Numerama. Plongée étymologique dans l'histoire de Numerama point com, qui remonte à 2002.

Il y a un peu plus d’un an, nous inaugurions une toute nouvelle rubrique intitulée les noms de la tech. Avec elle, notre souhait est de raconter l’histoire qui se cache derrière l’identité des marques et des entreprises qui peuplent notre quotidien numérique, car les raisons qui ont conduit Wikipédia, Google ou Netflix à s’appeler ainsi ne sont pas toujours connues du grand public et peuvent être parfois tout à fait surprenantes.

Jusqu’à présent, nous avons relaté les origines d’une petite soixantaine de compagnies et de produits. Mais en cette fin d’année 2019, nous avons le sentiment que c’est le bon moment pour nous autoriser une petite déviation avec un récit quelque peu différent des autres. En effet, ce hors-série que nous vous proposons est l’occasion de donner un coup de projecteur sur l’origin story du nom de Numerama.

La page d’accueil de Numerama.

Avant Numerama, il y avait Ratiatum

Mais pour comprendre d’où il vient, il faut d’abord se plonger dans son histoire. Le site voit le jour en avril 2002 lorsque Guillaume Champeau, fondateur du site et rédacteur en chef jusqu’en 2016, enregistre le nom de domaine ratiatum.com. Un nom curieux de prime abord, car il n’a pas grand-chose à voir avec Numerama. Et pour cause : le site porte le nom de la cité antique de Ratiatum, située en Loire-Atlantique !

Mais pourquoi diable un tel choix ? Pourquoi un site sur l’actualité numérique portait-il le nom d’une cité gallo-romaine occupée par les Pictons, un peuple gaulois, alors qu’il ne traitait ni d’archéologie, ni d’histoire antique, ni de tourisme breton ? La réponse est en fait toute simple : c’est parce que Guillaume vivait alors à Rezé, commune qui se trouve sur l’emplacement de Ratiatum.

Ratiatum
Il y a dix-sept ans, les débuts de Ratiatum.

À l’époque, la ligne éditoriale du site était centrée sur l’actualité des échanges et des réseaux en pair à pair (P2P), comme eMule, Kazaa, Napster ou bien BitTorrent. Le site s’intéressait aux enjeux socio-économiques et juridiques de ces nouvelles formes de coopération, en particulier pour la propriété intellectuelle, qui était de fait remise en cause par des partages non marchands hors de tout cadre légal. Le fameux piratage.

Numerama entre en scène

Mais au printemps 2008, décision est prise de renommer le site.

Trois raisons existent : d’abord, le site se professionnalise. Il s’agit donc de se détacher de l’histoire personnelle de son fondateur. Ensuite, la ligne éditoriale s’élargit. On parle encore de peer-to-peer, mais plus seulement : les implications du numérique dans la société prennent désormais une place centrale. Enfin, il s’agit aussi de tenir compte de l’évolution des usages avec, notamment, l’émergence du streaming.

La mode du P2P était en train de passer.

Pour traduire ce triple changement, Ratiatum devient alors Numerama. Il s’agit d’un nom composé à partir de « numérique » et « hórama », terme issu du grec ancien (ὅραμα) qui signifie « vision ». En clair, le site entend proposer une vision du numérique, en réfléchissant sur ce que cette révolution peut induire sur la société, l’économie, les comportements et les droits et libertés des individus.

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Les robots, les algorithmes et l’intelligence artificielle sont quelques-uns des sujets qui ont rejoint la ligne éditoriale de Numerama au fil du temps, du fait des implications qu’ils sont susceptibles d’avoir sur l’organisation de la société. // Source : Kyle Welsby

Bien sûr, les plus lettrés d’entre vous tiqueront sans doute à l’idée d’associer une racine grecque (hórama) à une racine latine (le mot « numérique » vient du latin « numerus », qui veut dire « nombre »). Mais cet assemblage improbable, qui peut sembler être une faiblesse étymologique, est aussi une manière de donner du sens à un projet, de l’expliciter — de la même façon qu’un néologisme, en somme.

Il n’a pas été simple de trouver ce nom. En fait, Numerama a même été « crowdsourcé » avec d’autres internautes, puisque c’est au fil de divers échanges sur Twitter que l’identité définitive a été choisie, à partir des bases qu’avaient fixées Guillaume Champeau. Ce qui a aussi joué, c’est la disponibilité du côté  des noms de domaine. Car il fallait que l’URL fasse écho au titre du site, forcément.

Depuis ce tournant de 2008, Numerama a poursuivi son chemin. Certains s’en sont allés. D’autres ont rejoint l’aventure. En 2015, Numerama a rallié le groupe Humanoid et ses effectifs se sont considérablement étoffés : aujourd’hui, le média emploie 8 journalistes et vidéastes professionnels à plein temps. Et tout comme à l’époque, la ligne éditoriale du site s’est ajustée aux nouveaux enjeux de notre époque, qu’il s’agisse de l’environnement, des transports ou des sciences, questionnant encore et toujours ce que nous amène le futur.

Et non, cela ne s’écrit pas Numérama.

(mise à jour avec une précision sur la trouvaille du titre)

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