Le coronavirus SARS-CoV-2 reste, en ce début 2022, une pandémie. Il est trop tôt pour envisager la transformation en une endémie, statut qui signifierait que la maladie serait sous contrôle.

La crise sanitaire liée au coronavirus SARS-CoV-2 est une pandémie. Celle-ci dure depuis maintenant deux ans. Il est difficile de dater une sortie de crise, étant donné que des incertitudes demeurent. Toute description du futur n’est qu’un scénario parmi d’autres. Début 2022, les hypothèses vont bon train sur le variant Omicron : plus contagieux, mais possiblement moins virulent, il pourrait produire une vague éclair. Celle-ci, produisant rapidement une immunité collective, permettrait alors d’envisager une accalmie stable par la suite.

Le conditionnel est de la partie étant donné que de telles affirmations restent au rang de pure hypothèse. Une autre vague n’est pas à exclure, le variant Omicron n’est pas encore parfaitement caractérisé, et la vague Delta n’est pas terminée. Il émerge cependant une idée dans les débats : le variant Omicron pourrait supplanter totalement le Delta puis transformer la pandémie en « endémie ».

Que signifie cette affirmation et quelle est sa réalité scientifique, en ce début 2022 ?

Non, la pandémie du covid ne peut pas (encore) être qualifiée d’endémie
La pandémie du coronavirus a changé mondialement nos habitudes. // Source : Pexels

Pandémie, épidémie, endémie

Il faut distinguer épidémie, pandémie et endémie :

  • Épidémie : une maladie qui contamine rapidement un grand nombre de personne dans un lieu donné pendant une période donnée.
  • Pandémie : une maladie dont l’épidémie se propage sur une large zone géographique, à l’échelle internationale, contaminant une part importante de la population mondiale ;
  • Endémie : une maladie présente de façon habituelle et permanente dans une population, et qui se maintient au-dessus d’un certain seuil mais en restant contrôlable ; le taux d’incidence est stable.

Une maladie peut évoluer d’un stade à l’autre en fonction des mutations. La grippe, qui est endémique (elle revient chaque hiver tout en étant relativement maîtrisée), s’est déjà transformée en pandémies. Le covid, de son côté, a commencé par des épidémies localisées avant de se répandre et d’être qualifié de pandémie par l’OMS le 11 mars 2020.

Le covid n’est pas, à ce stade, une endémie

Lors d’une conférence de presse, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a indiqué que le variant Omicron pourrait transformer, à terme, la pandémie Covid-19 en une endémie. « Avec l’augmentation de l’immunité de la population — et avec Omicron, il y aura beaucoup d’immunité naturelle en plus de la vaccination. Nous nous dirigerons rapidement vers un scénario plus proche de l’endémicité », a déclaré Marco Cavaleri, le chef de la stratégie vaccinale.

Une endémicité signifierait que la pandémie serait enfin sous contrôle. Le nombre de contaminations, d’hospitalisations et de décès baisserait alors drastiquement. La maladie ne disparaitrait pas, tout en revenant régulièrement, probablement l’hiver, comme la grippe, mais sans être aussi dangereuse que sous une forme épidémique ou pandémique. Elle infecterait beaucoup moins de monde, et sous des formes moins communément graves.

Une issue plausible à court terme ? Pas vraiment : « Personne ne sait exactement quand nous serons au bout du tunnel, mais nous y serons », réaffirme Marco Cavaleri durant cette conférence de presse, nuançant son propos : « N’oublions pas que nous sommes toujours dans une pandémie. »

Bien que l’EMA avance la possibilité d’une transformation du covid en endémie, il ne faut pas surinterpréter : Marco Cavaleri ne prétend à aucun moment que c’est déjà le cas. Le débat, malgré tout, commence à naître. Lors d’une interview radiophonique, le Premier ministre de l’Espagne, Pedro Sanchez, a affirmé que « c’est un débat nécessaire, la science nous a donné la réponse pour nous protéger » et pour faire tomber le niveau de létalité du virus. Il ajoute : « Nous devons évaluer l’évolution du covid en une maladie endémique. » Ce qui implique, selon lui, de commencer à réfléchir à la maladie Covid-19 comme à la grippe.

« En termes d’endémicité, nous sommes encore loin du compte. »

Catherine Smallwood (OMS)

Ces déclarations proviennent d’un responsable politique et non d’un scientifique. Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui a immédiatement réagi à l’émergence du débat, la question ne se pose pas encore le moins du monde. « En termes d’endémicité, nous sommes encore loin du compte », a affirmé en conférence de presse Catherine Smallwood, membre de l’OMS.

Elle développe : « L’endémicité suppose que d’abord une circulation stable du virus à des niveaux prévisibles, et potentiellement des vagues connues et prévisibles de transmission épidémique. Nous devons vraiment nous retenir de nous comporter comme si c’était endémique avant que… le virus lui-même ne se comporte comme s’il était endémique. »

En résumé : il paraît difficile de traiter le coronavirus SARS-CoV-2 comme étant endémique, puisqu’il n’est pas endémique à l’heure actuelle.

Alors que la 5e vague touche intensément l’Europe, il se pourrait que 50 % des Européens soient contaminés par le variant Omicron dans les deux prochains mois. Cela pose un risque statistique sur le système hospitalier. L’enjeu actuel est donc surtout de maintenir stable le système de santé, en limitant les contaminations et les risques de formes graves.