Des objets qui ressemblent à des fossiles mais n'en sont pas pourraient induire en erreur des chercheurs étudiant la possibilité d'une vie passée sur la planète Mars. Une équipe de scientifiques souligne l'importance d'anticiper ces cas de figure, pour mieux distinguer « les véritables preuves de la vie et ces imposteurs ».

Pour l’instant, la recherche de possibles traces de vie sur Mars, la planète rouge, n’a rien donné : on n’a encore jamais identifié la vie en dehors de la Terre. Mais l’exploration continue : la mission Mars 2020, avec le rover Perseverance qui s’est posé sur la planète en février 2021, a d’ailleurs une dimension microbiologique inédite (même s’il faut souligner que l’astromobile n’a pas les moyens de trouver la vie tout seul).

Une étude, publiée le 17 novembre 2021 dans Journal of the Geological Society, présente une difficulté à laquelle pourraient se heurter les explorateurs en recherchant des traces de vie sur Mars : de faux fossiles.

Des objets qui ressemblent à des fossiles, mais n’en sont pas

« La recherche de la vie sur Mars peut produire des résultats faussement positifs, notamment via la détection d’objets, de structures ou de substances qui ressemblent d’une manière ou d’une autre aux produits de la vie mais qui ne sont pas biogènes, écrivent les auteurs de cette étude. Le succès des grandes missions de rovers en cours et à venir requiert désormais des efforts importants pour atténuer ce risque. »

D’après ces scientifiques, il est probable que les roches de Mars contiennent des dépôts non biologiques, mais qui pourraient ressembler à des fossiles, tels qu’on s’attendrait à les découvrir si la vie a pu exister sur l’astre. Il leur parait donc crucial de parvenir à faire la distinction entre ces faux fossiles et de véritables traces de vie ancienne sur la planète.

Des spécimens ressemblant à des fossiles, mais d’origine chimique. // Source : Julie Cosmidis

« Le retour d’échantillons de Mars ne résoudra pas nécessairement une fois pour toutes le problème de l’existence d’une vie (ancienne) sur cette planète », préviennent les auteurs. Pour eux, il est essentiel de comprendre tous les processus abiotiques (incompatibles avec la vie) qui pourraient imiter des preuves de présence de vie (aussi appelées biosignatures). « La fiabilité de toute biosignature détectée sur Mars [en] dépend », peut-on lire dans l’étude. C’est pourquoi les chercheurs ont ici entrepris d’examiner tous les processus connus qui pourraient créer ces faux fossiles dans les roches martiennes. Ils en ont étudié des dizaines, qui aboutissent à des structures imitant des traces de vie.

Anticiper les résultats ambigus : le cas de la météorite ALH84001

Les scientifiques appellent donc à la prudence, d’autant plus que des exemples passés ont montré que les confusions étaient possibles. Ils citent le cas du fragment de météorite ALH84001, découvert en 1984 et devenu célèbre 12 ans plus tard, lorsqu’une équipe de scientifiques a pensé y avoir trouvé des « restes fossiles d’un ancien biote martien ». Au final, il s’est avéré que ces « fossiles » n’étaient pas issus de bactéries, mais que leur origine était géochimique. « Si nous avons de la chance, des biosignatures simples et sans équivoque seront découvertes sur Mars dans les prochaines décennies. Mais à la lumière des nombreux récits édifiants de l’histoire de la paléontologie et de l’astrobiologie, il semble prudent d’anticiper des résultats plus ambigus », concluent les scientifiques.

« Mieux ces phénomènes seront compris, plus nous pourrons faire la distinction entre les véritables preuves de la vie et ces imposteurs », ajoutent-ils.

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