Une société sous contrat avec Pfizer est critiquée par une récente enquête. Mais attention, la portée de l'enquête ne remet pas en question les données globales sur le vaccin de Pfizer. Il convient donc de la lire avec sérieux, mais de prendre garde à ne pas extrapoler son impact réel.

« PfizerGate » arrive en tête des sujets les plus discutés sur Twitter ce 3 novembre 2021. La cause : un article publié le 2 novembre 2021 dans la revue BMJ (British Medical Journal).

L’auteur y présente un témoignage qu’il a recueilli, d’une source qui dénonce les potentielles mauvaises pratiques de Ventavia. Cette entreprise est sous contrat avec Pfizer sous le statut Contract Research Organizations. Pfizer a effectivement sous-traité une part des essais cliniques à cette société — ce qui est monnaie courante pour les études médicales, et était une information publique.

L’enquête sur Ventavia est au vitriol. Cependant, après lecture attentive, force est de constater qu’elle ne vient pas remettre en question les vaccins ni les données globales des essais cliniques de Pfizer. Voici ce qu’elle dit, et ne dit pas.

Quelles sont les allégations contre Ventavia ?

  • Qui ? Brook Jackson : elle est l’ex-directrice régionale d’un centre de la société pharmaceutique Ventavia, aux États-Unis, employée pendant deux semaines dans cette entreprise.
  • Quoi ? Elle dénonce le fait que « le personnel qui a conduit les contrôles de qualité était débordé par le volume des problèmes qu’ils découvraient ». Elle dénonce une mauvaise gestion du laboratoire, des vaccinateurs qui auraient été mal formés, un manque de respect de la méthode scientifique (processus en double-aveugle qui ne serait pas respecté), des produits stockés aux mauvaises températures, un suivi trop lent des effets indésirables. Après avoir prévenu la FDA (Food and Drug Administration, autorité américaine de régulation), elle aurait alors été licenciée par Ventavia.
  • Quand ? Cette affaire remonterait à septembre-décembre 2020, lors des essais cliniques de phase 3 pour le vaccin de Pfizer. L’article, lui, a été publié un an plus tard.
  • Quel est le problème ? Ces descriptions, si elles s’avèrent vraies, sont évidemment graves : un centre d’essais cliniques se doit de respecter à la lettre le protocole et la méthode. Cela suggère également que la Food and Drug Administration n’aurait pas conduit une inspection suffisamment large des centres où ont eu lieu les essais cliniques. Or, ces inspections sont cruciales, aussi car à une époque où la confiance n’est pas garantie, la transparence est plus que jamais un ingrédient crucial du processus.
L’enquête publiée dans la revue The BMJ. // Source : The BMJ

Pourquoi l’expression « PfizerGate » n’est pas justifiée

Cette enquête peut toutefois se révéler trompeuse sur la réalité de sa portée. Pour des vaccins et médicaments, les sociétés pharmaceutiques font reposer leurs données, en phase 3, sur des échantillons de dizaines de milliers de personnes. La phase 3 de l’essai clinique de Pfizer repose sur 44 000 participants, répartis dans 152 sites à travers le monde (130 sites aux États-Unis, 2 sites au Brésil, 4 sites en Afrique du Sud, 6 sites en Allemagne, 9 sites en Turquie, un site en Argentine). Le contrat avec Ventavia inclut 3 sites et 1 000 participants, soit seulement 2,28 % des participants de l’essai clinique.

En clair : indépendamment de la vérification ou non des allégations de l’enquête, celles-ci ne remettent pas en question les conclusions de l’étude initiale de Pfizer. Bien que les allégations de l’enquête nécessitent une étude approfondie des autorités sanitaires américaines, si ce n’est pas déjà fait, cela n’implique pas un scandale sur les vaccins comme le terme « PfizerGate » le sous-entend. C’est la société Ventavia qui est concernée.

Par ailleurs, depuis, de nombreux mois sont passés et l’on dispose dorénavant des données de terrain, auprès de dizaines de millions de personnes à travers le monde, et qui confirme à la fois l’efficacité du vaccin ARNm de Pfizer, mais aussi sa non-dangerosité.

Appeler à la «  suspension immédiate et partout en France  » du vaccin, comme l’a proposé l’ancien député d’extrême droite Florian Philippot dans le but d’attiser la peur est donc parfaitement déraisonné. Il n’est d’ailleurs pas le seul : les potentielles mauvaises pratiques révélées par cet article font actuellement l’objet d’une réutilisation fallacieuse sur les réseaux sociaux, par des collectifs idéologiquement « antivax ». La plus grande prudence est donc de mise : il ne faut ni sous-estimer la gravité des accusations envers Ventavia, ni les surestimer en y voyant un scandale qui invaliderait le vaccin de Pfizer.

Sur le format de « l’enquête » et son auteur

La structure de l’enquête publiée par le BMJ n’aide pas vraiment non plus à y voir très clair, car le propos se repose visiblement sur une seule source principale, n’affiche aucune des preuves mentionnées (aucune des photos évoquées n’est publiée, aucune capture d’écran des emails évoqués). Contactée par Numerama, l’entreprise Ventavia nous a indiqué «  ne pas avoir été contactée [par l’auteur] avant la publication », comme il est pourtant crucial de le faire dans une enquête pour confrontation des éléments ou leur donner un droit de réponse. Ventavia précise « investiguer  » sur les accusations mais ne nous a pas répondu sur le fond.

D’après nos recherches, il semblerait également que l’auteur de l’article dans le BMJ, Paul Thacker, soit réputé pour des positions frôlant avec le conspirationnisme. Il avait déjà pris des postures anti-scientifiques sur la 5G (et donc fausses), à travers lesquelles il déformait les faits qui lui avaient été présentés. Ces éléments doivent contribuer à la prudence envers cette enquête, qui, journalistiquement, reste très incomplète.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo