D'après une récente étude qui compare la pandémie de coronavirus SARS-CoV-2 à celles de la polio et de la variole, la maladie Covid-19 pourrait bel et bien être éradiquée. Mais il y a de nombreux défis techniques.

Mais quand reprendrons-nous une vie normale ? C’est la question que nous avons tous et toutes à la bouche, mais l’horizon d’une fin de pandémie semble lointain l’émergence et la large diffusion du variant Delta, plus contagieux, dorénavant majoritaire. La vaccination, pourtant efficace (notamment contre les formes graves) ne suffira peut-être pas à atteindre une immunité collective. Par ailleurs, de fortes inégalités existent entre les pays dans la distribution de svaccins. Et dans une population qui n’est pas encore assez vaccinée, le variant Delta peut encore circuler activement, même via des personnes vaccinées. En raison de cette diffusion active dans le monde, il existe également la crainte de l’émergence d’autres variants.

Mais faut-il pour autant partir du principe que l’on ne se débarrassera jamais du covid dans nos quotidiens, ou pas avant de très nombreuses années ? « Nous ne devons pas écarter la possibilité d’éradiquer le COVID-19 », répond une étude publiée le 9 août 2021. La vaccination, apte à freiner les formes graves et une grande partie des infections, demeure une arme efficace — l’histoire le prouve et donne de l’espoir.

Vous pouvez regarder la vidéo Numerama dans laquelle on décrypte cette étude :

L’éradication est « dans le domaine du possible »

L’équipe de cinq auteurs à l’origine de cette recherche a fourni une méta-analyse — une étude de plusieurs études passées — dédiée à d’autres maladies pandémiques et qui ont été précédemment éradiquées ou quasiment grâce à la vaccination : la variole et la poliomyélite. Leurs travaux visent alors à établir un score d’éradication possible — une échelle de 0 (éradication très difficile) à 3 (éradication plus facile).

Les vaccins protègent contre de nombreuses maladies en préparant le corps à combattre un agent infectieux. // Source : Pexels/Nataliya Vaitkevich (photo recadrée)

«  Pour établir des comparaisons entre la variole, la polio et COVID-19, nous avons pris en compte les facteurs techniques établis qui favorisent l’éradication des maladies évitables par la vaccination […]. Nous avons ajouté à cette liste d’autres facteurs techniques, sociopolitiques et économiques susceptibles de favoriser l’éradication », détaille l’équipe de recherche au sujet de sa méthodologie. Au total, 17 variables sont prises en compte.

Voici les scores :

  • Polio : 1,5
  • Covid-19 : 1,6
  • Variole : 2,7

La maladie Covid-19 serait donc plus facile à éradiquer que la polio, mais plus difficile que la variole. « Bien que notre analyse soit un effort préliminaire comportant divers éléments subjectifs, elle semble placer l’éradication du COVID-19 dans le domaine du possible, notamment en termes de faisabilité technique », concluent les auteurs.

Les défis pour se débarrasser du covid

Les obstacles

«  Les commentateurs ont mis l’accent sur les difficultés à atteindre l’immunité collective, mais l’immunité de la population n’est pas essentielle et n’a pas été atteinte pour la variole, qui a été éradiquée par la vaccination en anneau [une stratégie visant à vacciner un cercle de contacts d’une personne infectée puis le cercle de contact de ces cas contact] », rappellent les auteurs. Des vaccins ont permis d’éradiquer la variole, la peste bovine (une maladie du bétail à l’origine de famines) et deux des trois sérotypes de poliovirus.

Néanmoins, l’éradication de la maladie Covid-19, par rapport à la variole et à la polio, est rendue plus compliquée par « une mauvaise acceptation des vaccins  » ainsi que «  l’émergence d’autres variants qui peuvent être plus transmissibles ou qui peuvent avoir une plus grande immunoévasion pouvant leur permettre d’échapper aux programmes de vaccination mondiaux ». La maladie Covid-19 génère par ailleurs bien plus de cas asymptomatiques, ce qui rend difficile l’utilisation d’une vaccination en anneau — une vaccination globale étant plus efficace alors. Il y a encore, par ailleurs, des incertitudes sur la durée de la protection immunitaire (des études restent encourageantes : l’immunité serait globalement robuste pendant 1 an).

Autre difficulté : les réseaux sociaux changent en partie la donne, en facilitant la désinformation. Ces positions hostiles à la science sont parfois prises par des gouvernements eux-mêmes (c’est le cas au Brésil). La distribution inégale du vaccin est également décrite comme un problème :  le virus continuera à circuler dans certains pays même si d’autres sont entièrement vaccinés, tant que cet écart perdure.

Les voies de résolution

Voilà pour le tableau du pire. Mais les auteurs relèvent que ces obstacles ne sont pas insurmontables. L’étude conclut que l’éradication est tout à fait possible, et même plus que pour la polio.

« Il y a bien sûr des limites à l’évolution virale, et on peut donc s’attendre à ce que le virus finisse par atteindre son apogée et que de nouveaux vaccins puissent être formulés », écrivent-ils notamment. Ils relèvent que le fardeau sanitaire, social et économique que représente la pandémie est à l’origine d’un «  intérêt mondial sans précédent pour le contrôle de la maladie et d’un investissement massif dans la vaccination contre la pandémie ». Qui plus est, toutes les mesures d’hygiène et les gestes barrières constituent un frein efficace en complément de la vaccination.

Enfin, non seulement une éradication du covid semble possible, mais les améliorations que cela implique dans le système de santé et les développements scientifiques pourraient avoir des avantages au long terme. C’est ce que les auteurs appellent les « co-bénéfices » de l’éradication de la maladie Covid-19 : cela pourrait améliorer le contrôle d’autres maladies, voire permettre d’en éliminer certaines définitivement, comme la variole.

En conclusion : l’éradication du COVID-19 semble « légèrement plus faisable que celle de la polio  », mais « beaucoup moins que celle de la variole ». Pour les cinq auteurs à l’origine de cette recherche encore très préliminaire, il est nécessaire que l’OMS ou d’autres agences procèdent à «  une évaluation plus formelle de la faisabilité » d’une éradication du covid.

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