Réduire les émissions de CO2 de 50 % ne règlera, hélas, pas notre problème de moitié. La métaphore de la baignoire permet de comprendre très facilement pourquoi la neutralité carbone est indispensable pour contenir la crise climatique.

Ne plus générer aucune émission de CO2 dans l’atmosphère, l’objectif semble impossible à atteindre. Face à ce défi vertigineux, certains se rassurent en se disant que si on les réduit déjà de 50 %, le problème sera au moins réglé de moitié. Cela ne fonctionne malheureusement pas du tout comme cela. Souvent utilisée pour expliquer ces enjeux, la métaphore de la baignoire permet de comprendre très facilement la difficulté qui se pose ici.

Le nœud du problème, avec les gaz à effet de serre, c’est que le principal d’entre eux, le dioxyde de carbone (CO2), demeure très longtemps dans l’atmosphère. La partie de CO2 qui sera le plus vite absorbée mettra déjà une centaine d’années à l’être. Mais un cinquième environ du CO2 mettra plus de 10 000 ans à quitter l’atmosphère. Pour cette raison, on peut comparer l’atmosphère à une baignoire : le CO2 qu’on émet en ce moment va rejoindre le CO2 qu’on a émis, notamment ces 150 dernières années.

La baisse de la biodiversité accélère le changement climatique. // Source : Heiko Behn / Pixabay

Ne pas faire déborder la baignoire

Problème : cette baignoire est déjà quasi remplie. Avant l’ère industrielle, le cycle du carbone était relativement équilibré : la quantité de carbone émis était assez proche de celle qui était recapturée (par les végétaux notamment). Celle présente dans l’atmosphère était donc relativement stable (autour de 2240 milliards de tonnes de CO2). Tout a basculé lorsque l’humanité a commencé à exploiter des gisements de combustibles fossiles composés de carbone — des végétaux comprimés dans les couches en sous-sol, qui se sont transformés en pétrole, charbon ou gaz naturel, au fil de millions d’années. Subitement, nous nous sommes mis à émettre des quantités bien plus importantes de gaz à effet de serre.

« En un siècle et demi, les activités humaines ont ajouté environ 917 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère par la combustion d’énergie fossile, les processus industriels et la déforestation », souligne un rapport de Carbone 4.

Bilan : la baignoire est désormais pleine. Et si l’on réduit le débit d’eau de 50 %, cela ne règlera pas du tout le problème de moitié. Tant que le robinet reste ouvert, l’eau va continuer de monter et la baignoire finira par déborder, ce qui veut dire plus concrètement que la hausse de température atteindra un niveau particulièrement dangereux. Le surplus de carbone que nous avons produit induit en effet déjà une augmentation de la température moyenne à la surface, précise Carbone 4. Chaque fois que nous en ajoutons, cette hausse de température s’accentue et devient plus problématique encore.

Une hausse de 1 ou 2 degré aura un impact majeur

La situation est d’autant plus inquiétante que des variations de température moyenne qui pourraient nous sembler légères provoquent en réalité des bouleversements majeurs. Il y a 20 000 ans, trois grands continents étaient recouverts de glace. La température moyenne de la Terre n’était pourtant que de six degrés de moins. Cela s’explique par plusieurs facteurs notamment le fait que ces hausses de température de quelques degrés sont des hausses moyennes : sur la planète, elles ne se traduiront donc pas par une hausse uniforme de 1 ou 2 degrés, mais par des situations très variées, et plus ou moins extrêmes. L’autre élément à garder en tête est que la température n’a pas qu’un impact sur le ressenti des humains : elle a des interactions complexes avec le cycle de l’eau, la faune, la flore, bref, l’écosystème global. Un changement d’apparence léger peut donc avoir des effets qui feront boule de neige.

On sait qu’un réchauffement de 1,5 degré provoquera déjà des problèmes majeurs (et l’on ne mesure pas toute l’étendue potentielle de ces impacts). Allez au-delà de ce seuil, qui est celui visé par les Accords de Paris, fera donc courir à l’humanité un danger plus grave encore.

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