Le climat de la Dernière période glaciaire peut nous en dire beaucoup sur l'avenir du changement climatique actuel.

Il y a environ 20 000 ans, la Terre sortait de la dénommée « Dernière période glaciaire ». Celle-ci aura duré 100 000 ans, environ.  Par quel type de climat se caractérisait cette période ? Quelle température faisait-il ? Dans leur papier publié dans la revue scientifique Nature le 26 août 2020, des chercheurs de l’université d’Arizona donnent leur estimation : 7,8 degrés (Celsius). C’est dix degrés au-dessous du climat de notre époque. La température moyenne du XXe siècle était de 14 degrés.

« Dans votre propre expérience, cela peut vous sembler n’être qu’une petite différence, mais, factuellement, c’est un énorme changement », décrypte la géoscientifique Jessica Tierne, dans un commentaire du papier de recherche, dont elle est co-autrice. Ces six degrés changent tout, et pour le comprendre, il faut se représenter cette Dernière période glaciaire. Des continents entiers de la planète étaient alors recouverts en grande partie de calottes glaciaires : l’Europe du Nord, l’Amérique du Nord et l’Asie étaient principalement concernées. « En Amérique du Nord et en Europe, les parties les plus septentrionales étaient couvertes de glace et étaient extrêmement froides. Même ici, en Arizona [un État au climat très chaud aux États-Unis], il y a eu un grand refroidissement. »

Pendant la Dernière période glaciaire, l’Amérique du Nord, l’Europe du Nord et l’Asie étaient recouvertes de calottes glaciaires. // Source : Pixabay

Quant aux conséquences, cette glaciation a non seulement provoqué une forme de sécheresse (l’hydratation est plus difficile quand l’eau se glace), une désertification, mais aussi une chute relativement soudaine du niveau de la mer (puis la fonte des glaces qui a suivi cette période a provoqué une montée tout aussi soudaine du niveau de la mer).

L’avenir du changement climatique

Mieux identifier les températures d’un changement climatique tel que celui de la Dernière période glaciaire n’est pas seulement précieux pour nos connaissances de l’histoire de la Terre, c’est aussi une clé pour l’avenir du changement climatique — d’origine humaine cette fois — que nous vivons actuellement. Cela accroît, entre autres, nos connaissances de la « sensibilité climatique » : à quel point les changements de températures modifient le climat, et comment.

L’étude confirme qu’il y a certaines régions de la Terre où les changements climatiques sont le plus marqués et rapides. C’est le cas pour les hautes altitudes. « Quand vous regardez les projections futures, il fait vraiment chaud au-dessus de l’Arctique. C’est ce qu’on appelle l’amplification polaire. De même, pendant la Dernière période glaciaire, nous trouvons le schéma inverse [il faisait encore plus froid en Arctique qu’ailleurs, à l’époque — 14 degrés de moins qu’aujourd’hui]. Les latitudes plus élevées sont plus sensibles au changement climatique et le resteront à l’avenir. » Or, c’est là qu’on retrouve de nos jours le plus de calottes glaciaires, dont la fonte contribue à l’élévation des eaux et qui sont importantes pour l’albédo (la réflexion de la chaleur solaire).

« Moins nous nous réchauffons, mieux c’est, car le système terrestre réagit vraiment aux changements de dioxyde de carbone. »

L’équipe de recherche a également porté son attention sur les niveaux de dioxyde de carbone contenu dans l’atmosphère à travers le temps. Pendant l’âge de glace concerné par cette recherche, la concentration en CO2 était de 180 ppm (partie par millions). Avant la révolution industrielle, les niveaux sont passés à environ 280 ppm, avant d’atteindre 415 ppm de nos jours. Alors que l’Accord de Paris indique qu’il faut limiter le réchauffement à 1,5 degré au-dessus des niveaux préindustriels, l’augmentation de la concentration en CO2 fait dire à ces chercheurs qu’il paraît « extrêmement difficile d’éviter un réchauffement de plus de 2 degrés » : «  Nous avons déjà environ 1,1 degré à notre actif, mais moins nous nous réchauffons, mieux c’est, car le système terrestre réagit vraiment aux changements de dioxyde de carbone. »

Or, la détermination de la température de ce dernier âge de glace permet de comprendre à quel point les variations de température ont un impact sur le climat terrestre : à 6 degrés de différence, trois grands continents étaient recouverts de glace. Qu’en serait-il en cas de réchauffement ? C’est la prochaine étape du travail de cette équipe de recherche : se pencher sur les accroissements de température du passé terrestre. « Si nous pouvons reconstruire les climats chauds du passé, alors nous pouvons commencer à répondre à des questions importantes sur la façon dont la Terre réagit à des niveaux de dioxyde de carbone vraiment élevés, et améliorer notre compréhension de ce que le changement climatique futur pourrait impliquer », explique la géoscientifique Jessica Tierne.

Crédit photo de la une : Pixar

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