Alors que la consommation énergétique du Bitcoin est pointée du doigt, de plus en plus de mineurs s'intéressent aux énergies renouvelables. Alimenter ces activités via de l'énergie solaire, éoliennes ou hydroélectrique peut-il réduire l'impact environnemental des cryptomonnaies ?

Une ferme solaire de plus de 6 km carré. Le projet de Madison River Equity LLC dans le Montana est titanesque. S’il sort de terre ce sera même une des plus grosses fermes solaires du territoire avec assez de puissance pour alimenter 40 000 foyers, précise Gizmodo. Si Madison River veut construire un tel site, ce n’est toutefois pas pour alimenter que des habitations (il n’y en a d’ailleurs que 14 000 dans les environs).

Le groupe détient en effet une société de cryptomining appelée Atlas Power et il souhaiterait utiliser une partie de ce que pourrait produire une telle ferme solaire pour alimenter ces activités avec de l’énergie renouvelable. Est-ce un signe que le secteur crypto a décidé de s’attaquer à bras le corps au problème posé par son empreinte carbone  ?

Source : Pexels / World Spectrum

Les cryptomineurs s’intéressent aux énergies renouvelables

Le fait est que les initiatives fleurissent. Peu de temps après la volte-face d’Elon Musk sur le bitcoin, le PDG de Tesla avait rencontré plusieurs grosses sociétés de minage de Bitcoin nord-américaines prêtes à « dévoiler la part d’énergie renouvelable qu’elles utilisent pour leurs activités, ainsi que leurs projections en la matière ». Ces mineurs avaient accepté de former un Conseil du Minage de Bitcoins afin de promouvoir la transparence énergétique et les initiatives environnementales.

Ayant besoin de vastes quantités d’énergie au prix le plus compétitif possible, les cryptomineurs n’ont cependant pas attendu Elon Musk pour s’intéresser aux énergies renouvelables. Une grosse partie d’entre eux utilisent ainsi l’énergie hydroélectrique produite en quantité par les barrages du Sichuan, pendant la saison humide.

Ces initiatives vont dans le bon sens. Certains observateurs estiment même que l’intérêt des cryptomineurs pour les énergies renouvelables pourraient aider celles-ci à se généraliser en rentabilisant plus rapidement la construction de ces infrastructures, et en exploitant le surplus d’énergie jusqu’à présent gâché.

Comment rendre les cryptomonnaies vertes

L’utilisation d’énergie renouvelables ne règle hélas pas tous les problèmes posés par les cryptomonnaies sur le plan environnemental. « Le Bitcoin utilise des quantités énormes de hardware. Et ces équipements ne durent pas très longtemps avec le minage, en moyenne un an et demi. Donc vous avez des millions d’appareils qui deviennent d’obsolète très rapidement ce qui créé des piles de déchets électroniques », explique l’économiste Alex de Vries à The Verge.

Les énergies renouvelables posent par ailleurs elles-même plusieurs challenges notamment le fait qu’elles sont intermittentes par nature : le soleil ne brille pas le nuit, le vent ne souffle pas 24h/24 et les barrages produisent plus ou moins selon le niveau de précipitations (dans le Sichuan par exemple, la production varie énormément de la saison sèche à la saison humide). Or vu l’argent investi dans le minage, les cryptomineurs ont en général intérêt à laisser les équipements tourner 24h/24 et 7j/7. Il faut donc voir comment les mines crypto ont prévu de faire face à ces défis techniques : si elles basculent sur des énergies fossiles lorsque l’énergie renouvelable n’est pas disponible en quantité suffisante, le problème reste le même, au moins en partie.

L’Ethereum et le Chia misent sur des protocoles moins énergivores

Pour ces raisons, et pour réduire au maximum les risques de conflit d’usage (entre les besoins des cryptomineurs et ceux des autres habitants et sociétés), il paraît donc indispensable de réduire au maximum la consommation énergétique des cryptomonnaies. Si le fonctionnement du Bitcoin (basé sur la preuve du travail) est en effet très énergivore, d’autres modèles moins gourmands apparaissent. C’est notamment le cas de la preuve d’enjeu (proof of stake) vers laquelle se tourne l’Ethereum en espérant réduire ainsi sa consommation de plus de 99 %. Contrairement à la proof of work, ce protocole alternatif ne demande pas de résoudre des calculs avant de créer un nouveau bloc : il faut ici mettre en jeu une partie de ses possessions en cryptomonnaies.

La cryptomonnaie Chia mise, quant à elle, sur la preuve d’espace et de temps, un mécanisme qui repose essentiellement sur l’allocation d’espace de stockage et devrait également avoir une consommation réduite — même si, comme nous vous l’expliquions il y a peu, elle a d’autres inconvénients car elle requiert beaucoup d’équipements de stockage qu’elle a tendance à griller précocement. Tout l’enjeu sera désormais de voir si ces nouveaux systèmes sont solides et à l’épreuve des tentatives de fraudes. Le principal risque pour une cryptomonnaie est en effet que certains mineurs parviennent à fausser la blockchain afin de s’approprier illégalement des coins.

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