Certains microorganismes terrestres pourraient résister aux conditions climatiques martiennes, affirment des chercheurs de la NASA. Une découverte capitale pour le jour où des missions habitées seront lancées.

Les humains pourraient-ils survivre sur Mars ? Ici, la réponse est clairement non, à moins de faire d’importants aménagements sur la planète rouge. Mais alors que les différentes agences spatiales lorgnent de plus en plus du côté de l’hypothèse d’une future mission habitée, des chercheurs se sont demandé si d’autres organismes terriens seraient capables de résister aux conditions sur une autre planète. Et cette fois, la réponse est beaucoup moins catégorique.

L’équipe composée de chercheurs allemands et américains détaille son expérience et ses résultats dans une étude parue dans la revue Frontiers in Microbiology le 22 février 2021. « Nous avons découvert que les capacités de survie des microorganismes sont très diverses, écrivent les autrices et auteurs. Notamment chez les spores et moisissures qui pourraient être particulièrement résistantes. »

Un ballon plein de microbes dans le ciel

Et leur méthode est assez originale, puisqu’ils se sont servis d’un ballon envoyé dans la stratosphère à 38 kilomètres d’altitude. Les recherches avec ce type de technologie se développent depuis des décennies, mais ce n’est que récemment que des expériences biologiques sont menées ainsi. L’idée est de placer à l’intérieur d’une boîte certains microorganismes, des bactéries, et de voir comment elles réagissent dans ces conditions. Cette boîte a été baptisée tout simplement MARSBOx pour Microbes in Atmosphere for Radiation, Survival and Biological Outcomes Experiment. Un dispositif créé par la NASA, mais fortement inspiré d’un autre engin européen lancé en 2008, EXPOSE-E qui a été fixé sur la Station Spatiale Internationale là aussi pour des recherches en astrobiologie.

Il faut dire que la méthode est plutôt simple à mettre en œuvre. Atteindre cette altitude est relativement aisé, même pas besoin de fusée. Et ainsi, les témoins reçoivent directement les flux solaires, comme sur Mars.

Vol du ballon MARSBOx. // Source : Étude

La MARSBOx de 18 kilos a donc été lancée dans les airs en septembre 2019 et elle y est restée pendant sept heures. Elle a été remplie avec du gaz censé représenter ce qui se trouve à la surface martienne, avec notamment une forte proportion de dioxyde de carbone et une pression beaucoup plus basse que sur Terre. À l’intérieur, de tout petits passagers. Quatre boîtes en aluminium qui contenaient chacune des échantillons de spores ou de bactéries, des microorganismes qui, dans la stratosphère, ont été soumis aux flux solaires sans la protection de l’épaisse atmosphère terrestre. Exactement comme sur Mars où l’atmosphère fine ne protège pas des radiations.

Bilan : les champignons vont bien

Au bout de sept heures, tout ce petit monde est redescendu sur Terre, en veillant à bien protéger les échantillons lors de la descente, et il a été l’heure de faire le bilan. À commencer par une fausse bonne nouvelle : un des passagers a été beaucoup plus résistant, il s’agit d’une spore fongique (produite par un champignon) nommée Aspergillus niger. Les rayons UV en ont décimé une partie, mais la composition de l’atmosphère et la pression basse n’ont pas affecté les survivants. Le hic, c’est qu’il s’agit d’un organisme qui peut causer des maladies respiratoires, ce qui est donc à prendre en compte pour les astronautes de la Station Spatiale ou ceux qui seront envoyés prochainement sur des missions plus lointaines.

Images de Aspergillus niger. // Source : Étude

Autre surprise : Salinisphaera shabanensis. C’est une bactérie extrêmophile habituée aux fonds marins qui a bien résisté au vol, malgré une absence quasi totale de rayonnement du Soleil dans son environnement naturel. Là aussi, il y a quelque chose à prendre en compte, mais pour une tout autre raison : les chercheurs craignent que si ces bactéries étaient apportées sur Mars par accident, lors d’une mission robotique, elles risqueraient de contaminer la surface.

Les enjeux d’une telle expérience sont nombreux selon l’une des autrices, Katharina Siems : « Nous nous dirigeons de plus en plus vers des missions à long terme sur Mars. Et nous avons donc besoin de savoir comment les microorganismes associés aux humains risquent de poser un risque de santé aux astronautes ».

Il faut aussi veiller à ne pas compromettre le sol martien. Si jamais des formes de vie venaient à être trouvées sur Mars, il faut être sûr qu’il ne s’agisse pas en réalité d’une conséquence de la présence humaine.

Se servir intelligemment des bactéries

Mais les bactéries ne sont pas forcément des voyageuses indésirables à éviter à tout prix. Pour permettre aux astronautes en mission d’accéder à l’autonomie, la bioproduction est un champ de recherche scruté de près. L’idée principale est de recourir à des microorganismes en culture pour produire des médicaments ou encore de la nourriture. Cette technique est largement utilisée sur Terre dans de nombreuses industries allant des vaccins à la création de plastiques. Savoir quelles seront les bactéries les plus à même d’assurer leur mission dans les conditions hostiles de Mars peut donc être crucial. Dans le même ordre d’idée, des recherches sont menées pour assurer le biomining, le forage de minerais par des bactéries.

« Ce sont les spores fongiques qui auraient le plus de chances de survivre, conclut l’étude, il faudrait donc prendre ceci en considération dans les études sur les politiques de protection planétaire. » Et peut-être se mettre à chercher des champignons sur Mars ?

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