Des scientifiques proposent d'envoyer des microbes terrestres sur Mars, avant même d'y envoyer des humains. Leur étude a de quoi surprendre, car un consensus existe sur la nécessité de ne pas contaminer l'espace.

Les premiers colonisateurs terrestres de Mars ne devraient pas être des humains, mais des microbes. Dans une étonnante étude, publiée au sein de la revue FEMS Microbiology Ecology le 22 août 2019 (à paraître dans le numéro d’octobre de la revue), trois scientifiques proposent cette idée, qu’ils qualifient eux-mêmes de provocatrice.

« L’introduction de microbes ne devrait pas être considérée comme accidentelle, mais comme inévitable », assurent les auteurs de ce texte. Selon eux, il est primordial de songer dès aujourd’hui au « rôle des microbes en tant que premiers colons et en tant qu’atouts, plutôt que d’accidents fortuits, dans les futurs plans de colonisation extraterrestre ».

Mars photographiée par Opportunity. // Source : Flickr/CC/2di7 & titanio44 (photo recadrée)

Les auteurs rappellent que « la politique microbienne spatiale » a commencé en 1967 avec la ratification du Traité de l’espace (« traité sur les principes régissant les activités des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes »). Ce traité mentionne, dans son article 9, que les États signataires s’engagent à explorer l’espace en évitant « les effets préjudiciables de leur contamination ».

Le COSPAR (Committee on Space Research ), un groupe de scientifiques, écrit aussi que sa politique de protection planétaire doit servir de « norme internationale sur les procédures visant à éviter la contamination par les constituants organiques et biologiques de l’exploration spatiale ».

Ne plus parler de « contamination » de l’espace

Dans ces textes, il est question de prévenir toute contamination du reste de l’espace par des organismes terrestres. Si les auteurs de l’étude ne remettent pas en question ces « actions bien intentionnées », ils proposent de cesser de parler de contamination microbienne. « Il est temps de repenser cette politique de ‘contamination’ […] et de développer un protocole de ‘colonisation contrôlée’ d’un autre corps planétaire », écrivent les scientifiques. Ils estiment que vouloir à tout prix « obtenir la stérilité complète de chaque recoin des vaisseaux » est onéreux et inutile.

On sait d’ailleurs que la Station Spatiale internationale est elle-même pleine de bactéries (à cause des astronautes), qui ont très bien pu « contaminer » des sites extraterrestres. Mais les auteurs de l’étude regrettent que la survie des microbes dans les zones de l’espace déjà explorées ait peu été étudiée. On ne sait pas combien de micro-organismes terrestres sont capables de s’adapter aux conditions à la surface de Mars, relèvent les scientifiques.

Une représentation de la terraformation de Mars. // Source : Flickr/CC/Kevin Gill (photo recadrée)

« La première vague de pionniers terrestres »

C’est pourquoi ces auteurs proposent de faire des micro-organismes « la première vague de pionniers terrestres pour une colonisation réussie du système solaire par les humains ». Des microbes doivent être les premiers à coloniser d’autres astres, et non les humains, avancent ces scientifiques. Ils pensent même que cela devrait être pris en compte dans les projets de terraformation de Mars (même s’il admettent que l’objectif de la terraformation, c’est-à-dire transformer l’astre pour qu’il réunisse les conditions propices à l’existence de la vie terrestre, est en lui-même très complexe à atteindre).

Comme le soulignent nos confrères de Gizmodo, les conclusions de cette étude ont de quoi surprendre, car la plupart des experts tombent d’accord pour dire qu’il faut éviter la contamination microbienne sur d’autres astres, par précaution. On pourrait même craindre que l’arrivée d’une forme de vie terrestre nuise à une possible vie extraterrestre préexistante. Non seulement sa mise en danger représenterait un problème éthique, mais elle aurait aussi des conséquences scientifiques. En contaminant une planète abritant possiblement la vie, les humains se priveraient de l’opportunité de l’étudier.

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