Quand on pense à la colonisation de l'espace, les yeux se tournent généralement vers la Lune ou Mars. Et si l'on portait le regard vers un autre astre, la planète naine Cérès ? Un scientifique a théorisé à quoi pourrait ressembler une telle colonie.

Des humains vivent en orbite autour de la Terre, dans la Station spatiale internationale. La Nasa prévoit de construire une station en orbite lunaire. Des projets d’habitation sur Mars ont été proposés. Y a-t-il un autre endroit du système solaire que l’on pourrait imaginer coloniser ? Selon le physicien de l’espace Pekka Janhunen, membre de l’Institut météorologique finlandais, Cérès serait une cible à considérer. Le scientifique détaille pourquoi dans une prépublication, révisée le 14 janvier 2021, et repérée par ScienceAlert.

Avec ses 952 kilomètres de diamètre, Cérès est la plus petite planète naine que l’on connaisse dans le système solaire. C’est aussi le plus gros objet qui se trouve dans la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter. Au départ qualifiée d’astéroïde, Cérès est cependant plus grosse et différente de ses voisins, ce qui a amené à la classer parmi les planètes naines en 2006.

Un « mégasatellite » en orbite

Le scientifique explore la possibilité d’installer un « mégasatellite » en orbite autour de la planète naine pour accueillir une colonie humaine. L’objectif serait d’avoir une installation « qui permette une croissance au-delà de la surface habitable de la Terre, tout en permettant des déplacements à l’intérieur des colonies faciles pour les habitants et une densité de population raisonnable faible de 500 /km2. »

Cérès est choisie, car elle contient de l’azote et que « l’azote est un composant nécessaire de l’air de la colonie », décrit Pekka Janhunen, qui explique que les matériaux de construction du mégasatellite doivent pouvoir être extraits de Cérès. Le scientifique ajoute que « Cérès est riche en eau », ce qui est un autre atout.

Illustration du mégasatellite en orbite autour de Cérès. // Source : Capture d’écran Pekka Janhunen

Dans ce scénario, le mégasatellite serait en forme de disque, avec des habitats situés d’un côté et de l’autre (sur l’image ci-dessus, ils sont représentés par les points). Il faudrait encore ajouter à cela deux miroirs inclinés à un angle de 45°, pour recueillir la lumière du Soleil. Selon le scientifique, les miroirs et leurs supports seraient plutôt légers et la majeure partie de la masse de l’installation serait logée dans les habitats. Une protection contre les radiations pourrait être construire à partir de la roche de Cérès et d’eau.

Un ascenseur spatial (voire deux)

Mais comment pourrait-on soulever les matériaux récupérés sur Cérès pour les transformer en habitations ? Le chercheur propose une idée surprenante : utiliser un ascenseur spatial. « Parce que Cérès a une faible gravité et tourne relativement vite, l’ascenseur spatial est réalisable », estime Pekka Janhunen. Selon le scientifique, il faudrait que la longueur du câble de l’ascenseur soit de 1 024 kilomètres. Pekka Janhunen ajoute que l’on pourrait même imaginer non pas un, mais deux ascenseurs, de part et d’autre de Cérès. Cet imposant système double serait lui-même équipé de panneaux solaires. « Leur surface de panneaux solaires combinée produit une puissance moyenne qui équivaut à couvrir 20 % de la surface de Cérès par des panneaux solaires », décrit l’auteur.

Même en supposant que tout cela soit effectivement faisable, il manquerait encore des précisions sur la façon dont les humains seraient transportés de la Terre vers Cérès. Il faudrait également déterminer à quelle altitude la plus élevée on pourrait espérer avoir une orbite stable autour de Cérès, à long terme. Selon Pekka Janhunen, il faudrait au total 12 ans pour construire le mégasatellite autour de Cérès. « Le niveau global de difficulté de l’exécution de ce projet est probablement similaire à celui de la colonisation de Mars », estime-t-il. Autant dire qu’il y aurait beaucoup de travail, lorsqu’on songe aux nombreux obstacles qui restent encore à lever pour imaginer installer durablement des humains sur la planète rouge.

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