Un réservoir d'une centrale thermique s'est effondré, déversant des hydrocarbures dans la nature et déclenchant une marée noire. La même entreprise a déjà déclenché une marée noire en 2016 et la ville est déjà réputée pour être dangereusement polluée.

Fin mai 2020, une marée noire d’hydrocarbures s’est déclenchée dans le Grand Nord de la Sibérie, au cœur de la Russie arctique. Ce sont 15 000 tonnes de carburant diesel qui se sont déversés dans une rivière et 6 000 sur les sols alentour, soit plus de 20 000 tonnes de polluants qui ont fuité au total dans la nature. La catastrophe est due à l’effondrement d’un réservoir d’une centrale thermique, pas loin de la ville de Norilsk. L’état d’urgence a été déclaré par Vladimir Poutine, afin de débloquer davantage de ressources pour le nettoyage.

L’accident peut s’observer à l’œil nu sur les images, puisque la rivière est devenue rouge. Les images de l’Agence spatiale européenne montrent la progression de la marée noire. Dans un communiqué, la société Norilsk Nickel qui exploite la centrale a précisé que 250 personnes sont mobilisées pour nettoyer les dégâts, mais l’entreprise est critiquée pour le délai entre la survenance de la catastrophe et l’alerte, un délai qui a retardé la réponse pour endiguer le déversement des hydrocarbures et ses conséquences.

Progression de la marée noire, visible en rouge. À gauche, 23 mai. Au centre, 31 mai. À droite, 1er juin. // Source : Agence spatiale européenne

Norilsk, ville polluée

Les raisons de l’effondrement du réservoir font l’objet de plusieurs enquêtes, afin de déterminer où va la responsabilité. De son côté, Norilsk Nickel explique que le dégel du permafrost a fait s’effondrer l’un des réservoirs. Une telle justification, si elle se voyait confirmée, n’allégerait toutefois pas la responsabilité de l’entreprise. La partie récente de la ville est effectivement bâtie sur le pergélisol, et les phénomènes de fonte de celui-ci sont donc bien connus. Ils sont censés être largement pris en compte quand il est question d’une centrale électrique. « On peut se demander si la surveillance des équipements, qui doit être constante, a bien été assurée  », signale le directeur de l’institut d’écologie de l’École supérieure d’économie, Boris Morgounov, dans un journal russe.

L’espérance de vie à Norilsk est de 10 ans de moins que la moyenne russe

Il faut par ailleurs rappeler que Norilsk fait face depuis longtemps à un problème écologique de grande ampleur et largement connu. Elle est littéralement considérée comme la ville polaire la plus polluée au monde, tout particulièrement en raison des activités industrielles de Norilsk Nickel. Globalement, chaque année, les usines relâchent dans l’atmosphère 500 tonnes de cuivre et d’oxyde de nickel, ainsi que deux millions de tonnes de dioxyde de soufre. L’espérance de vie y est de 60 ans, soit dix ans de moins que la moyenne russe. La population y souffre de nombreux problèmes respiratoires et dermatologiques.

La même entreprise, Norilsk Nickel, avait déjà admis sa responsabilité pour une marée noire en septembre 2016. Là encore, une rivière s’était colorée de rouge. Norilsk Nickel avait alors été déjà accusé localement de ne pas respecter les standards de sécurité.

Quelle est l’ampleur de la catastrophe ?

L’accident relève bel et bien de la catastrophe écologique, et d’ampleur inédite. « Il n’y a jamais eu de fuite pareille dans l’Arctique auparavant, a précisé à l’AFP un parole-parole du service d’urgence marine russe. Il faut travailler très rapidement, car le carburant est en train de se dissoudre dans l’eau.  » Et travailler rapidement n’est pas simple dans de telles conditions, entre le manque de route et des conditions météorologiques peu favorables.

« Les conséquences de tels accidents se maintiennent longtemps après »

Même le diesel était repompé en grande partie, c’est la persistance des dégâts qui pose problème. Nettoyer totalement n’est pas possible. Ne serait-ce qu’au niveau des sols, 180 000 kilomètres carrés ont été pollués par les déversements avec que ceux-ci n’atteignent la rivière. Se faisant l’écho des spécialistes, la ministre russe a finalement rapporté dans une conférence de presse qu’il faudra 10 ans pour que l’écosystème s’en remette. Le porte-parole de l’agence russe de la pêche ajoute que les conséquences de cet événement sont sous-estimées.

Du côté de chez WWF Russie, les experts de l’organisation rappellent que le carburant diesel est plus toxique encore que le pétrole. « Les conséquences de tels accidents, en particulier dans le Nord, se maintiennent longtemps après », a indiqué Sergey Verkhovets, coordinateur des projets arctiques du WWF Russie. « Je parle de la mort des poissons, des effets néfastes du pétrole sur les plumes des oiseaux et de l’empoisonnement de nombreux animaux. » À cela, s’ajoute évidemment une énième menace écologique sur les habitants de la région, déjà éprouvés par le long passif de la ville.

Crédit photo de la une : Agence spatiale européenne

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