Pourquoi les masques de protection ont-ils une date de péremption ? Restent-ils utilisables malgré tout après cette date ? On fait le point.

L’affaire des masques ne faiblit pas en France. Après la polémique sur la pénurie de ces protections cruciales pour le personnel soignant, suivi du débat sur la nécessité d’en porter dans toute la population pour contrer la pandémie (et, oui, c’est nécessaire), voilà une enquête de Le Monde qui a encore secoué le pays sur ce sujet : la France a poursuivi la destruction d’une partie de son stock stratégique même pendant les débuts de la crise sanitaire actuelle. Cela représente des millions de masques.

La réponse du Premier ministre Édouard Philippe ne s’est pas fait attendre pour éteindre la controverse. « Un certain nombre de masques commandés il y a fort longtemps étaient stockés depuis très longtemps et avaient vu leur date de péremption dépassée, parfois depuis très longtemps », a-t-il lancé durant une séance de questions-réponses le 7 mai après la conférence de presse sur le déconfinement. Le locataire de Matignon toutefois assuré que des millions d’exemplaires ont également été sauvés.

Mais comment expliquer que des masques puissent arriver à péremption ? Peut-on utiliser en utiliser un ayant dépassé sa date butoir ? Voici quelques explications.

Illustration. Les masques chirurgicaux ou FFP2/3 sont essentiels pour les personnels médicaux. // Source : Pixabay

En cause : la dégradation des matériaux

Les masques chirurgicaux ou FFP2 ont une date de péremption en raison de leurs matériaux de conception. À partir d’un certain temps d’existence, des aspects du masque finissent par se dégrader. Pour cette raison, d’ailleurs, ces protections sont stockées dans des lieux aux températures contrôlées. Malgré tout, avec le simple effet du temps, on se retrouve avec l’élastique qui se détend, ou bien la barrette nasale qui s’avère moins malléable, ou alors la mousse d’un masque FFP2 qui devient moins ferme.

Cette dégradation provoque une perte d’imperméabilité et un moins bon maintien sur le visage. Or, comme nous l’indiquions dans un article au sujet de leur taille, s’ils sont mal positionnés et mal plaqués, ils perdent en efficacité. Qui plus est, masques chirurgicaux comme masques FFP2 sont fabriqués à partir d’un matériau filtrant précieux qu’est le meltblown, et dont la charge électrostatique permet de bien capter les particules. Mais cette charge se vide naturellement au fil du temps, même quand le masque reste bien emballé et stocké à bonne température.

Les masques expirés perdent donc de leur intérêt en matière de santé publique. Sauf qu’en temps normal, la demande est ordinaire. On peut alors se permettre de privilégier la meilleure qualité qui existe. En temps de crise sanitaire, durant la pandémie que nous vivons, cette date de péremption a-t-elle encore un sens ? Pour les soignants, qui sont au contact direct de la maladie, et ainsi confrontés au plus haut niveau de risque, utiliser un masque périmé est un dernier recours (de la même façon que la réutilisation d’un masque à usage unique), à défaut d’autre chose. C’est une pratique actuellement courante pour pallier la pénurie, même si cette utilisation est malheureuse car ne protège pas pleinement les porteurs et porteuses.

Des masques expirés sont encore utilisables

C’est ainsi qu’aux États-Unis, les centres pour le contrôle et la prévention des maladies ont révisé leurs principes directeurs au sujet des dates de péremption, en recommandant l’emploi de masques FFP2/3 (N95) périmés sous conditions. Ces dernières consistent notamment à vérifier que les dégradations ne sont pas visibles (donc le moins grave possible) et que le maque conserve donc une étanchéité convenable. Les CDC spécifient bien qu’un masque périmé ne doit être utilisé qu’en cas de dernière nécessité. Le ministère du Travail a eu la même démarche fin mars, en élargissant l’utilisation des masques FFP2 périmés jusqu’à 24 mois après la date butoir. Utiliser une protection périmée qui reste dans un état correct reste effectivement « mieux que rien ».

En réponse à l’enquête du Monde, le Premier ministre a d’ailleurs fourni une brève explication : « On a regardé ce qui pouvait être utilisé dans ce qui était périmé  » La Direction générale de l’armement et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé ont été mobilisées pour vérifier l’état des produits et statuer sur ceux qui pouvaient être utilisés ou non.

Au final, sur un stock total de 400 millions de masques périmés, 160 millions ont pu être « récupérés » car évalués utilisables. Mais la polémique vient du fait que l’enquête du Monde (où l’on retrouve des propos de l’ancien directeur général de la santé) précise que bien plus de masques auraient finalement pu être sauvés alors que nous étions en plein pic épidémique au moment de leur destruction — cela aurait une aide précieuse pour soutenir le personnel médical ainsi que les autres travailleurs et travailleuses les plus exposés.

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