D'après une nouvelle expérimentation, les tardigrades pourraient ne pas être invincibles face à de hautes températures.

Sur Terre, une espèce est réputée presque invulnérable : les tardigrades. Même dans les conditions les plus extrêmes, ces « oursons d’eau » de moins d’un millimètre peuvent survivre. Ils sont ce qu’on appelle extrémophiles. Lorsqu’une sonde s’est crashée sur la Lune avec des tardigrades à son bord, le débat sur leur survie dans cet environnement hostile était sérieusement ouvert, alors que pour tant d’autres espèces, les individus seraient logiquement morts. Dans une nouvelle étude, publiée dans Scientific Reports le 9 janvier 2020, les chercheurs annoncent avoir trouvé un important «  talon d’Achille » à ces irréductibles oursons d’eau.

Si les tardigrades paraissent invincibles, c’est grâce à leur « bouclier intégré ». Ce dernier est alimenté par une protéine, appelée Dsup (damage suppressor). Elle est exclusive aux tardigrades, inscrite dans leur code génétique, et leur permet de résister aux doses les plus fortes de radiations. Mais ce n’est pas le seul « superpouvoir » de ces petits êtres. Ils sont censés aussi être immunisés contre la plupart des produits chimiques toxiques.

Les tardigrades font une taille microscopique. // Source : Schokraie E. et consorts

Leur secret pour affronter toutes ces conditions : quand ils sont attaqués, ils mettent leur métabolisme en pause grâce à la protéine Dsup. Résultat de ce mécanisme, en plus de toutes les capacités déjà citées : des observations ont montré que les tardigrades ont la possibilité de supporter un très large spectre de températures, à commencer par le quasi-zéro absolu, puis allant jusqu’à 150 degrés. Mais c’est précisément sur cet aspect de leurs capacités qu’ils auraient, finalement, un point faible.

Le changement climatique n’épargnera décidément personne

L’équipe de recherche a exposé de nombreux tardigrades à de très hautes températures. Cette expérimentation montre qu’il existe un ingrédient essentiel à la survie, même chez ces êtres : l’acclimatation. Parmi les tardigrades testés non-acclimatés à de telles conditions, la température médiane pouvant causer la mort était de 37,1 degrés (Celsius) après 24h d’exposition. Une acclimatation à 30 degrés pendant deux heures puis à 25 degrés pendant deux autres heures a permis d’augmentation la température létale médiane à 37,6 degrés.  Constat tout aussi intéressant, ces températures s’avèrent proches de la température maximale du Danemark (36,4 degrés), lieu où ont été récupérés les tardigrades testés.

Cette première phase de l’expérimentation concernait les individus « actifs », c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas en phase de pause dans leur métabolisme. Pour les tardigrades non-acclimatés mais en état d’hibernation (leur métabolisme en pause), la moitié d’entre eux ne survivaient pas au-delà 82,7 degrés après une exposition d’une heure ; et au-delà de 63,1 degrés après une exposition de 24h.

Les températures élevées : le talon d’Achille des tardigrades

Pour les chercheurs, plusieurs constats sont à tirer de leur étude. Le premier est que « leur endurance aux températures élevées a clairement une limite — elles semblent être leur talon d’Achille. » Ensuite, cette faiblesse est clairement reliée aux températures auxquelles les tardigrades ont été habitués dans leur milieu d’origine : plus ils ont pu s’acclimater à de hautes températures, plus leur tolérance augmente.

Ce point faible permet, selon les auteurs de l’étude, de classer les tardigrades parmi les êtres vivants menacés par le réchauffement planétaire. « Le changement climatique a déjà des effets néfastes sur des habitats, partout dans le monde, de fait il est d’autant plus important de comprendre comment cette augmentation des températures peut affecter toute une variété d’animaux. »

Crédit photo de la une : Aditya Sainiarya

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo