La première étude à grande échelle sur le niveau d'algues dans les lacs d'eau douce montre que leur concentration augmente constamment depuis trente ans. Et que le réchauffement climatique empire les choses.

Le changement climatique concerne de très nombreux aspects de la vie sur Terre. Les océans font partie des lieux les plus touchés. Un groupe de chercheurs vient de démontrer une augmentation drastique et dangereuse du niveau d’algues, dont les effets sont empirés par le réchauffement. Cette étude, publiée dans le journal Nature ce 14 octobre 2019, est la première à avoir sondé les lacs d’eau douce à un niveau mondial.

Là où les recherches précédentes s’axaient exclusivement sur des zones ou des lacs spécifiques, celle-ci utilise les données recueillies entre 1984 et 2013 par le satellite Landsat 5 de l’Institut d’études géologiques des États-Unis, compilées avec des données de la Nasa. Ce sont donc les tendances de 71 grands lacs qui sont étudiés ici, répartis dans 33 pays. Pour analyser ces milliards d’informations, les chercheurs ont utilisé la plateforme Google Earth Engine.

Flickr/CC/Neil Williamson

La chaleur a un impact sur la résilience

Les résultats de l’étude démontrent une augmentation nette de l’efflorescence algale durant les périodes estivales sur les trente dernières années. L’intensité de l’efflorescence a bondi dans les deux-tiers des lacs étudiés, mais n’est redescendue ensuite que dans six cas. Ces statistiques signifient que « l’efflorescence algale se répand et s’intensifie vraiment, et ce n’est pas juste parce que nous y faisons plus attention maintenant qu’avant ».

Les chercheurs n’ont pas encore pu identifier de modèle générique expliquant cette augmentation concordante, car les lacs n’ont pas tous les mêmes caractéristiques environnementales. En revanche, ils ont pu lier clairement le manque de résilience des lacs au réchauffement climatique. Ils relèvent effectivement que les lacs ayant subi le moins de vagues de chaleur sont ceux qui se sont adaptés le plus facilement aux algues proliférantes, là où ceux qui ont été les plus chauffés par des vagues de haute température subissaient davantage de dégâts au long terme. « Cela suggère que le changement climatique entrave déjà la récupération de certaines zones  », indiquent les chercheurs dans le communiqué de l’université Carnergie.

De graves dégâts sur la santé humaine et la biodiversité

La prolifération des algues n’est pas sans conséquence importante sur l’environnement et, par rebond, sur la santé humaine. Le principal problème est que les algues viennent avec leurs habitants, à savoir les phytoplanctons. De nombreuses espèces de ces organismes végétaux peuvent produire des substances toxiques… ce qui contamine donc les eaux. En cas d’efflorescence, les espèces toxiques sont plus nocives, car statistiquement plus nombreuses.

Une trop haute concentration en algues peut causer des graves dégâts sur la santé humaine, ce qui a un impact notamment sur les communautés littorales. // Source : Nasa

« L’efflorescence d’algues toxiques affecte les réserves d’eaux potables, l’agriculture, la pêche, le divertissement et le tourisme », relève Jeff Ho, co-auteur de l’étude. L’étude relève que cet impact écologique conduit à un impact économique : ces eaux rendues toxiques coûteraient 4 milliards de dollars par an rien qu’aux États-Unis.

Il faut ajouter à cela le fait que les algues toxiques peuvent avoir de graves dégâts sur la biodiversité locale. Les émissions toxiques de certaines espèces de phytoplanctons peuvent entraîner une forte mortalité chez les poissons, mais aussi chez les mammifères et les oiseaux qui viennent se désaltérer ou se baigner.

Qui plus est, une surabondance d’algues entraîne aussi une obstruction aux mouvements d’espèce aquatiques ainsi qu’une trop forte consommation d’oxygène. Résultat, les animaux sont asphyxiés, les « zones mortes » se multiplient. «  Nous devons élaborer des stratégies de gestion de l’eau qui reflètent mieux la façon dont les conditions hydrologiques locales sont affectées par le changement climatique », conclut l’une des autrices de l’étude.

Crédit photo de la une : Nasa / Norman Kuring, Lauren Dauphin

Partager sur les réseaux sociaux