Un nouveau comité d'éthique doit encadrer davantage la recherche scientifique en Chine. Sa création a été motivée par l'affaire des « bébés CRISPR », nés après une modification génétique controversée sur des embryons humains.

La Chine va créer un comité national chargé de conseiller le gouvernement sur le volet éthique de la recherche scientifique. Cette décision intervient après l’affaire des « bébés CRISPR », une manipulation génétique controversée entamée à la fin de l’année dernière. La mise en place du comité d’éthique chinois a été relayée par la revue scientifique Nature, le 8 août 2019.

Instauré par le Parti communiste chinois, le comité doit servir à coordonner « un système de gouvernance éthique complet et cohérent pour la science et la technologie », selon Nature. La manière dont fonctionnera ce groupe est encore peu claire. Son objectif large semble être d’identifier les failles des réglementations existantes et de conseiller le gouvernement sur les sanctions à appliquer aux chercheurs qui enfreignent la loi.

Du matériel dans un laboratoire. // Source : Max Pixel/CC0 Domaine public (photo recadrée)

Actuellement, les compétences sont partagées en matière d’éthique et de recherche scientifique en Chine. La Commission nationale de santé (NHC) est en charge des questions éthiques en matière de recherche biomédicale sur les humains. Cependant, les règles éthiques qu’elle émet ne s’appliquent que dans les hôpitaux et les établissements médicaux. Aucune sanction n’est définie pour les scientifiques qui contreviennent à ces règles.

Qu’est-ce que l’affaire des « bébés CRISPR » ?

L’affaire des « bébés CRISPR » a commencé lorsqu’un scientifique de la Southern University of Science of Technology, He Jiankui, a modifié les gènes d’embryons humains. Son expérience été menée sur des couples sérodifférents (avec au moins un parent séropositif). En éliminant un gène, baptisé CCR5, le chercheur prétendait immuniser les futurs enfants au VIH (responsable du sida). La méthode CRISPR, utilisée à cette fin, consiste à couper dans l’ADN pour modifier le patrimoine génétique.

Pour faire cette entaille, l’enzyme Cas9 est utilisée : elle permet d’éteindre un gène ciblé. Or, on sait que le gène CCR5 est impliqué dans la guérison d’un patient qui était atteint du sida. Cette personne, considérée comme guérie depuis 2007, a reçu une greffe de moelle osseuse d’un donneur qui possédait une immunité naturelle contre le VIH (immunité entraînée par la mutation du gène CCR5).

L’enzyme Cas9. // Source : Wikimedia/CC/Ben.lafrance, montage Numerama

Deux jumelles sont nées de cette expérience. Rapidement, la communauté scientifique s’était inquiétée que cette manipulation ait pu compromettre la santé des enfants. Une étude a souligné que les enfants nés d’une telle modification génétique encourraient le risque de mourir plus tôt. Ce n’est qu’en mai dernier que la Chine a commencé à agir timidement pour encadrer ces modifications génétiques, en modifiant son code civil pour engager la responsabilité des individus pratiquant ces expériences.

Des scientifiques, philosophes et juristes

La création du comité a été suggérée un peu plus tôt cette année au Parti communiste chinois par des spécialistes de la bioéthique, dont Qiu Renzong, membre de l’Académie chinoise des sciences sociales. Il a été proposé que des scientifiques, des médecins, des philosophes et des juristes composent le comité. L’organe pourrait ressembler au Nuffield Council on Bioethics, un organisme indépendant du Royaume-Unit qui soulève les problèmes bioéthiques soulevés par la recherche.

Le comité chinois pourrait même aller jusqu’à traiter des questions relatives à l’intelligence artificielle. Il reste désormais à savoir si ce nouveau groupe sera à la hauteur des attentes et s’il aidera vraiment à éviter de nouvelles expériences controversées, alors qu’un troisième « bébé CRISPR » est probablement né.

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