La Chine doit intégrer à son code civil la mention des manipulations génétiques. La responsabilité des chercheurs qui travaillent sur des humains ou des embryons sera clairement établie. Ce choix est lié à la récente controverse sur les « bébés CRISPR ».

La Chine a l’intention d’encadrer plus fermement les manipulations génétiques réalisées sur son territoire. Une modification apportée au code civil chinois doit mentionner clairement la responsabilité de toute personne qui ferait de telles manipulations sur un embryon ou autre humain, a rapporté Nature le 20 mai 2019.

Cette loi mentionne « que ceux qui font des recherches sur les gènes humains et les embryons ne peuvent pas mettre en danger la santé humaine ou violer l’éthique », indique Zhang Peng, spécialiste du droit pénal à l’université de Beijing Wuzi. D’après Nature, les modifications du code civil mentionnent les gènes et les embryons humains dans une partie consacrée aux droits de la personnalité. En France, cette expression sert à désigner « les droits inhérents à la personne humaine ».

Du matériel dans un laboratoire. // Source : Pxhere/CC0 Domaine public (photo recadrée)

Le nouveau code civil chinois considère que les expériences de manipulation génétique risquent de violer ces droits fondamentaux ou d’enfreindre l’éthique. Cette modification du texte a été soumise en avril au Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire. Le nouveau texte pourrait entrer en vigueur en mars.

Une suite logique à l’affaire du « ciseau génétique »

Ces modifications du texte semblent directement répondre à la controverse des « bébés CRISPR » qui a commencé à la fin de l’année 2018. Au sein d’une université située à Shenzhen, le biologiste He Jiankui avait entamé des essais cliniques pour tenter de modifier génétiquement des embryons humains. L’objectif avancé était de permettre à des couples d’immuniser leur futur enfant contre le VIH (responsable du sida).

He Jiankui en novembre 2018. // Source : Wikimedia/CC/VOA – Iris Tong (photo recadrée)

Cette technique du « ciseau génétique », consistant à couper dans l’ADN à l’aide de l’enzyme Cas9, devait servir à éteindre le gène CCR5. Ce dernier est connu pour son rôle dans l’histoire du « patient de Berlin », un Américain guéri du sida grâce à des greffes de moelle osseuse. Les donneurs possédaient des cellules immunitaires résistantes au VIH (une immunité provoquée par la mutation du gène CCR5).

Une expérience controversée

Les manipulations génétiques réalisées par He Jiankui ont inquiété de nombreux scientifiques. Outre les résultats contestables de l’expérience, la crainte portait également sur la santé des enfants nés après cette modification génétique. L’annonce d’une autre grossesse en janvier 2019 a relancé la controverse, car les tests ont été menés en contournant des interdictions.

La Chine n’est pas le seul pays à avoir employé la méthode CRISPR. Aux États-Unis, une université américaine l’a utilisée sur des personnes atteintes d’un cancer. Là encore, les conséquences sur l’organisme des participants sont incertaines. En l’absence de parution scientifique, il est pour l’instant difficile d’en savoir davantage sur les conditions de cette autre expérience.

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