L'astéroïde 2006 QQ23 va passer à 8 millions de kilomètres de la Terre le 10 août 2019. Même si l'objet mesure presque 600 mètres de diamètre, son passage n'est pas jugé inquiétant. Dire qu'il va nous frôler est impropre.

Un astéroïde va passer à proximité de la Terre le samedi 10 août 2019. L’objet, baptisé 2006 QQ23, se trouvera alors à environ 8 millions de kilomètres de notre planète. Il n’y a pas de quoi s’inquiéter, ont indiqué des experts de la Nasa à CNN. La taille de cet astéroïde est certes impressionnante : il mesure presque 570 mètres de diamètre — d’où la comparaison avec l’Empire State Building, qui mesure 381 mètres de hauteur.

2006 QQ23 est un astéroïde Aton. Il est considéré comme un objet géocroiseur, ou NEO (pour « Near Earth Object ») par la Nasa. Son orbite autour du Soleil l’amène à proximité de notre planète. Lindley Johnson et Kelly Fast, membres du Bureau de coordination de la défense planétaire (PDCO), ont assuré à nos confrères de CNN que cet astéroïde était « plus ou moins bénin ».

Cet astéroïde est plus gros que l’Empire State Building. // Source : Pixabay (photo recadrée)

Peut-on dire qu’il va frôler la Terre ?

Pourquoi le futur passage de 2006 QQ23 est-il si remarqué ? « Il est peu fréquent qu’un astéroïde de cette taille passe aussi près de la Terre », nous explique Patrick Michel, astrophysicien et directeur de recherche au CNRS. L’expert nous explique pourquoi il est incorrect d’utiliser le verbe « frôler » pour parler d’un tel rapprochement. « Tout est relatif. De quoi parle-t-on quand on parle de frôlement, est-ce que l’objet touche ou perturbe la Terre ? En l’occurence, c’est surtout la Terre qui perturbe l’objet », poursuit Patrick Michel. L’astéroïde, lui, ne risque pas de perturber notre planète.

Cet astéroïde n’est pas un cas isolé : ce tableau de la Nasa regroupe les NEO qui devraient s’approcher de la Terre dans le futur, dont 2006 QQ23 : jusqu’à la fin de l’année 2019, une trentaine d’objets sont listés (l’agence spatiale souligne qu’il peut y avoir des incertitudes dans ses précisions). « 1 millier de corps d’une taille de plus d’1 kilomètre croisent la Terre, dont 90 % qui ont été recensés, complète Patrick Michel. Aujourd’hui les efforts se concentrent sur la détection des astéroïdes de plus de 140 mètres. » Le scientifique précise que les prévisions sur les rapprochements d’astéroïdes avec la Terre sont précises sur 50 à 100 années. « En suivant la trajectoire des astéroïdes, on peut réduire l’incertitude », indique Patrick Michel.

À partir d’une taille d’un kilomètre, c’est le seuil de catastrophe globale

À quelles fréquences passent de tels objets ? Pour « un objet de 20 mètres de diamètre, comme le superbolide qui a explosé dans le ciel russe en 2013, elle est d’une fois par siècle, indique l’astrophysicien. Pour les objets plus grands, comme celui d’une taille estimée à 50 mètres qui a explosé au-dessus de la forêt de la Tunguska en Sibérie en 1908, elle est d’une fois tous les 1 000 ans. » Plus la taille des astéroïdes est grande, plus la fréquence de leur passage est faible car des astéroïdes aussi gros sont moins nombreux.

À partir de quelle taille un astéroïde qui passerait dans le voisinage de la Terre est-il jugé inquiétant ? « Une taille de 1 km est le seuil de catastrophe globale : peu importe où il tombe, les conséquences seront à l’échelle du globe », nous répond Patrick Michel. Sur Terre, il y a moins de zones habitées que de zones non habitées, comme les océans : un astéroïde aurait donc de plus fortes chances de heurter ces zones. Mais à partir de cette taille, les conséquences toucheront les zones habitées, indépendamment du lieu de l’impact.

Le risque d’impact, « une opportunité »

Le côté spectaculaire que pourrait avoir une collision entre notre planète et un astéroïde ne doit pas faire oublier qu’il n’est pas forcément le risque le plus dangereux sur Terre. « Le risque d’impact d’astéroïde est le plus faible, par rapport à celui des tsunamis ou des tremblements de terre. On ne peut pas empêcher la Terre de bouger, par contre on peut voir le risque d’impact par un astéroïde comme une opportunité : celle d’étudier cet objet, qui fait aussi partie des restes des briques qui ont formé nos planètes et nous renseignent sur l’histoire du système solaire », détaille le spécialiste.

Un astéroïde à proximité de la Terre. // Source : Pixabay (photo recadrée)

L’inquiétude exprimée face aux astéroïdes qui passent dans le voisinage de la Terre est compréhensible quand on sait que certains d’entre eux ne sont pas forcément détectés très tôt. Le 25 juillet, l’astéroïde 2019 OK a frôlé notre planète : il n’avait été correctement identifié qu’une vingtaine d’heures avant. Mais ne pas détecter ces objets n’est pas si rare. Par ailleurs, aujourd’hui « il n’y a pas d’augmentation du risque, souligne Patrick Michel. C’est le taux de découvertes qui a augmenté. C’est comme si nous étions une autruche avec la tête dans le sol entre deux autoroutes : le risque était là, mais nous ne pouvions pas nous en rendre compte avant de lever la tête. »

Cela ne signifie pas que le risque n’existe pas. D’ailleurs, Patrick Michel est convaincu du bien fondé des futures missions DART (« Double Asteroid Redirection Test ») de la Nasa et Héra de l’ESA. Leur objectif commun est de voir s’il serait possible de dévier un astéroïde susceptible de heurter notre planète. C’est l’astéroïde Dydimos (un système binaire) qui sera visé. La colision est prévue pour 2022. « Le risque est concret, il peut avoir de grandes conséquences et nous avons les moyens de nous en occuper. C’est un problème auquel il vaut mieux se préparer, surtout quand nous en avons le temps », conclut l’astrophysicien.

Crédit photo de la une : Pixabay (photo recadrée)

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