Selon une équipe de chercheurs, les « ploonets » sont des anciennes exolunes, transformées en exoplanètes après avoir été éjectées de leur orbite d'origine.

Si de très nombreuses exoplanètes ont été référencées ces dernières années, l’existence des exolunes n’est en revanche que « soupçonnée » par la communauté scientifique. Aucune n’a jamais été officiellement découverte.

Des chercheurs avaient bien cru en avoir enfin trouvé une, en 2018. Une anomalie détectée dans le spectre lumineux de Kepler 1625b, lors de son transit autour de son étoile, avait attiré l’attention et laissé croire à une exolune. Sauf que l’observation fournie par les télescopes Kepler et Hubble est trop courte et les données trop parcellaires pour confirmer son existence. En conséquence, de nouvelles recherches sont venues apporter de la nuance à cette découverte. Le cas Kepler 1625b-i reste un débat ouvert.

Vue d’artiste de la potentielle exolune de Kepler 1625-b. // Source : Flickr/CC/HubbleESA

Cette difficulté dans la recherche des exolunes s’explique principalement par la petite taille des satellites par rapport à d’autres objets (or une exoplanète comme Kepler 1625b est à 8 000 années-lumière, son observation est déjà un défi). Une équipe colombienne, dirigée par l’astrophysicien Mario Sucerquia, avance une nouvelle raison complémentaire : il existerait des satellites naturels qui n’en sont plus vraiment.

Des planètes d’origine lunaire

Dans leur étude publiée fin juin 2019, ces chercheurs ont simulé le comportement d’exolunes autour de Jupiter chaudes, c’est-à-dire des géantes gazeuses très proches de leur soleil. La communauté scientifique estime majoritairement que ces planètes ne se forment pas directement si près d’une étoile, mais beaucoup plus loin, et qu’elles migrent ensuite.

L’équipe de Mario Sucerquia est arrivée à la conclusion que, durant ce processus de migration, les forces gravitationnelles de l’étoile et de la planète se combinent jusqu’à projeter les exolunes loin de leur orbite. Celles qui survivent à cette éjection deviennent alors « par elles-mêmes des petites planètes ». Et, pour définir ces planètes d’origine lunaire, l’étude propose le mot non dénué de charme de « ploonet ».

« Ce processus survient probablement dans chaque système planétaire composé d’une planète géante proche de son étoile. Donc les ploonets doivent être fréquentes », précise Mario Sucerquia. Mais ces exoplanètes d’origine lunaire auraient aussi une faible durée de vie : dans la simulation, la moitié d’entre elles se crashent dans leur étoile ou sur leur planète-mère en moins d’un million d’années.

Les ploonets pourraient expliquer certains phénomènes exoplanétaires

Ce phénomène pourrait expliquer de nombreux phénomènes étranges qui n’ont pas encore trouvé de justification admise et raisonnable.

Par exemple, l’étoile de Tabby (KIC 8462852) est réputée pour sa luminosité variante, comme si elle était bloquée subitement par endroits. Or, si une ploonet dispose d’une surface glacée ou d’une atmosphère, les débris et trainées générés par sa désintégration dans la chaleur de son soleil pourraient bloquer la lumière. Quant au crash des ploonets dans leur planète d’origine, cela pourrait expliquer l’existence d’anneaux autour de certaines exoplanètes.

Selon le chercheur, le mot ploonet pourrait potentiellement être attribué à toute lune solitaire… y compris la nôtre. Notre satellite s’éloigne en effet progressivement de la Terre, mais son émancipation ne pourra pas advenir avant plusieurs milliards d’années.

Le travail de Mario Sucerquia et de son équipe est actuellement le seul à en arriver à de telles conclusions, et ils précisent eux-mêmes que les ploonets restent des objets encore largement « hypothétiques ».

Crédit photo de la une : Pixabay

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