Pour éviter les coups de soleil, vous avez sans doute l'habitude d'appliquer de la crème solaire. Mais comment marche ce produit une fois étalé sur votre peau ? Et pourquoi faut-il en racheter un nouveau tube chaque année ?

Elle vous a attendu un an, bien sagement au fond d’un placard : puis, avec la vague de chaleur qui a traversé l’hexagone fin juin, vous avez eu le réflexe de ressortir votre crème solaire. Puisqu’il en restait dans le tube acheté l’été précédent, et tentés par l’envie de diminuer vos déchets, vous avez préféré la réutiliser plutôt que d’en racheter. Erreur.

« On ne garde pas une crème solaire d’une année sur l’autre : les molécules seront moins efficaces pour protéger la peau », explique Christine Lafforgue, biologiste et chimiste, spécialiste de la formulation des produits cosmétiques à l’université Paris-Sud. Quelles molécules se cachent dans nos crèmes solaires ? Et comment protègent-elles des brûlures du premier degré que sont les coups de soleil ?

Des tubes de crème solaire. // Source : Pixabay (photo recadrée)

Quel processus chimique se cache dans ce tube de crème ?

Un processus chimique est à l’œuvre dans chaque tube de crème solaire. Le produit « contient des molécules qui absorbent les longueurs d’ondes du spectre UV », résume Christine Lafforgue. Les UV désignent les rayons ultraviolets : qu’ils soient d’origine naturelle ou artificielle, ils peuvent être à l’origine de cancers de la peau (comme les mélanomes), souligne l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Les rayons ultraviolets B (UVB) provoquent principalement des coups de soleil, tandis que les rayons ultraviolets A (UVA) peuvent entraîner le vieillissement prématuré de la peau.

La crème est créée « pour créer un film protecteur à la surface de la peau », note Christine Lafforgue. À l’intérieur du produit, les molécules qui absorbent les rayons ultraviolets ont ce qu’on appelle des « doubles liaisons conjuguées », explique Laurence Coiffard, docteure en pharmacie et professeure à l’université de Nantes, spécialiste de la chimie de la formulation. Cette expression fait référence à une liaison entre les atomes de la molécule : un premier atome lié par une liaison double (plus forte qu’une liaison simple) à un second, lui-même lié à un troisième atome par une liaison simple, ce troisième atome étant lié à un quatrième par une liaison double.

28 filtres réglementés

Il existe 28 filtres réglementés qui entrent dans la composition des protections solaires. 26 sont dits organiques et 2 autres (dioxyde de titane et oxyde de zinc) minéraux. Les premiers absorbent les rayonnements UV, tandis que les seconds les réfléchissent. Tous deux peuvent exister sous forme nanométrique (l’emballage doit le mentionner dans la liste des ingrédients avec l’indication « [nano] »).

D’autres ingrédients entrent dans la composition du produit, comme de l’huile, des corps gras, de l’eau, des conservateurs, du parfum et parfois (étonnamment) de l’alcool. « C’est un mélange comme quand on fait une mayonnaise : il s’agit de doser les bonnes proportions d’ingrédients », note Laurence Coiffard.

Une crème solaire en spray. // Source : Pxhere/CC0 Domaine public (photo recadrée)

Comment choisir entre ces crèmes ?

Toutes les crèmes solaires ne protègent pas des rayons UV de la même façon. Pour les différencier, vous pouvez utiliser ce qu’on appelle le « facteur de protection solaire », connu sous l’abréviation « FPS ». Il sert « à connaître l’efficacité de la protection du produit », explique Christine Lafforgue. Vous pouvez en trouver 8 différents sur les étiquettes de crèmes solaires.

  • Faible protection : FPS 6 et 10,
  • Protection moyenne : FPS 15, 20 et 25,
  • Haute protection : FPS 30 et 50,
  • Très haute protection : FPS 50+.

« Lorsque vous achetez deux crèmes de marques différentes, qui ont le même indice SPF, elles ne contiennent pas forcément les mêmes molécules mais elles protègent de façon équivalente », note la biologiste. Il n’est pas simple de comprendre comment sont établis ces différents SPF. Comme nous l’explique Christine Lafforgue, vous pouvez retenir qu’« ils désignent un rapport de temps avant l’apparition d’un coup de soleil. Généralement, quand on a une peau claire, il faut utiliser un indice 50 et en remettre toutes les deux heures. »

Sur mon tube (neuf), il est écrit de « renouveler fréquemment l’application, surtout après avoir nagé ». Même si la plupart des crèmes solaires sont résistantes à l’eau, préserver cet équilibre n’est pas si facile. « On ne peut pas fixer le produit sur la peau, on ne peut que mesurer ce qui va rester sur la peau après le passage dans l’eau. Cela dépend aussi de quand vous avez mis votre crème : peu avant ou longtemps avant la baignade », remarque Christine Lafforgue.

Une crème solaire… en plein soleil. // Source : Pixabay (photo recadrée)

Même les filtres minéraux peuvent polluer

Cette crème solaire, qui risque de se déposer dans l’océan, inquiète certains consommateurs qui tentent de faire un geste pour polluer un peu moins la planète. « La dimension environnementale fait de plus en plus partie de l’acte d’achat d’une crème solaire, reconnaît Christine Lafforgue. Ce qui est sûr, c’est qu’il est déconseillé de faire sa crème solaire chez soi. » En restant à la surface de l’eau, les filtres solaires risquent d’ « altérer la lumière de l’eau pour la faune et la flore maritime. Les particules minérales, elles peuvent se déposer au fond », explique la biologiste.

Les filtres minéraux, souvent présents dans les crèmes présentées comme biologiques, n’en sont pas moins polluants. Ils sont également moins efficaces, fait observer Laurence Coiffard. Dans les crèmes solaires bio, « ils ne permettent pas d’obtenir un indice SPF 50, contrairement à ce qu’on peut lire sur les emballages », ajoute la spécialiste.

« Dès qu’on revient de vacances, c’est directement poubelle »

Quoiqu’il en soit, aucune crème solaire n’est prévue pour être réutilisée l’année suivante. « Si votre tube n’est pas vide à la fin de l’été, ça veut dire que vous ne vous êtes pas assez protégé. Pour déterminer l’efficacité d’une crème solaire, elle est appliquée à raison de 2 milligrammes par centimètre cube sur la peau d’un homme de 1 mètre 80, qui s’expose pendant une journée. Vous imaginez bien qu’il lui faudrait plusieurs tubes par jour », sourit Laurence Coiffard.

L’exposition à la chaleur (sur la plage, quand vous oubliez votre crème dans votre voiture en plein soleil…) et les ouvertures successives du tube empêchent de le conserver d’une année sur l’autre sans nuire à son efficacité. « La crème solaire est un produit destiné à être éliminé. Dès qu’on revient de vacances, c’est directement poubelle », conclut la docteure en pharmacie.

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