L'ASMR désigne une technique de relaxation par le son, les gestes ou l'attention personnelle. Très populaire sur YouTube, elle intéresse désormais la communauté scientifique.

Sur YouTube, les vidéos ASMR (Autonomous Sensory Meridian Response) peuvent atteindre des dizaines de millions de vues. Pour celles et ceux qui sont sensibles à cette technique de relaxation par le son et les images, les sensations souvent décrites sont un picotement dans le crâne qui irradie ensuite la colonne vertébrale, ou des sortes de frissons. Mais d’où viennent précisément ces sensations agréables ? Dans un livre qui sera publié le 19 mars, Florian Bouillot alias Paris ASMR donne quelques pistes.

Des zones du cerveau activées

Plusieurs études ont été publiées ces derniers mois pour tenter de trouver une explication scientifique au succès de l’ASMR. En septembre 2018, 4 chercheurs universitaires américains ont mené une expérience. Ils ont réalisé sur une dizaine de personnes des scanners à IRM pour étudier les réactions de leur cerveau pendant qu’ils regardaient de l’ASMR.

Lors du test. // Source : Ncbi

Les personnes qui étaient sensibles à l’ASMR ont indiqué grâce à des boutons à quel moment elles avaient ressenti une sensation de bien-être. Ce sont ces moments sur lesquels les chercheurs se sont focalisés.

Ils ont pu constater l’augmentation significative de l’activité de régions du cerveau : la zone des récompenses, et celle des émotions et de la motivation principalement. Les réactions physiques, remarquent les chercheurs, sont en fait similaires à celles qu’une personne va avoir lorsqu’un entend une musique qui lui donne des frissons. Ils pensent par ailleurs que le corps pourrait produire de l’ocytocine, une hormone produite lorsque l’on se sent en sécurité, en confiance.

Un cœur au ralenti ?

Cette étude a été la première à mesurer l’activité cérébrale lors de l’écoute d’une vidéo ASMR. Une autre, réalisée quelques mois plus tôt, avait elle montré que l’ASMR avait des effets sur… le rythme cardiaque.

L’étude en question avait été conduite par 4 autres chercheurs, cette fois anglais. Ils ont analysé le rythme cardiaque de 55 personnes sensibles à l’ASMR et celui de 55 personnes qui n’y étaient pas sensibles. Ils ont invité toutes ces personnes à regarder des vidéos. Chez le premier groupe, les scientifiques ont constaté que le rythme cardiaque ralentissait davantage lors de l’écoute que chez le second groupe.

Ces effets qui avaient été évoqués mais pas prouvés empiriquement permettraient, à en croire des personnes sensibles à l’ASMR, d’atténuer des pathologies psychiques ou physiques. Certains disent être moins stressés au quotidien, d’autres assurent avoir pu réduire des douleurs chroniques grâce à l’ASMR.

Les déclencheurs les plus appréciés

Une étude réalisée en août 2018 avait démontré l’effet placebo de ces vidéos de relaxation par le son et les gestes. Ses auteurs écrivaient que le fait de s’attendre à des effets positifs pouvait accentuer les sensations agréables ressenties à l’écoute d’ASMR.

Nous savons désormais aussi qu’il existe de réels effets physiques, bien que les deux études citées plus haut mériteraient d’être vérifiées sur des échantillons de personnes plus larges.

Si vous souhaitez vous initier à l’ASMR, sachez qu’en 2015, des chercheurs ont montré que les déclencheurs (bruits ou gestes qui procurent une sensation de relaxation) les plus appréciés dans l’ASMR étaient le chuchotement et l’attention personnelle. On retrouve cette dernière dans ce qu’on appelle des role play. Il s’agit de vidéos dans lesquelles le ou la vidéaste se fait passer pour une personne qui nous console, nous aide ou prend soin de nous. Il y a par exemple des role play médecin, ou des role play coiffeur.

Pourquoi certains ne ressentent rien ?

On ne sait pour le moment toujours pas pourquoi des personnes sont sensibles à l’ASMR et pourquoi d’autres, au contraire, ne supportent pas ces vidéos. Dans son livre, Paris ASMR interroge Valentin Dasse, un étudiant à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) qui a écrit un mémoire sur le sujet. Le jeune homme explique que cela pourrait être neurologique.

Un même stimulus sonore ne provoque pas les mêmes sensations pour deux individus. Certains ne supportent pas les bruits de crissement d’une craie sur un tableau, ou les bruits de bouche, tandis que d’autres s’en moquent. Les neuroscientifiques nomment le rejet d’un son la misophonie. Le fait de trouver un son agréable est lui nommé le flow like state-mental.

L’explication serait aussi d’ordre sociologique. De nombreuses vidéos ASMR reposent sur l’idée d’une certaine proximité entre l’artiste et l’internaute qui visionne le contenu. Le tutoiement, le chuchotement, le fait que quelqu’un fasse semblant de prendre soin de soi instaure un sentiment d’intimité partagée. Certains peuvent le ressentir comme une intrusion dans leur sphère de l’intime.

Enfin, l’étudiant à l’EHESS évoque l’idée que les bruits effectués, amplifiés, les caresses d’objets, peuvent donner l’impression que le corps domine par rapport à la raison. Cela créerait chez quelques uns un sentiment de rejet car ils ont la sensation que l’ASMR échappe à toute logique.

Pour en savoir plus sur l’ASMR, n’hésitez pas à écouter l’épisode de notre podcast Club Internet dédié au sujet.

À lire sur Numerama : ASMR  : à quoi ça sert de tapoter dans un micro  ? Écoutez le nouvel épisode de Club Internet

Crédit photo de la une : Capture d'écran Paris ASMR

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