Le milliardaire Richard Branson est confiant : Virgin Galactic arrivera à envoyer son vaisseau, le VSS Unity, dans l'espace avant le 25 décembre 2018. Mais un conflit de mesures pourrait contrarier les futures annonces de l'entreprise.

Richard Branson l’a dit et répété à plusieurs reprises : c’est en 2018 que va avoir lieu le premier vol commercial de Virgin Galactic. Celui qui doit emmener des touristes dans l’espace. Sauf que 2018 est en train de tirer sa révérence. Dans quatre semaines, ce sera le réveillon de la Saint-Sylvestre. Dès lors, il semble qu’il sera très compliqué pour la société de Richard Branson de tenir l’échéance fixée

Mais le milliardaire britannique y croit. À tel point d’ailleurs que l’intéressé a même prédit que le vol inaugural surviendra avant le 25 décembre, dans une interview accordée à CNN le 30 novembre. « L’espace est difficile. […] J’aimerais évidemment démontrer que nos critiques ont tort, et je suis raisonnablement confiant qu’avant Noël, nous y parviendrons ».

À l’heure actuelle, Virgin Galactic a procédé à trois essais avec les moteurs allumés. À chaque fois, les tests ont permis d’atteindre une altitude plus élevée : 25,6 kilomètres la première fois, 34,9 km la deuxième et 52 km la troisième. Le dernier vol a eu lieu le 26 juillet. Depuis cette date, Virgin Galactic n’a pas procédé à d’autres manœuvres aériennes.

Mais pour réussir son pari, Virgin Galactic va devoir faire deux fois mieux : c’est en effet à partir de 100 km d’altitude que l’on considère que l’on entre dans l’espace (cette démarcation a été établie par une convention internationale et se nomme la ligne de Kármán). Cependant, Virgin Galactic pourrait considérer que son pari est tenu si son vaisseau spatial, le VSS Unity, atteint « seulement » les 80 km d’altitude.

Une histoire de miles et de kilomètres

La raison tient au fait que les États-Unis n’utilisent toujours pas officiellement le système international d’unités. Le système métrique est en effet concurrencé par un autre système de mesure, celui des unités impériales. Or, comme avec la ligne de Kármán, la démarcation entre l’atmosphère terrestre et l’espace s’est effectuée de manière arbitraire outre-Atlantique, mais sur des fondations différentes, du fait de mesures différentes.

C’est ce qu’explique la NASA : « la séparation se situe à environ 50 miles (264 000 pieds ou un peu plus de 80 km) et marque à peu près la fin de la mésosphère. Cette définition a été codifiée dans les règlements des services militaires qui attribuaient une qualification aéronautique « d’astronaute » aux pilotes de l’armée qui volaient au-dessus de 50 miles ».

La conversion de 100 km donne très précisément 62,1371 miles. Disons 62 miles. Cela ne constitue pas une valeur facile à retenir, comme les 100 km, un nombre rond et qui est pratique à manipuler. C’est l’avantage des délimitations artificielles ; il aurait été moins aisé de raisonner avec une démarcation fixée à 97 km, 100,5 km ou 104,9 km. C’est cette même logique qui a émergé aux USA.

La stratosphère. // Source : Pixabay/CC0 photo recadrée

« Au sein de l’armée américaine, le terme astronaute est réservé aux personnes qui ont effectivement volé au-dessus d’une altitude de 50 miles », continue la NASA. Ce décalage entre les pratiques de l’armée américaine, la concurrence de deux systèmes de mesures, l’approche de la NASA et la façon dont travaille le reste du monde a fait l’objet en 2004 l’objet d’une discussion au sein de l’agence spatiale américaine.

En particulier sur qui peut se prétendre astronaute.

Ainsi, il a été «  mentionné l’incohérence entre la définition de la NASA et celle de l’armée pour ce qui est des astronautes. La première question était de savoir s’il fallait choisir 50 ou 62 miles comme altitude de définition », poursuit l’agence. Mais finalement, c’est le cap des 50 miles qui a été retenu, «  pour éliminer toute incohérence entre les pilotes militaires et civils volant avec le même véhicule ».

C’est pour cela que CNN évoque, dans son article, l’objectif de Virgin Galactic « d’envoyer le VSS Unity à plus de 50 miles d’altitude, assez haut pour gagner des ailes d’astronautes du gouvernement américain ». Mais aux yeux du reste du monde, cette prouesse risque d’être jugée irrégulière, même si elle sera remarquable en tant que telle.

Pour mettre tout le monde d’accord, le mieux à faire pour Virgin Galactic serait encore de dépasser le cap des 62 miles.

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