Alors que le phénomène climatique El Niño menace de provoquer un dérèglement climatique inédit, certaines solutions de géo-ingénierie proposent de limiter son impact en cachant la lumière du Soleil. Mais est-ce vraiment envisageable ? Et souhaitable ?

En ces temps de crises climatiques à répétition, la tentation de trouver des solutions à court terme peut être grande, et c’est là qu’intervient la géo-ingénierie. Des méthodes technologiques visant à dérégler volontairement le climat, pour le rendre plus acceptable pour nous dans un temps court, semblent bien plus aisées que de vouloir réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre pour obtenir des bienfaits sur le temps long.

Souvent fantaisistes, ces théories font aussi parfois l’objet de travaux scientifiques, comme ici dans une étude publiée le 8 juillet 2026 dans la revue Science Advances. Une équipe de scientifiques s’est demandé s’il était possible de limiter l’impact du phénomène El Niño en masquant la lumière du Soleil sur certaines parties de l’océan.

La solution des aérosols artificiels pour limiter les effets d’El Niño

El Niño se traduit par une remontée des températures océaniques dans le Pacifique le long de la côte sud-américaine. Ce phénomène connu, qui se produit régulièrement au bout de quelques années, provoque toute une série de conséquences dramatiques allant de périodes de sécheresse au développement d’inondations terribles.

Mais s’il était possible d’empêcher le réchauffement de l’eau avant qu’il ne se produise ? C’est l’idée de l’étude, qui propose de masquer le Soleil sur cette partie du Pacifique Sud au moment où le phénomène commence à émerger. Il s’agirait de disperser dans l’atmosphère des aérosols pour faire en sorte que la lumière du Soleil soit renvoyée dans l’espace, au moins sur cette zone de la planète.

L'injection d'aérosols stratosphériques pour refléter la lumière du Soleil fait partie des projets d'ingénierie solaire pour refroidir la Terre. Mais la crédibilité de cette idée est en question. // Source : Pixabay
L’injection d’aérosols stratosphériques pour refléter la lumière du Soleil fait partie des projets d’ingénierie solaire pour refroidir la Terre. Mais la crédibilité de cette idée est en question. // Source : Pixabay

L’idée n’est pas neuve. Dès les années 1990, des études ont commencé à émerger, affirmant qu’injecter des aérosols dans l’atmosphère pouvait limiter la puissance du Soleil, et donc conduire à un refroidissement global de la planète.

Un cas qui est passé à la pratique entre 2019 et 2020. D’importants feux de forêts en Australie avaient provoqué des dégagements d’aérosols qui se sont traduits par des températures des eaux anormalement basses : un phénomène inverse, nommé La Niña. À partir de là, les auteurs de l’étude ont cherché à savoir si le même phénomène aurait pu empêcher l’émergence d’El Niño tel qu’il a eu lieu en 1997 et 1998, ou en 2015 et 2016.

Une méthode certainement efficace, mais imprévisible

Ils ont alors développé un modèle évaluant les conséquences d’une intervention de géo-ingénierie sur ces phénomènes, ce qui a permis de conclure qu’avec une intervention limitée sur certaines zones clés, lors des premières phases du développement d’El Niño, les effets pourraient être contenus. Les auteurs précisent bien que l’injection d’aérosols doit être limitée à une zone précise, et dans un temps assez court pour ne pas avoir d’impact trop significatif et potentiellement incontrôlable sur l’ensemble de la planète.

Comme l’explique Jessica Wan, autrice de l’étude, dans une vidéo associée : « La géo-ingénierie demande souvent des interventions sur des décennies. Notre étude apporte un nouveau regard sur ces techniques en imaginant des effets bénéfiques sans forcément avoir à y recourir sur le long terme. »

D’autant plus que les conséquences peuvent être importantes. Les auteurs craignent ainsi que limiter artificiellement El Niño n’ait pour effet d’empêcher l’effet ultérieur La Niña qui se produit habituellement quand le réchauffement est terminé, et qui entraîne un refroidissement plus important. D’après les chercheurs, il y a un risque que ce phénomène bénéfique pour le climat soit atténué, ou retardé.

Dans un article publié sur Wired portant sur cette étude, des scientifiques extérieurs à l’étude saluent le travail, considéré comme plus raisonnable que ceux portant la thèse d’un refroidissement global grâce à des aérosols dispersés partout sur la planète. En revanche, ils insistent sur le fait que ces méthodes restent difficilement prévisibles, et qu’en cas d’échec majeur, cela pourrait constituer une importante source d’affrontements politiques.

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