Alors que SpaceX s’apprête à lancer le douzième vol du Starship ce mercredi 20 mai, la fusée géante n’avait jamais autant tardé à revoler. Derrière ce coup de frein inédit de 219 jours se cache l’arrivée d’une nouvelle génération de vaisseaux indispensables pour la Lune.

C’est un tweet en apparence banal qui a simplement annoncé le décalage du douzième vol de la fusée géante Starship d’une journée. « Le lancement est maintenant prévu dès le mercredi 20 mai 2026 », a écrit SpaceX le 18 mai 2026. Un report léger, puisque la précédente échéance était fixée au 19 mai. Rien de particulier, donc, du moins en apparence.

En réalité, ce changement de calendrier s’inscrit dans une histoire récente tumultueuse. En effet, le douzième vol du Starship aurait en principe dû avoir lieu beaucoup plus tôt en 2026, à en croire les dires d’Elon Musk. Le fondateur de l’entreprise a ainsi évoqué un tir dès mars, puis en avril et enfin en mai. Trois dates, trois échéances ratées.

elon musk starship
Elon Musk a avancé plusieurs dates pour le vol 12 du Starship, finalement inexactes. // Source : Montage Numerama

Jamais un vol du Starship n’avait pris autant de temps

Et pour cause : au-delà des annonces fluctuantes de son patron, la réalité des chiffres montre que la préparation du prochain vol de la fusée géante Starship n’a jamais pris autant de temps. Ce coup de frein brutal dans le calendrier opérationnel vient d’établir un record d’attente tout à fait inédit, qui a cassé la dynamique observée en 2025.

Pour s’en rendre compte, il suffit de ne retenir qu’une seule donnée : 219. C’est le nombre de jours exact qui va séparer le vol 11, effectué en octobre 2025, de ce décollage de mai 2026 (en supposant qu’il n’y aura pas d’autre glissade de planning). De fait, SpaceX bat son propre record de lenteur pour la première fois de l’histoire de ce programme.

Jusqu’ici, le plus long délai datait des balbutiements de la fusée géante : à l’époque, il avait fallu attendre 212 jours entre le premier vol et le suivant en 2023. Dix lancements plus tard, voilà le paradoxe : une technologie qui est censée être plus mature a nécessité un temps de préparation plus long que les tâtonnements du début.

L’historique des tirs met d’ailleurs en évidence cette rupture nette dans le rythme de SpaceX :

Numéro du VolDate exacteÉcart avec le vol précédent
Vol 120 avril 2023
Vol 218 novembre 2023212 jours (~7 mois)
Vol 314 mars 2024117 jours (~4 mois)
Vol 46 juin 202484 jours (~2,8 mois)
Vol 513 octobre 2024129 jours (~4,3 mois)
Vol 619 novembre 202437 jours (~1,2 mois)
Vol 716 janvier 202558 jours (~1,9 mois)
Vol 86 mars 202549 jours (~1,6 mois)
Vol 927 mai 202582 jours (~2,7 mois)
Vol 1026 août 202591 jours (~3 mois)
Vol 1113 octobre 202548 jours (~1,6 mois)
Vol 1220 mai 2026219 jours (~7,2 mois)

Ce net ralentissement est d’autant plus spectaculaire que 2025 a été une année de performance industrielle pour le Starship. SpaceX a enchaîné les tirs à un rythme presque bimestriel, parvenant même à compresser le délai à moins de 50 jours entre les vols 10 et 11 — mais sans toutefois réitérer le record entre les vols 5 et 6 (37 jours) en 2024.

Un retard justifié par le saut générationnel

Mais à y regarder de plus près, ce coup de frein s’explique très bien : le vol 12 marque un saut technologique d’importance avec les grands débuts de la nouvelle génération du Starship (v3), qui implique des changements sur le premier étage (Super Heavy), la motorisation (Raptor) et le vaisseau lui-même (Starship).

Pour encaisser l’énorme poussée de ce colossal lanceur, il a également fallu construire un tout nouveau pas de tir à Starbase (Texas). Par ailleurs, qui dit nouvelle fusée dit longue phase de test à conduire pour s’assurer de son bon fonctionnement. Des vérifications qui se sont étendues au pas de tir lui-même, afin de contrôler l’efficacité de son déluge d’eau.

Avec un tel programme ponctué d’autant de premières techniques, il n’est dès lors pas surprenant que les ingénieurs aient fortement rallongé le délai de préparation de ce Starship. Il reste à savoir si cette longue attente aura été payante. Et nul doute que la NASA va suivre ça de près, car elle attend un Starship opérationnel pour 2027. Le temps presse.

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